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    « Je me sens triste ! » dit une vague de l'océan en constatant que les autres vagues étaient plus grandes qu'elle. « Les vagues sont si grandes, si vigoureuses, et moi je suis si petite, si chétive. »

    Une autre vague lui répondit : « Ne sois pas triste. Ton chagrin n'existe que parce que tu t'attaches à l'apparent, tu ne conçois pas ta véritable nature. »

    « Ne suis-je donc pas une vague ? »

    « La vague n'est qu'une manifestation transitoire de ta nature. En vérité tu es l'eau. »

    « L'eau ? »

    « Oui. Si tu comprends clairement que ta nature est l'eau, tu n'accorderas plus d'importance à ta forme de vague et ton chagrin disparaîtra. »

    Avoir à l'esprit que l'humanité fait partie d'un ensemble est important. Car l'être humain se considère souvent comme le centre des choses en s'arrogeant des droits particuliers qui n'ont pas de raison d'être. Ainsi il ne voit que chez son prochain ce qu'il n'a pas, sans voir ce qu'il a déjà, et se cause les plus inutiles soucis. 

     

    Conte Zen : La Vague

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    Au pays de la fée verte, de la fée Arie et de la Vouivre, les lutins sont de bonne compagnie, surtout quand ils s’avisent d’être cornus, comme le sont les louttons, cousins de fouletots et autres génies des bois et des guérets comtois.

    Les louttons ne sont pas plus invisibles que les autres et il n’est pas juste de prétendre qu’on les reconnaît à ce que l’on ne les voit jamais. Certes, les rencontres avec eux revêtent un caractère exceptionnel, force est de l’avouer. Mais cela n’est pas une raison suffisante pour abandonner tout espoir d’en croiser un en quelque lieu propice, un lieu que parfument agréablement les fleurs et les herbes sauvages, où les oiseaux chantent la disparition de toute menace.

    Evidemment, mieux vaut savoir s’y prendre pour les attirer à soi et même se divertir de leur compagnie, s’ils consentent à demeurer près de vous pendant quelques instants inoubliables.

    Les louttons ne redoutent pas les villes. S’ils apprécient les grandes futaies odorantes, les bocages humides et fleursi, ils aiment presque autant les parcs des villes. On en a vu au cœur de la Promenade Chamars, à Besançon, en contrebas du Fort Chaudanne, à Dole aussi, sur le cours Satin-Maury, et même à Fort Hartry, en plein Belfort, c’est vous dire si le loutton affectionne aussi les cités !

    Ce qu’ils y font ? Dans les parcs, ils ramassent les papiers gras, fournissent des rêves aux grands-mères assoupies, soufflent dans le cou des petits enfants pour les chatouiller et les faire rire, s’amusent à faire tomber les marrons – c’est eux qui ouvrent les bogues ! Ils poussent les bateaux à voile sur le bassin.

    Le loutton est remuant. Pour garder un lutin cornu plus longtemps à côté de soi, lui servir un petit gobelet de vin de paille, pas un verre surtout car c’est très mauvais pour sa peau. Certains lutins cornus ont été changés eux-mêmes en statue de verre pour n’avoir pas respecté cette règle qui est la première de l’hygiène des lutins cornus. Offrez-lui avec cela quelques dés de comté. Vous le verrez – ou au moins vous l’entendrez – sautiller de joie.

    Le lutin cornu peur rendre de grands services à la pêche car il voit non seulement sous l’eau mais aussi à travers la roche.  Cela luui permet  de voir les truites dans leur cachette aussi facilement que si elles se trouvaient dans un aquarium.

    Le loutton est un merveilleux guide pour la cueillette des champignons. Il sait vous repérer un cep à cinq cents mètres de distance. Il suffit, pour obtenir son aide, de se mettre à chanter les mots : « Loutton-champignons » sur l’air qui vous plaira et à lui forcément aussi.

     

    Extrait de : Les histoires Franc-Comtoises de mon grand-père de Pierre-Jean Brassac

    Le cornu lutin comtois

     

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    Il suffit de contempler les grasses prairies comtoises au printemps pour comprendre que la beauté environnante ne peut qu’être suscitée par une main de fée.

    Le vert tendre de l’herbe, les fleurettes qui se la disputent, et avec ça, cette lumière qui joue à travers la frondaison. Rien de ce que l’on aperçoit n’est venu ici de soi-même ou par miracle. Il a bien fallu à un moment ou à un autre l’intervention magique et le doigté de la Dame Verte ! Sans elle, le paysage n’aurait pas ce charme, ni les vallées leur fraîche et ombreuse sinuosité.

