•  

     

    C’est la chanson des garde-fous

    des gardes-pêche et garde-boue

    c’est la chanson des chèvrefeuilles

    des choux-fleurs et des portefeuilles

    la chanson des chassés-croisés

    du pluriel des nom composés

    C’est la chanson de nos grandans-pères

    que chantent les gardes-barrières !

     

    C’est la chanson du P’tit Poucet

    celui qui ne comprend jamais

    les mystères de l’orthographe

    c’est un peu la java des baffes !

    Une claque et ça t’apprendra

    qu’il faut mettre un s à deux chats

    mais qu’il ne faut pas qu’on en mette

    quand on écrit deux La Fayette !

     

    Poucet ne comprend pas pourquoi

    on prend cet exemple à la noix

    A deux noix faut pas mettre un esse

    fais bien gaffe ou gare à tes fesses !

    C’est la chanson des tir’bouchons

    des press’papiers des porte-avions

    des chefs-d’œuvre et des contre-attaques

    des tête-à-queue d’la tête à claques

     

    C’est la chanson des maxima

    des ex-aequo des errata

    la chanson des sanatoriums

    qu’il faut savoir pour être un homme

    C’est la chanson des soprani

    des credos des ciceroni

    la chanson des porte-parole

    chantée par les vachespagnoles !

     

    C’est la chanson des p’tits cailloux

    que Poucet chante à ses joujoux

    c’est la chanson du soupirail

    des vaux des vitraux des portails

    C’est la chanson des vieux Dupneu

    de mes aïeuls de mes aïeux

    qui savaient qu’après les préfixes

    c’est très vilain de mettre un ixe !

     

    Poucet préfère évidemment

    la goualante des tire-au-flanc

    mais quand Poucet bâille aux corneilles

    il fait bien gaffe à ses oreilles

    car il connaît vraiment par cœur

    la chanson de l’instituteur

    la chanson des feuilles de choux

    qu’on réchauffe aux petits voyous !

     

    Guy Thomas

    extrait du recueil « Chevrotines et Folies douces »

     

    Livre : Chevrotines et folies douces écrit par Guy Thomas - le Bruit des  autres

    Pin It

    2 commentaires
  • Ballade des pendus   de François Villon

     


    Frères humains qui après nous vivez
    N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
    Car, si pitié de nous pauvres avez,
    Dieu en aura plus tot de vous mercis.
    Vous nous voyez ci attachés cinq, six
    Quant de la chair, que trop avons nourrie,
    Elle est pieça devoree et pourrie,
    Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
    De nostre mal personne ne s'en rie :
    Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

     

    Se frères vous clamons, pas n'en devez
    Avoir dédain, quoique fûmes occis
    Par justice. Toutefois, vous savez
    Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis;
    Excusez nous, puisque sommes transis,
    Envers le fils de la Vierge Marie,
    Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
    Nous préservant de l'infernale foudre.
    Nous sommes morts, âme ne nous harie;
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

     

    La pluie nous a débues et lavés,
    Et le soleil desséches et noircis :
    Pies, corbeaux nous ont les yeux caves
    Et arraché la barbe et les sourcil.
    Jamais nul temps nous ne sommes assis;
    Puis ça, puis la, comme le vent varie,
    À son plaisir sans cesser nous charrie,
    Plus becquetez d'oiseaux que des à coudre.
    Ne soyez donc de notre confrerie;
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

     

    Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
    Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
    A lui n'avons que faire ne que soudre.
    Hommes, ici n'a point de moquerie;
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre

     

    Un magnifique texte de françois Villon interprété par François Bergeret sur une superbe musique de Heidimarie

     

    https://www.youtube.com/watch?v=1tITHEaHVjM

    Pin It

    3 commentaires
  • https://www.letelegramme.fr/images/2020/09/28/dans-son-nouvel-album-espece-en-voie-d-apparition_5325370_576x570p.jpg

     

    Monsieur Roux, Erwan Roux,  artiste et éducateur spécialisé, rencontre un jour Babouillec. Après avoir lu l'un de ses recueils : Espèce en voie de disparition  dans laquelle la jeune poétesse exprime ses humeurs, sa confrontation entre son intériorité et le monde extérieur. Touché, il propose de chanter les mots de la jeune femme. L'album : Babouillec par monsieur Roux, Espèce en voie d'apparition est né.  Le titre même de l'album veut tout dire. C'est une renaissance par l'expression ou comment libérer l'être intérieur enfermé. Des textes bouleversants mis en valeur par la voix de M. Roux et le violoncelle de Juliette Divry 

