•  

    C’était une montagne à cime haute et fière

    Défiant le plus haut ciel de son garrot

     

    Elle barrait sans peine les rafales du vent

    Et repoussait des épaules les étoiles filantes

     

    Les nuages la coiffaient de turbans noirs

    Que les éclairs paraient de rouges mèches

     

    Je tendis l’oreille, bien qu’elle fût muette

    Et j’appris d’elle de merveilleux secrets :

     

    « Souvent, dit-elle, je fus repaire de brigands

    Refuge aussi des ermites repentants

     

    « Des voyageurs vinrent à moi, nuit et jour,

    Et dormirent à mon ombre montures et cavaliers

     

    « Souvent mes flancs furent heurtés par le vent

    Et je subis tout autant les assauts de l’océan

     

    « La mort finit pourtant par tout engloutir

    Rien ni personne n’est épargné par le temps

     

    « Ce n’est point l’oubli qui sécha mes larmes

    Je les avais déjà taries en faisant mes adieux

     

    « Dois-je encore rester si mes amis s’en vont

    Dire au revoir à ceux qui ne reviendront pas ? »

     

    J’entendis d’elle, ainsi, des propos très sages

    Qu’elle exprimait dans une langue éprouvée

     

    Elle me consola tout en me faisant pleurer

    Et fut pour moi la meilleure des compagnes

     

    Salut ! lui dis-je en reprenant mon chemin

    Certains doivent rester, et certains partir

     

                                             Une anthologie des poésies arabes – Rachid Koraïchi

     

    Ibn Khafâja  -  La montagne

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    Un soleil s’écroule à l’horizon d’hiver

    Rouge

    Nuages de métal

    D’où fusent des bouquets en feu

    Je suis un petit paysan

    Que maltraite la nuit

    Notre charrette avale le fil d’asphalte

    Vertical du village à la ville

    Alors que je voudrais

    Me jeter

    Sur l’herbe mouillée.

     

    Un soleil s’écroule à l’horizon d’hiver

    Palais magique

    Portière de lumière

    Ouvrant à un temps légende

    Paume teintée de henné

    Le paon surgit dans les Gémeaux

    Queue arc-en-ciel déployée.

     

    Jadis il y avait Dieu

    Qui m’apparaissait au couchant

    Comme un jardinier

    Marchant à l’horizon rose

    Aspergeant un monde de jade…

     

    Image exemplaire…

    Mais l’enfant peintre

    A été broyé par le temps.

     

                                                  Une anthologie des poésies arabes – Rachid Koraïchi

     

    Ahmed Abd al-Mu’ti Hegazi    Commentaire d’un spectacle naturel

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    Bougie ! dis-moi ce qui te rend si heureuse ce soir ?

    Raconte-moi ton histoire !

     

    Alors attends-moi le vendredi soir,

    Je me donnerai à toi et les nuits seront longues.

    Les gens entendront nos râles,

    Nous serons sur toutes les langues.

    Chacun dira qu’on a passé la nuit ensemble.

     

    J’aime bien qu’on se voit sur la terrasse qui donne sur la mer,

    Parfumées par la brise marine du soir.

    Derrière le rideau de jujubier, les portes de bronze

    Et les vitres de cristal.

     

    Toi sur un lit de bois, décoré d’oiseaux et de fleurs,

    Chaises en roseau tissées des mains des gens du métier.

    Moi, ta belle à tes côtés,

    Fondant silencieusement sur le bois,

    Jolie telle une belle lune,

    Embellis ton espace,

    Ses larmes, gouttes d’or distillées,

    Fondent toute la nuit jusqu’au petit matin.

     

    Viendra ta charmante dame

    Eprise par ma pureté et ma lumière,

    Remplace le bois noir par la chandelle et le feu.

    Enivrée par la musique et le vin,

    Elle se laissera aller entre tes bras.

     

                                                Une anthologie des poésies arabes – Rachid Koraïchi

     

    Heddi Zerki  -  La bougie

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  • S’il arrive au peuple, un jour, de vouloir vivre,

    Il faudra bien que le destin réponde,

    Il faudra bien que s’ouvre la nuit,

    Il faudra que cèdent les chaînes.

    Celui que le désir de vivre n’a pas étreint à bras-le-corps,

    S’évapore et disparaît au grand ciel de la vie.

    Ainsi m’ont dit les êtres, tous les êtres.

    Ainsi m’a parlé leur esprit caché.

     

    Au sommet des montagnes, au plus secret des arbres,

    Dans la mer déchaînée, écoute murmurer le vent :

    « Que je me tourne vers un lieu du monde,

    Et je m’habille d’espoir, et me dépouille de prudence.

    Je ne crains la rigueur des sentiers,

    Ni le feu le plus altier.

    Refuser la montagne haute,

    N’est-ce point vivre, à jamais au fossé ? »

     

                            Une anthologie des poésies arabes – Rachid Koraïchi

     

      Vouloir vivre de  Aboulkâssem al-Châbbî

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  •  

    Les oiseaux apparaissent,

    S’allume une flamme

    Et c’est la femme.

     

    Sans nom ni liens, ni voile,

    Errant les yeux clos,

    La femme couverte de la fraîcheur de la mer.

     

    Mais brusquement les oiseaux réapparaissent

    Et s’allonge cette flamme

    Plus qu’entr’aperçue au fond de la chambre.

     

    Et c’est la mer,

    La mer aux bras endormants portant le soleil,

    Ni orient ni nord, ni obstacle ni barre, la mer.

     

    Rien que la mer ténébreuse et douce

    Tombée des étoiles, témoin des mutilations du ciel,

    Solitude, pressentiments, chuchotis.

     

    Rien que la mer.

    Les yeux éteints,

    Sans vague ni vent ni voile.

     

    Brusquement les oiseaux réapparaissent,

    Et c’est la femme,

    Ni étoile ni rêve, ni geyser ni roue, la femme.

     

    Les oiseaux reviennent,

    Et rien que la mer.

     

                            Une anthologie des poésies arabes – Rachid Koraïchi

    Mohammed Dib  Contre-jour

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