    Mais pour connaître un destin surnaturel, la Dame Verte n’en est pas moins femme et souvent amoureuse. Elle sait rêver des journées entières, d’un vibrant rêve éveillé. Elle ne peut détacher ses pensées du jeune homme élégant qu’elle a entrevu au détour d’une clairière. Elle ne cesse de harceler ses consœurs de mille questions inutiles. L’avez-vous vu, vous aussi ? Le connaissiez-vous ? Est-il prince ou guerrier ? Est-il poète, peut-être ? Ah ! oui, poète ! Il m’écrira des odes. Je serai la plus chantée des fées. Ah ! qu’il est doux de chanter, chantons l Soyons, mes sœurs la musique de ces bois :

    La Dame Verte sourit à tout ce qui l’entoure, que ce soit un beau visage aperçu, la corolle d’une orchidée naissant ou le murmure d’une source sous la mousse. Et les arbres et les  plantes rendent son sourire à celle qui les observe avec autant d’affection. Elle qui sait faire scintiller la neige, parler les bosquets, éclore les marguerites en foules éclatantes dans les prairies. Non, vraiment, sans Dame Verte, La nature n’aurait pas ce charme qui nous rend meilleurs et nous porte à l’admiration.

     

    Pierre-Jean BRASSAC (extrait de "Les histoires Franc-comtoises de mon grand-père")

     

    La Bonne Dame Verte

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    Auprès de Grand-arbre

     

     

          Grand-arbre était si grand… Je me demandais si un jour je serais aussi grand que lui…

     

          Les nuits de pleine lune, Grand-arbre scintillait sous le ciel noir. Par la fenêtre, je regardais ses branches se balancer avec grâce. Son ombre dansante sur les murs de ma chambre m’aidait à m’endormir. Je lui disais :

     

          ― Bonne nuit, Grand-arbre !

     

          Et il s’ébrouait comme un ours hors de l’eau pour me répondre.

     

          Les matins de printemps, quand il faisait beau, je m’allongeais sur l’herbe à son pied. Les rayons du soleil se frayaient un chemin à travers le feuillage, et ils dessinaient sur mon ventre une dentelle de lumière. Un couple d’écureuils venait souvent s’amuser dans Grand-arbre. Ils passaient leur temps à se courir après le long de ses branches interminables. Lorsqu’ils détalaient à toute vitesse sur l’herbe, même le chat de la voisine ne parvenait à les rattraper.

     

          ― Bien fait pour toi ! lui criais-je. Tu n’as qu’à les laisser jouer !

     

          Grand-arbre donnait en été des fruits sauvages. L’automne venu, ils éclataient en tombant lourdement sur l’herbe : « Plonc ! » Alors ses feuilles se mettaient à roussir si fort qu’on aurait dit que le feu était passé par là. Durant cette saison, les écureuils s’en donnaient à cœur joie car ils devenaient parfaitement invisibles. Et Grand-arbre riait car les écureuils lui chatouillaient le ventre et les bras.

     

          L’hiver, Grand-arbre se dressait, nu, jetant ses mille branches dans les nuages gris, comme s’il portait le ciel. Certains jours, une tourterelle venait s’y poser.

     

          ― Bonjour, Tourterelle ! lui disais-je. Comme tu es belle !

     

          Alors elle rougissait. Du moins ça me plaisait de le croire… Quand le chat la laissait tranquille, elle plantait son bec dans un fruit encore accroché à une branche pour en picorer les pépins.

     

          Un soir d’hiver, en rentrant de l’école, je découvris que Grand-arbre avait disparu. On avait arraché mon meilleur ami ! Depuis ma fenêtre, je ne voyais plus que des tours, des usines, des routes, des ponts. À la place de Grand-arbre, il ne restait qu’un rond de terre noire dans la pelouse verte. Une horrible cicatrice !

     

          Moi, je pensais que Grand-arbre m’appartenait parce qu’il vivait sous ma fenêtre.

     

          ― Tu te trompes, m’a-t-on expliqué. Grand-arbre, comme beaucoup d’autres arbres, appartient à la ville. Là-bas, il y a des hommes et des femmes qui décident de leur sort.

     

          Alors, le mien devait disparaître ? Je ne comprenais pas pourquoi.

     

          Mon amie la tourterelle vint me voir par un froid matin.

     

          La pauvrette tournoyait au-dessus du rond de terre noire en battant des ailes. Son perchoir préféré s’était envolé et elle me lançait des regards étonnés… Elle finit par se poser sur l’herbe et s’intéressa à un vieux fruit qui pourrissait là – Grand-arbre lui avait laissé un souvenir. Ce n’était plus qu’une peau brune renfermant quelques pépins. Elle planta son bec et s’apprêtait à les picorer quand le chat de la voisine l’effraya et elle disparut dans le ciel blanc…

     

          ― Vilain, le chat ! Pourquoi fais-tu peur à tout le monde ?

