• Couleurs d'automne de Jean-Claude Brinette

     

    Arbres remplis de fruits qu'en cette saison la nature 

    Nous donne généreusement !

    Gaieté dans les vignes où les raisins bien mûrs

    Sont cueillis en chantant.

     

    Premiers brouillards et champignons cachés des bois

    Nonnettes voilées, bolets bais...

    Sous les noyers les enfants cherchent les dernières noix

    Que le vent fait tomber.

     

    Dans un grand champ un percheron retourne la terre

    En fumant des nasaux

    Pendant qu'une volée d'oiseaux se battent à l'arrière

    Pour quelques vermisseaux !

     

    De temps à autre, des aboiements cassent le silence

    Mêlés de coups de feu ...

    Cache-toi petite biche des chasseurs sans clémence,

    Si tu veux vivre heureuse,

     

    Dans les sous-bois colorés et les arbres chargés

    D'or, de feu et d'argent.

    Tes amis les cerfs se battent comme des enragés,

    Pour toi, jeune et charmante !

     

    Pourtant chaque soir le soleil rétrécit sa course

    En voyageur pressé.

    Et chaque nuit : la Petit' Ours se colle à la Grand' Ours

    Sans jamais renoncer !

     

    Premiers cheveux blancs qu'on voit dans un miroir

    Dès l'automne de l'âge,

    Derniers vols d'hirondelles qui sentent venir le froid

    Et partent vers les plages...

     

    C'est la rentrée, les marrons sont tombés ; les feuilles

    Voltigent au vent du Nord

    L'enfant tout joyeux saute, les poursuit et les cueille

    En sortant de l'école,

     

    Et des plus belles couleurs, il s'en remplit les mains,

    Puis les porte à sa mère,

    Qui pour ne pas décevoir, garde précieusement :

    Ce trésor éphémère

     

              Jean Claude Brinette

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  • "À ceux qui viendront après nous" de Bertolt Brecht

     

     

    A ceux qui viendront après nous


    Vraiment, je vis en de sombre temps !
    Un langage sans malice est signe
    De sottise, un front lisse
    D’insensibilité. Celui qui rit
    N’a pas encore reçu la terrible nouvelle.

    Que sont donc ces temps, où
    Parler des arbres est presque un crime
    Puisque c’est faire silence sur tant de forfaits !
    Celui qui là-bas traverse tranquillement la rue
    N’est-il donc plus accessible à ses amis
    Qui sont dans la détresse ?

    C’est vrai : je gagne encore de quoi vivre.
    Mais croyez-moi : c’est pur hasard. Manger à ma faim,
    Rien de ce que je fais ne m’en donne le droit.
    Par hasard je suis épargné. (Que ma chance me quitte et je suis perdu.)

    On me dit : mange, toi, et bois ! Sois heureux d’avoir ce que tu as !
    Mais comment puis-je manger et boire, alors
    Que j’enlève ce que je mange à l’affamé,
    Que mon verre d’eau manque à celui qui meurt de soif ?
    Et pourtant je mange et je bois.

    J’aimerais aussi être un sage.
    Dans les livres anciens il est dit ce qu’est la sagesse :
    Se tenir à l’écart des querelles du monde
    Et sans crainte passer son peu de temps sur terre.
    Aller son chemin sans violence
    Rendre le bien pour le mal
    Ne pas satisfaire ses désirs mais les oublier
    Est aussi tenu pour sage.
    Tout cela m’est impossible :
    Vraiment, je vis en de sombre temps !

    II

    Je vins dans les villes au temps du désordre
    Quand la famine y régnait.
    Je vins parmi les hommes au temps de l’émeute
    Et je m’insurgeai avec eux.
    Ainsi se passa le temps
    Qui me fut donné sur terre.

    Mon pain, je le mangeais entre les batailles,
    Pour dormir je m’étendais parmi les assassins.
    L’amour, je m’y adonnais sans plus d’égards
    Et devant la nature j’étais sans indulgence.
    Ainsi se passa le temps
    Qui me fut donné sur terre.

