• La Sieste

    Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
    Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
    Où le feuillage épais tamise un jour pareil
    Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.
    Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
    Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
    De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
    Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.

    Vers la gaze de feu que trament les rayons
    Vole le frêle essaim des riches papillons
    Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves;

    Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
    Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
    Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.

     

                                                 José-Maria de Hérédia

     

    La Sieste  de José-Maria de Hérédia

     

     

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  •  

    Je n'attends pas de la Nature
    Qu'elle ajoute à mon coeur fougueux
    Par sa lumière et sa verdure,
    Et pourtant le printemps m'émeut:

    Ces mille petits paysages
    Que forment les arbres légers
    Gonflés d'un transparent feuillage
    M'arrêtent et me font songer.

    Je songe, et je vois que ton être,
    Que je n'entourais que d'amour,
    Me touche bien quand le pénètre
    Le subit éclat des beaux jours !

    Sous cet azur tu ne ressembles
    Plus à toi seul, mais à mes voeux,
    À ce grand coeur aventureux,
    Aux voyages qu'on fait ensemble,

    Aux villes où l'on est soudain
    Rapprochés par le romanesque,
    Où la tristesse et l'ennui presque
    Exaltent le suave instinct.

    – J’imagine que la musique,
    La chaleur, la soif, les dangers,
    Rendraient le plaisir frénétique
    Dans la maison des étrangers !

    Il ne serait pas nécessaire
    Que tu comprisses ces besoins,
    Tu pourrais languir et te taire,
    Dans l’amour l’un seul a des soins.

    Mais si je ne dois te connaître
    Que dans un indolent séjour,
    Loin des palais où les fenêtres
    Montrent les palmiers dans les cours,

    Loin de ces rives chaleureuses
    Où, les nuits, les âmes rêvant
    Prennent, dans l’ardeur amoureuse,
    Les cieux constellés pour divan,

    Si jamais, — bonheur de naguère,
    Enfance ! attente ! volupté ! —
    Nous ne goûtons la joie vulgaire
    Et tendre, dans les soirs d’été,

    De voir que flamboie et fait rage
    La foire dans un petit bourg,
    Et que le cirque et son tapage
    Viennent s’immiscer dans l’amour,

    Je me bornerai à ta vie,
    Aux limites de tes souhaits,
    Repoussant le dieu qui convie
    À fuir la tendresse et la paix…

     

                                               Anna de Noailles 

     

    Poème de l'amour de Anna de Noailles

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  • Prenez le temps

     

     

    Prenez le temps de jouer,

    c’est le secret de l’éternelle jeunesse

     

    Prenez le temps de lire,

    c’est ma source du savoir.

     

    Prenez le temps d’aimer et d’être aimé ;

    c’est une grâce de Dieu.

     

    Prenez le temps de vous faire des amis,

    c’est la voie du bonheur.

     

    Prenez le temps de rire,

    c’est la musique de l’âme.

     

    Prenez le temps de penser,

    c’est la source de l’action.

     

    Prenez le temps de donner,

    la vie est trop courte pour être égoïste.

     

    Prenez le temps de travailler,

    c’est le prix du succès.

     

    Prenez le temps de prier,

    c’est votre force sur cette terre.    

                                

                                          (Texte d’origine irlandaise).

     

    Prenez le temps

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  • Nous aimons la vie autant que possible de Mahmoud Darwich

     

    Nous aimons la vie autant que possible

     

    Et nous, nous aimons la vie autant que possible

    Nous dansons entre deux martyrs.

    Entre eux, nous érigeons pour les violettes un minaret ou des palmiers

    Nous aimons la vie autant que possible

    Nous volons un fil au ver à soie pour tisser notre ciel clôturer cet exode

    Nous ouvrons la porte du jardin pour que le jasmin inonde les routes comme une belle journée

    Nous aimons la vie autant que possible

    Là où nous résidons, nous semons des plantes luxuriantes et nous récoltons des tués

    Nous soufflons dans la flûte la couleur du lointain, lointain, et nous dessinons un hennissement sur la poussière du passage

    Nous écrivons nos noms pierre par pierre.

    Ô éclair, éclaire pour la nuit, éclaire un peu

    Nous aimons la vie autant que possible.

     

                                                            Mahmoud Darwich 

     

    https://www.youtube.com/watch?v=O4nxDxa4FR0

     

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  • Le printemps des papillons de Florent Cardinaux

    Décembre…

    Le temps glacial paraît figé, la vie suspendue entre les arbres évanouis au cœur de la forêt. Mes pas crissent sur les rives gelées d’un petit étang de campagne. Je sais pourtant que des créatures vivantes m’observent immobiles, comme engourdies : elles chuchotent en silence. Leur sursis paraît immuable, éternel, et je me demande si le théâtre de la vie retrouvera un jour son souffle perdu…

    Je m’évade bientôt par la pensée de cette nature taciturne pour rêver… au renouveau, à l’équinoxe… du printemps.

     

    Le printemps des papillons de Florent Cardinaux

    Le Printemps …

    Bourdonnements et foisonnements discrets des êtres qui s’éveillent au bonheur. La musique naturelle du monde aiguise les oreilles de nos sens en jouant cette symphonie que reprennent en chœur les corps emplis de tumultes débordants.

    Parmi tous ces elfes qui se redécouvrent chaque année, les papillons ont toujours exercé sur moi un charme indéfinissable, ils ont éveillé en moi la tendre poésie du monde naturel.

    Aujourd’hui, c’est jour de printemps. Je décide de me rendre sur les rives de l’étant de l’hiver passé.

     

    Le printemps des papillons de Florent Cardinaux

    Métamorphose

    Miracle de la vie. Ils sont là, mes papillons. Avec un bonheur candide, je m’allonge dans les herbes tièdes pour m’émerveiller de leur spectacle dansant.

    Le Robert-Le-Diable a revêtu son habit orange d’apparat. Je le tutoie du regard, à quelques centimètres, je respire avec lui, près de lui…

    Bientôt c’est une débauche d’énergie qui secoue l’endroit : les ailes chamarrées arrivent dans tous les sens et chacun rivalise pour posséder ce bout de terre, pour obtenir sa place au soleil… puis le calme revient et l’harmonie bienheureuse repose les esprits essoufflés.

    Le soleil décline déjà et chacun écarte au maximum ses ailes pour se regorger de la chaleur environnante. Un à un, ceux qui ont cru au bonheur pour un après-midi repartent, frêles esquifs mais ô combien précieux dans cet océan de tendres verdures.

    Demain je serai là, sûrement car je sais qu’ils seront au rendez-vous, fidèles, les papillons de la vie.

                    Florent Cardinaux (La Racontotte n°68)

     

    Le printemps des papillons de Florent Cardinaux

     

    La nature est un éternel recommencement, une succession de mort et de naissance, de renaissance, de métamorphose. Des cycles indéfiniment répétés. Pour illustrer le poème de Florent Cardinaux, j'ai trouvé cette superbe animation. 

    "Les frontières qui séparent la vie de la mort sont au mieux sombres et vagues. Qui dira où l'une se termine et où l'autre commence ?" - Edgar Allan Poe

    Le réalisateur de ce court-métrage s'est basé sur cette citation d'Edgar Allan Poe et nous montre le cycle indivisible de la vie, son renouveau perpétuel.

     

    https://vimeo.com/40291524

     

     

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