      

     

    https://youtu.be/0_agqU5SPi0

     

     

    https://www.youtube.com/watch?v=yXXfqAN5vZU

    Pin It

    3 commentaires
  • Je vous avais déjà parlé de Hélène Babouillec, cette poétesse autiste (http://pestoune.kazeo.com/helene-babouillec-a202120794

    Voici un extrait d'un de ses recueils : voyage au centre d'un cerveau d'autiste.  Ce sont des mots puissants des mots qui surgissent par delà la parole qu'elle ne peut prononcer, qui témoigne d'un éveil à l'expression, de la grandeur d'un être dans les limites imposées par son corps. Ce verbe, qui fuit, exprime l'intime de l'individu. Aller au-delà de l'aspect extérieur, trouvé le secret caché au sein de l'humanité. Les mots qui fuient, demandent à sortir pour dire l'indicible, pour dire la vie, pour dire l'humain. 

     

    Etat des lieux  de Babouillec 

     

    Le cerveau stimulé depuis la naissance dans le processus de ressemblance apprend. 

    Il apprend la grandeur de l'autre dans sa loi des limites humaines, la survie sociale. 

     

    Construire, déconstruire dans l'habitacle magique libre de passeport est soumis à l'autorisation du regard de l'autre.

    Pourquoi ? 

    Que manque-t-il aux cerveaux répertoriés aptes à l'identification sociale par ressemblance pour faire ramper leur reptilien dans les zones sombres de l'inconvenance ? 

    Je suis tentée de répondre, un reptilien sachant ramper en dehors des rails de sécurité, en un mot  DIFFERENT. 

    Et, je répète pour qu'il soit bien entendu le mot différent, différent, différent...

    Aussitôt la chaîne manufacturée des espaces construits depuis l'âge tendre des dendrites, grince des dents fait sonner l'alarme. 

    Une petite lumière rouge clignote dans la boîte crânienne, explose l'espace libre pour réfléchir et mot de passe s'affiche. Sûr d'avoir choisi le bon  vous essayez à nouveau différent. 

    Petit moment de répit, rien ne se passe, peut-être que le cerveau s'habitue. Illusion passagère, l'alarme repart de plus belle pour éradiquer définitivement cet espace inadapté.

    La lumière rouge clignote de plus en plus fort dans la boîte à penser comme une cote d'alerte transgressée. Le moment est douloureux et la mémoire s'active. Les souvenirs remontent à la surface. Vous l'avez vu tout à l'heure après les infos dans une pub, le médicament qui éteint la lumière rouge qui clignote dans le crâne. Vous allez à l'armoire à pharmacie et avalez sans plus attendre le fameux mot de passe qui guérit tous les mots. 

     

    Que reste-t-il du mot différent après cette réinitialisation ? 

     

    La lumière rouge est éteinte. Le cerveau est sorti de sa côte d'alerte, il a retrouvé sa zone de confort. 

                                                                            Babouillec

                                                    Extrait de "Voyage au centre d'un cerveau d'autiste"

     

     

    Voyage au centre d'un cerveau d'autiste - Poche - Babouillec, Anouk  Grinberg - Achat Livre ou ebook | fnac

    Pin It

    1 commentaire
  • A deviner le plan que notre ivresse dessine,

    Esquisse sans contours tracée à main levée. 

     

    Par ces détours on passe dans le quartier perdu,

    La lumière d'une seule lampe s'allume sous les toits, 

    Une lucarne sous les combles transfigure les façades, 

    Un œil-de-bœuf fantôme tel une bouche d'ombre bée 

     

    (Après la rue Saintonge, si nous fermions les yeux, 

    Le banc des Quatre Frères rapetissait là-bas, 

    quand l'écho d'un passant sur le trottoir d'en face

    Allait mourir par vagues au large du matin.) 

     

    Jamais je n'aurais cru que la ville fût si vaste, 

    Volant foraine des cloches de Saint-Etienne-du-Mont

    Aux plus lointains faubourgs, aux vertes solitudes

    De quels jardins errants, de quels écarts mouvants. 

     

    Viens petite âme, allons, le point du jour efface

    Les belvédères célestes ; au cœur du labyrinthe

    Une gloriette s'élève. Retrouvons-nous là-haut.

    Les cercles de l'Ether pâlissent évanescents. 

     

    Max de Carvalho 

    extrait de "Le Grand Veneur des âmes" 

     

    Avant que la chaîne d'argent soit rompue de Max de Carvalho

     

    Pin It

    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique