• Phébus à son coucher  de Henry Tournier

     

    Phébus en son pourpre équipage

    Incendie l’azur au couchant

    Il embrase le vert feuillage

    La forêt n’est que flamboiement.

     

    Dans le ciel en flamme un nuage

    D’un feu ardent est dévoré

    Il a pris l’astre pour ancrage

    Et s’orne d’un galon doré.

     

    Le rouge cède à l’azuline

    Un bleu d’ardoise éteint le rose

    Le jour en tapinois décline

    La terre est devenue morose.

     

    La voûte céleste scintille

    De ses tremblotants feux follets

    On dirait des yeux d’or qui cillent

    Pour saluer l’ombre qui naît.

     

            Henry Tournier (extrait de Glane de blés d’or)

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  • Je vœux

    Je vœux un monde bleu comme un tablier de jardinier.

    Je vœux que les mains des ennemis se nouent autour de l’olivier.

    Je vœux le goût du sel sur la langue de tous les nouveau-nés.

    Je vœux que le vol de l’ange brise nos silences gênés.

    Je vœux marier le désert et les rivières de glace.

    Je vœux un dessin d’enfant accroché à l’espace.

    Je vœux que s’endorme confiant le veilleur de nuit.

    Je vœux chanter pour eux pour nous pour lui.

    Je vœux ouvrir les maisons les prisons les cœurs désolés.

    Je vœux un trait d’union au bout de la ligne brisée.

    Je veux vouloirs encore même si mon ventre se tord.

    Je vœux la vie plus douce oui plus douce que la mort.  

     

                         Bernard Friot  - La vie sexuelles des libellules et autres poèmes pas chiants.

     

     

    Chers amis lecteurs, je vous souhaite une merveilleuse année pleine de lumière, de bonheur, de sourire, d'amour, d'amitiés et de bonne santé. 

     

    Bonne Année à tous.

     

    Je voeux de Bernard FRIOT

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  • Pour faire une chanson nouvelle,
    On peut demander à l’oiseau
    Le secret d’une ritournelle
    Et le mystère d’un scherzo ;
    On peut aussi prendre une lyre,
    Ajouter quelques fleurs autour,
    Un clair de lune et des sourires…
    Mais tout ça ne peut pas suffire
    Pour faire une chanson d’amour.

    Pour faire une chanson qui naisse,
    Et survivre à tous les étés,
    Il faut connaître la caresse
    Dont le cœur semble s’arrêter ;
    Il faut connaître la torture
    D’attendre, jusqu’au bout du jour,
    Une trop chère créature…
    C’est le cœur qui bat la mesure
    Pour faire une chanson d’amour.

    Pour faire une chanson qui tremble,
    Et chante avec des vrais soupirs,
    Il faut avoir cru, tout ensemble,
    Cent fois vivre et cent fois mourir;
    Souvenirs aux fleurs défleuries,
    Frissons d’un soir, baisers d’un jour…
    Valse de flamme et de folie…
    Il faut avoir donné sa vie
    Pour faire une chanson d’amour !

                     Rosemonde Gérard

     

    Rien que des chansons  de Rosemonde Gérard

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  •    La neige tombe de  Jean Richepin

     

    Toute blanche dans la nuit brune,

    La neige tombe en voletant,

    O pâquerettes ! une à une,

    Toutes blanches dans la nuit brune.

     

    Qui donc là-haut plume la lune ?

    O frais duvet ! flocons flottants !

    Toute blanche dans la nuit brune,

    La neige tombe en voletant.

     

    La neige tombe, monotone,

    Monotonement, par les cieux ;

    Dans le silence qui chantonne,

    La neige tombe monotone,

     

    Elle file, tisse, ourle et festonne

    Un suaire silencieux.

    La neige tombe, monotone,

    Monotonement par les cieux.

     

    La chanson des gueux.

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  • Extrait de Noireclaire de Christian Bobin

    Il y a entre toi et moi une adorable barrière. C’est ta mort qui l’a construite. Son bois est du silence. Il n’est pas épais. Un rouge-gorge s’y pose.

     

    Quand tu étais de ce monde j’adorais traverser avec toi la campagne au vert surnaturel, ses chorales de sous-bois et ses poèmes de barrières.

     

    La barrière qui me sépare de toi est pauvre. Ses piquets suivent les mouvements de ma pensée. Ils ondulent. Tu es de l’autre côté de la vie, pas si loin somme toute, bien moins loin de moi que ce médecin que j’ai vu feuilleter des visages toute la journée sans en regarder un seul. Les yeux vides ont envahi tous les métiers. Le monde n’aime pas les barrières de bois décoloré, mangées par les lichens, ces murailles qui laissent passer l’air, le parfum du chèvrefeuille et le rire des fantômes.

     

    Même après toutes ces années dans ton  joli cimetière de campagne, ton visage revenant a le vif d’une rose de jardin. Aux modernes qui ne savent que compter, j’oppose la lente passion des nuages, les heures ardentes au chevet d’une phrase et ton visage quand une crédulité le visitait.

     

    Un tremble se tient à l’entrée du champ comme un jeune garçon de ferme venu demander du travail.

     

    Il attend, sa casquette de lumière dans son poing serré.

     

    Un iris gluant de lumière mauve vient d’éclore près du tremble. Le crachat de cette fleur me défie d’écrire une phrase aussi pure que sa souillure immortelle.

     

    Cela fait longtemps que je ne suis pas allé dans le pays où tes os ne sont plus que poudre. Par la pensée je fais quelques pas sur le pont rouge où tu aimais te promener. Tu t’avances à contre-jour, tes yeux allumés d’une fièvre saine.

     

    La poignée en cristal de la porte du paradis, en t’écrivant j’arrive presque à la tourner. Presque. C’est assez beau, cette vie où on ne peut rien faire qu’échouer, tu ne crois pas ?

     

    Le manque est la lumière donnée à tous.

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