    De mon temps, les rues menaient au marécage.
    Le langage me dénonçait au bourreau.
    Je n’avais que peu de pouvoir. Mais celui des maîtres
    Etait sans moi plus assuré, du moins je l’espérais.
    Ainsi se passa le temps
    Qui me fut donné sur terre.

    Les forces étaient limitées. Le but
    Restait dans le lointain.
    Nettement visible, bien que pour moi
    Presque hors d’atteinte.
    Ainsi se passa le temps
    Qui me fut donné sur terre.

    III

    Vous, qui émergerez du flot
    Où nous avons sombré
    Pensez
    Quand vous parlez de nos faiblesses
    Au sombre temps aussi
    Dont vous êtes saufs.

    Nous allions, changeant de pays plus souvent que de souliers,
    A travers les guerres de classes, désespérés
    Là où il n’y avait qu’injustice et pas de révolte.

    Nous le savons :
    La haine contre la bassesse, elle aussi
    Tord les traits.
    La colère contre l’injustice
    Rend rauque la voix. Hélas, nous
    Qui voulions préparer le terrain à l’amitié
    Nous ne pouvions être nous-mêmes amicaux.

    Mais vous, quand le temps sera venu
    Où l’homme aide l’homme,
    Pensez à nous
    Avec indulgence.

     

    Bertolt Brecht

     

    "À ceux qui viendront après nous" de Bertolt Brecht

     

     

    "À ceux qui viendront après nous" de Bertol Brecht extraitlu par Augustin Trapenard

     

    https://www.youtube.com/watch?v=eiTnsr4Nibc

     

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  • Tu refuses que décline 

    l'espérance et que

    s'enlise dans l'oubli

    la prière des amants,

     

    tu revois tant de géraniums

    sur le rebord des fenêtres,

    tant de reflets, après la

    pluie, sur les jardins, tu

     

    entends encore les chansons

    que fredonnaient les filles, 

    le soir, avant de rentrer, 

    chez elles. Tu te consoles

     

    avec ces ombres - mais cet

    amour, ô cet amour qui éclaira

    si fort ta jeunesse, ton corps

    l'implore, aujourd'hui. 

     

     

    Richard Rognet -

    Un peu d'ombre sera la réponse (extrait)

     

    Richard Rognet - Un peu d'ombre sera la réponse (extrait)

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  • L'été ne fut pas adorable
    Après cet hiver infernal,
    Et quel printemps défavorable !
    Et l'automne commence mal,
    Bah ! nous nous réchauffâmes 
    En mêlant nos deux âmes.

    La pauvreté, notre compagne 
    Dont nous nous serions bien passés, 
    Vainement menait la campagne 
    Durant tous ces longs mois glacés ...  
    Nous incaguions l'intruse,
    Son astuce et sa ruse.

    Et riches, de baisers sans nombre,
    - La seule opulence, crois-moi, -
    Que nous fait que le temps soit sombre
    S'il fait soleil en moi, chez toi,
    Et que le plaisir rie
    À notre gueuserie ?

     

                      Paul Verlaine 

     

    L'été ne fut pas adorable de Paul Verlaine

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  •  

    Il y a cette part en moi

    Qui n’est pas à moi

     

    Il y a cette faille en moi

    Que je ne puis combler

     

    Il y a cette ombre immense

    Que je ne puis franchir

     

    Il y a cette page maudite

    Que je ne puis tourner

     

    Plusieurs aveux s’affrontent

    Dans mon dernier aveu

     

    Plusieurs visages se heurtent

    Dans mon dernier visage

     

    Plusieurs regards se cherchent

    Dans mon dernier regard

     

    Nous sommes en très grand nombre

    A occuper ma place

     

    A dévorer les restes

    De mon dernier repos

     

                                                                                 Paul Valet

                                                  extrait de "La parole qui me porte et autres poèmes"

     

     

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