     

          Le chat joua un moment avec cette petite boule toute ridée. Il la poussa de la patte, comme s’il s’agissait d’un ballon, et le fruit roula jusqu’au rond de terre noire. Il s’amusa à le recouvrir en grattant la terre, puis, lassé de son jeu, s’éloigna de sa démarche imperturbable, sans même se retourner.

     

          Un peu plus tard, ce même jour, le couple d’écureuils vint lui aussi.

     

          ― Bonjour les amis ! leur lançai-je alors qu’ils tournaient sur eux-mêmes comme des toupies à la recherche de leur arbre de jeu.

     

          Comment pouvais-je leur expliquer ce que je ne comprenais pas moi-même ? Ils semblaient si tristes. On aurait dit qu’ils attendaient le retour de Grand-arbre.

     

          Le temps était devenu menaçant et le chat avait dû rentrer chez lui. Un violent orage éclata durant la nuit. Le tonnerre grondait sans relâche, des éclairs zébraient le ciel et la pluie ne voulait cesser.

     

          Hélas, Grand-arbre n’était plus là pour me protéger. Je grelottais de frayeur au fond de mon lit…

     

          L’hiver se termina sans que je revoie la tourterelle et les écureuils. D’ailleurs, je ne voulais plus regarder au-dehors. Je n’ouvrais plus mes rideaux…

     

          Et puis le printemps pointa le bout de son nez. Mais sans Grand-arbre, ma joie n’était pas complète.

     

          Un matin, mon amie la tourterelle me réveilla en tapant au carreau.

     

          Je me précipitai à ma fenêtre, écartait les rideaux et… « Oh ! » Je n’en croyais pas mes yeux.

     

          ― Vite ! Descendons !

     

          Au centre de la pelouse, dans le rond de terre, un arbre poussait. Un vrai petit arbre qui ressemblait déjà à Grand-arbre.

     

          Alertés par la tourterelle qui virevoltait de bonheur, le couple d’écureuils vint aux nouvelles et nous dansâmes autour de Petit-arbre. Intrigué par cette sarabande, le chat de la voisine entra à son tour dans la ronde. C’était aussi un peu grâce à lui que Petit-arbre avait pu naître. La pluie de l’orage avait fait germer un pépin, mais c’est le chat qui avait enterré le fruit…

     

          Bien sûr, Petit-arbre était beaucoup plus petit que moi, mais il allait grandir, et c’était à moi de veiller sur lui.

     

          ― Je viendrai t’arroser chaque matin, lui promis-je.

     

          Petit-arbre était si petit… Je me demandais si un jour il serait aussi grand que moi.

     

    Michel Deydier

     

    Auprès de Grand-arbre

     

    Paris, Gautier-Languereau, 2006

    Source :   https://contesarever.wordpress.com/2012/02/20/aupres-de-grand-arbre/  

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  • Ombres et Lumières

     

    Il faisait déjà sombre lorsque Ning, Chang et Kong partirent trouver Shen, leur vieux Maître, dans la montagne. Ils avaient décidé d’aller le consulter, car ils se faisaient sans cesse entre eux des reproches qui ternissaient leur amitié.

    Dans l’agitation du départ, ils partirent sans lanterne et gravirent péniblement le chemin escarpé et dangereux qui menait chez le Maître. Ils arrivèrent exténués, les mains et les genoux écorchés. Le vieux Shen les fit entrer.

    – Que voulez-vous ?

    – Nous sommes venus te trouver, dit Chang, car nous éprouvons les uns envers les autres des sentiments négatifs qui nous empêchent de vivre en harmonie. Nous avons besoin de tes lumières.

    – Je vous écoute répondit Shen.

    – Ning m’énerve, dit Chang. Je le trouve hésitant, passif et soumis.

    – C’est possible, dit Shen, mais as-tu pensé que s’il est ainsi, il est peut-être aussi réfléchi, réceptif et calme ?

     – Chang m’agace, dit Kong. Je le trouve autoritaire, agressif et intolérant.

    – Cela se peut, dit Shen, mais il est probablement aussi entreprenant, combatif et franc.

     – Kong m’irrite, dit Ning. Je le trouve fourbe, manipulateur et hypocrite.

    – Alors, dit Shan, il est vraisemblablement aussi habile, convaincant et diplomate.

    – Pas d’ombre sans lumière, ni l’inverse, ajouta en souriant le vieux Maître. Avant de repartir, prenez ma lanterne. C’est plus prudent avec cette obscurité.

    Kong, Chang et Ning prirent le sentier du retour sans trébucher ni tomber. Chemin faisant, ils s’amusaient du jeu des ombres et des lumières projetées par la lanterne de Shen.

    Charles Brulhart Janvier 2007  www.metafora.ch

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