• Quelquefois la forêt,

    comme un corps fragile,

    te demande d'ouvrir

    en grand ta fenêtre, 

     

    tu obéis, avec la 

    complicité du jardin, 

    tu lui dis d'approcher, 

    qu'elle peut compter

     

    sur ta joie où vibrent 

    encore des oiseaux que 

    l'âge n'a pas obscurcis

     

    et qui plantent dans 

    ta mémoire comme

    les grandes mains

    d'un crépuscule

    sans blessures. 

     

    Richard Rognet 

     

    Richard Rognet  - Un peu d'ombre sera la réponse (extrait)

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    Véronique

     

    Quand j’étais jeune dit le poète

    Je me sentais juste Je croyais

    Qu’il y avait un côté des Justes

    Un chœur de lin blanc dont j’étais

     

    J’ai vieilli

    J’ai compris que des Justes

    Des Indignés

    Il y en a toujours sur la scène

    Un demi-chœur de chaque côté.

     

    Maintenant je n’ai plus rien à défendre

    N’étant ni des leurs ni des leurs

    Je n’ai pas le cœur à chanter les Principes

    Avec le lyrisme du couperet

    Quant à l’honneur les armées se l’annexent

    Tant leur en faut qu’il ne m’en resterait

    Je ne suis rien Je suis homme

    Je suis l’homme tel qu’il se fait

    N’importe quel homme

    Sans Principes sans Honneur

    Anonyme

     

    Ma face est ma patrie

    Ma face au lieu de toute injustice

    De tout sacrifice

    Là où sont seuls victimes et bourreau

    Sans leurs grands hommes

    Ni leurs grands mots

    Où le bourreau se voit dans la victime

    Où la victime a honte pour le bourreau

    Honteux l’un de l’autre Honteux de moi-même

    De mon pays et de mon espèce

    Et des grands hommes

    Et des mots.

     

    O ma Véronique, ô ma honte

    Tends-moi ce drapeau souillé

    Ce drapeau de n’importe quel peuple

    Pour essuyer la sainte face

    La même face

    De la victime

    Et du bourreau.

     

                                                           Pierre Emmanuel

                                                           « Evangéliaire » édition du Seuil

     

     

    Ste Véronique est la femme qui a essuyé le visage du Christ, lorsque celui-ci montait avec sa croix au Golgotha, recueillant ainsi l'image de la Ste Face sur son Linge.

    J'ai rencontré pour la 1ère fois ce poème de Pierre Emmanuel au collège en 3ème. Il m'a aussitôt frappé pour son opposition entre bourreau et victime. Chacun de nous peut devenir bourreau et victime à la fois. Personne n'est exempt de faire du mal, et personne n'est protégé des blessures. Bien sûr de prime abord, ces vers ont été écrit contre les temps de guerre où chacun est l'ennemi de l'autre et pourtant chacun n'est qu'un homme avec son histoire, sa famille, ses amours, ses peines. Je n'ai jamais oublié ce poème, au point de me souvenir encore de la majorité des vers. J'espère que ces quelques vers vous marqueront autant qu'ils l'ont fait pour moi.

     

    Je vous invite à lire cette méditation sur le voile de Véronique de Mgr Alexis Leproux, Vicaire général du diocèse de Paris  

    "

    Son voile recouvre le visage de la Charité, y recueillant les marques du sang, de la couronne et des crachats. Ce voile, Véronique le garde précieusement. Comme le suaire retrouvé au tombeau, ce voile est une icône de paix. Il a reçu les traits du visage parfait, un visage certes blessé, humilié et frappé, un visage défiguré mais qui est aussi celui de la bonté parfaite. Sous les injures et sous les coups, pas un instant ce visage ne s’est crispé d’un mouvement de colère ou de haine. On ne trouve, sur ce tissu sacré, aucune marque de révolte, aucun indice de désespoir. Implacable dans sa lutte contre l’esprit du mal, cet homme, Dieu lui-même, est venu chez les siens, rempli de l’Esprit Saint. Il a tenu ferme, résisté aux attaques de l’ennemi. Il demeure indéfectiblement lui-même, confiant et courageux, source de bonté pour ceux dont il prend soin.

    Il ne cesse, en ce jour douloureux, de contempler, de soigner et de guérir. Ses bourreaux sont même ceux dont il prend le plus grand soin. Il les regarde avec une espérance qui ne déçoit pas, une intercession sans relâche. Il ne s’agit pas d’un soin visible et immédiat, mais de ce soin qui bouleverse les profondeurs de l’âme, une attention du cœur capable de changer le monde : « Vraiment, cet homme était fils de Dieu » ! Son regard transmet une lueur inédite à ce jour triste et violent. A qui ploie sous le fardeau, sa présence donne le repos. A qui peine sur le chemin, son silence ouvre une communion. Il y a ceux qui s’acharnent contre lui, ceux qui s’enfuient inquiets, ceux qui se tiennent à distance, témoins impuissants de sa persécution. A tous, il annonce les prémices d’un nouveau monde.

    Seul, dans la nuit de sa prison, il porte les prisonniers de tous les temps, les criminels et les pécheurs. Sans défense, à l’aube de ce jour sanglant, il met un terme aux ténèbres du mensonge. Seul encore, au milieu de faux-témoins et de soldats, il se fait artisan de paix. Elevé sur le bois, il remet sa vie pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. Jamais il ne se résigne à ne plus aimer. Jamais, et surtout pas en ce dernier jour de sa vie, il ne renonce à transmettre la vie. Sa bonté est son être même, la communiquer sa mission constante. Et tels ces soignants et ces infirmiers, ces médecins des âmes et des corps, tels ces personnes consacrées aux plus fragiles d’entre nous, cet homme révèle la dignité de toute personne, celle dont on prend soin envers et contre tout, celle qui ne compte pas ses forces pour servir et soigner. En ces jours inédits pour notre petite planète, en ce jour singulier où l’on vénère la Croix du Christ, la bonté sans mesure continue de briller sur notre fragile humanité."

     

    https://www.paris.catholique.fr/meditation-pour-le-vendredi-saint.html

     

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    J’ai trouvé dans un livre un vieil œillet fané,

    Un pauvre œillet tout sec aux sépales rigides,

    A la couleur grise, aux nuances livides,

    Qui m’a fait très longtemps dans ma chambre rêver.

     

    Mes doigts l’ont effleuré avec un geste pieux :

    J’ai senti naître en moi le respect compassé

    Que nous font éprouver les choses du passé,

    Délicats souvenirs du temps de nos aïeux.

     

    Cet œillet a peut-être une histoire touchante :

    Il fut, à mon avis, donné par une amante

    Par un beau soir de juin à son beau cavalier.

     

    J’ai trouvé dans un livre une fleur d’autrefois

    Qui m’a fait très longtemps dans ma chambre rêver

    De rubans et de fleurs, de sources et de hautbois.

     

    Roger FAIVRE 

     

    Un Œillet dans un livre de Roger FAIVRE

     

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    Premier printemps de Louis DUPLAIN (poète ouvrier horloger comtois)

     

    Mars enfin revenu, c’est le premier beau jour :

    Flore au fond des taillis prépare ses corbeilles,

    Et, le long du ruisseau qui tout fraîchement court,

    Le bourgeon d’or du saule attire les abeilles.

     

    Le soleil au vallon sourit avec amour :

    Les mares sous l’osier étincelle, vermeilles,

    Et le fermier joyeux monte d’un pas moins lourd

    Vers le haut du jardin où s’étagent ses treilles.

     

    Les ébéniers dorés et les blancs aubépins

    Semblent l’air triste et grave des sapins

    Dont mai va peindre en vert tendre le bout des branches ;

    Tous les oiseaux sont fous, merle, geai, sansonnet,

    Et je ne dirai pas dans mon chaste sonnet,

    Ce qui se passe au bois sous l’œil des pervenches !

     

     

    Premier printemps de Louis DUPLAIN

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    Il y a les rafales du temps que le vent épouvante. Les feuilles mortes tiennent un concert de castagnettes. Les arbres dansent en squelette. Tu glisses les ciels dans leur carton, tu alignes les routes dans l'étuis, et dans une boîte tu jettes les bruits. 

    Sur le seuil déjà, la valise avale le présent, la chaise est là, la table ronde, la lampe lape les dernières ombres, l'absence allonge ses membres dans le fauteuil, le miroir vide la pièce, la fenêtre regarde à l'intérieur.  - Quoi bouge ? Tu éteins la lumière dans l'escalier -t u laisses de côté tout ce que tu ne connais pas - tu tires la porte derrière toi - tu quittes tout ce que tu n'as pas vécu, comme une conversation arrêtée au milieu.  Que des gestes de crépuscule ! Des visages demeurent froissés dans la corbeille de l'oubli en attendant qu'un sourire les déplie. Tu regardes obstinément devant toi. Aucune vie ne t'appelle plus qu'une autre, sinon la vie. 

    Pars. 

    Où circulent-elles, les paroles que tu n'as pas  atteintes, qui ne t'ont pas touché ? - Est-ce toi, lecteur, qui les prononces ? comme le poème du poème, dont nous regrettons peut-être, chacun d'un côté des mots, qu'il ne soit pas écrit. - 

    Tu voudrais savoir qui attend déjà à l'autre bout de la voix. Il y a là un bonheur embusqué. Dans tes bagages, la louange le dispute à la nostalgie. Nostalgie inguérissable liée à nul lieu, mais que perpétue chaque départ. Louange toujours renaissante, parce que la vie fait feu. 

    L'écriture ravale la réalité, les mots en sont la crête émerveillée. 

    Au-revoir. 

    A quel titre rester ? 

    Au-revoir. 

    Rien ne t'appartient. 

    Au-revoir. 

     

    Il est temps : la pluie vient. 

     

    Yves-Jacques BOUIN

    extrait de "Le poème qui n'en finit pas de commencer toujours"

    Ed de la Renarde Rouge

     

    Poème sans titre et sans propriété de Yves-Jacques BOUIN

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