•  

    Madame le maire d’Emancé, petit village dans les Yvelines, a bien du fil à retordre avec les compagnies d’assurance. Surtout depuis la recrudescence des accidents sur les routes qui relient sa commune à la forêt de Rambouillet. La région est très boisée entre la forêt des quatre piliers et le bois de Batonceau. Cerfs, chevreuils et sangliers envahissent les lieux, s’y plaisent et s’y reproduisent. Ils empruntent bien souvent les différentes voies de circulation au mépris des usager habituels au volant de leur camion ou de leur automobile !

    Aussi, quand Brigitte P. se rapproche d’elle pour lui faire part de ses problèmes de police d’assurance à la suite d’un accident de la route, madame le maire s’attend à la description somme toute habituelle d’une collision voiture-cervidé.

    Mais Brigitte, clerc de notaire, lui raconte une toute autre histoire…

    Il fait déjà nuit noire en ce début de soirée froide et hivernale, peu avant Noël 2003, quand elle quitte le village de Gazeran pur rentrer chez elle. Peu avant le domaine de Montlieu, à l a lumière des phares, elle a juste le temps d’apercevoir une ombre grisâtre lui couper la route. De même couleur que l’écorce des arbres, donc peu visible, l’animal bondissant percute de plein fouet le véhicule qui roule pourtant à faible allure.

    Sous le choc, la bête meurt rapidement. En s’approchant de l’animal immobile, Brigitte sursaute. De petite taille, 80 cm tout au plus, une tête de lapin avec deux membres antérieurs disproportionnés et une très longue queue. C’est bien… un kangourou ! Pas de la race de notre bon vieux Skippy, héros d’une célèbre série télévisée des années 60/70. Non, un autre qui est devenu l’emblème de l’équipe australienne de rugby à XV, le wallaby. Pour être très précis, un wallaby de Bennett.

    Renseignements pris, l’animal en question s’est probablement échappé de chez son propriétaire. La détention d’un tel animal est en effet autorisée à la double condition d’être titulaire d’une mystérieuse « capacité » et d’une surface habitable d’au moins 1000m² par individu.

    C’est à ce moment là que les ennuis commencent pour Brigitte. Son assureur ne veut pas prendre ne charge les frais inhérents à la réparation du véhicule. La conductrice va de surprises en surprises et découvre alors que, trente ans auparavant, quelques individus se sont échappés de la réserve zoologique de Sauvage, basées non loin. Ils auraient pris la poudre d’escampette à la faveur de l’éboulement d‘un mur d’enceinte ! N’étant par répertorié dans la catégorie espèce nuisible ou protégée, le kangourou ne peut pas être chassé ou piégé. Théoriquement et juridiquement parlant, il n’habite pas la région, ni le pays !

    Et pourtant, ils se sont bien acclimatés et reproduits au sud de la forêt de Rambouillet où Brigitte a fait cette amère rencontre. Contactés, les responsables de la réserve zoologique font savoir qu’après inventaire, aucun wallaby ne manque à l’appel. Dès lors, comment se retourner contre eux et prouver que c’est bien un de leurs évadés qui est responsable de l’accident…

    C’est directement madame le maire qui prend l’affaire en main. Elle contacte tous les assureurs pour tenter de remédier à ce vide juridique et apporter une solution à ces dommages collatéraux.

    Depuis, quelques facétieux anonymes ont pris soin de poser le long des différentes départementales des panneaux directement inspirés de ceux que l’on rencontre en Australie. Ce sont des éléments de signalisation sur fond jaune, peints au pochoir. On peut y voir la silhouette d’un kangourou, ce qui à défaut de faire ralentir les automobilises, les fait sans doute sourire !

    Pascal Assemat – Ces animaux qui ont marqué la France

     

    Surprise en forêt de Rambouillet

    Pin It

    3 commentaires
  •  

    Il y avait deux bébés dans le ventre d’une mère.

    Le premier dit à l’autre : “Est-ce que tu crois à la vie après l’accouchement ?”

    L’autre répondit : “Bien sûr ! Il y a forcément quelque chose après l’accouchement.

    Peut-être que nous sommes ici pour préparer ce qui va se passer après”.

     

    “Non-sens !” dit le premier.

    “Il n’y a pas de vie après l’accouchement. Et puis, à quoi cette vie ressemblerait-elle ?

    Le deuxième dit : “Je ne sais pas…

    Peut-être que nous marcherons sur nos jambes et que nous mangerons avec notre bouche.

    Peut-être que nous développerons des sens que nous ne comprenons pas pour l’instant.”

     

    Le premier répondit : “Mais c’est absurde !

    C’est impossible de marcher.

    Et manger avec la bouche ? Ridicule !

    Le cordon ombilical nous donne tout ce dont on a besoin, mais il est trop court et c’est pour ça qu’il ne peut pas y avoir de vie après l’accouchement.”

     

    Le second insista : “Eh bien, moi, je pense qu’il y a quelque chose.

    Et peut-être même qu’on n’aura plus besoin de ce cordon.”

     

    “Ah oui ? Moi je pense que l’accouchement est la fin de la vie, qu’après il n’y a que le silence, l’obscurité et l’oubli.”

     

    “Je ne sais pas dit le second. Mais peut-être que nous rencontrerons notre Mère, et qu’elle prendra soin de nous.”

    “Notre mère ???? Tu crois à notre Mère, mais c’est aberrant !

    Si elle existe, où est-elle alors ?”

     

    Le second dit : “Je crois qu’elle est partout autour de nous.

    Nous sommes entourés d’elle. Nous sommes d’elle.

    C’est en elle que nous vivons. Et sans elle nous ne pourrions vivre.”

     

    “En tout cas je ne la vois pas, moi.

    Et je pense qu’il est donc logique qu’elle n’existe pas.”

     

    Ce à quoi le second répondit : “Parfois, lorsque tu es en silence, que tu te concentres et que tu écoutes vraiment, tu peux sentir sa présence. Et entendre sa voix pleine d’amour qui t’appelle de tout en haut.”

    Ce texte est attribué à un auteur hongrois qui se fait appeler Utumao a Léleknek soit le guide de l’âme.

    Y a-t-il une vie après l’accouchement ?  Utumao a Léleknek

    Source : Chroniques des Vallées du pays de Luxeuil.

    Pin It

    3 commentaires
  •  

    Je glisse mes mains entre vos mains,

    Mes doigts entre vos doigts,

    Et ma voix entre vos deux oreilles,

    Pour vous vanter cette histoire faite de vent et de soleil.

     

    Ça s’est passé chez certains Tsiganes d’Europe de l’Est, du temps où, au jour de leur mariage, les conjoints recevaient chacun un vase dans lequel désormais, tous les soirs, ils devaient déposer un haricot blanc si la journée leur avait semblé bonne, un rouge si elle leur avait semblé mauvaise et une lentille verte si elle s’était écoulée dans une harmonie parfaite.

    A chaque anniversaire de mariage, hommes et femmes vidaient leurs vases l’un en face de l’autre, et faisaient le compte des jours. Or, lorsque par des circonstances peu communes, le couple ne découvrait que des lentilles vertes dans les deux vases, il devait s’arrêter de voyager un an pour les planter et ne repartir qu’après les avoir consommées. Les Tsiganes plaisantaient souvent sur cette vieille tradition, prétendant qu’à cause d’elle ils étaient condamnés à la vie nomade. Pourtant, il arrivait parfois qu’une entente assez prodigieuse fasse s’arrêter ici et là un couple heureux sur le chemin errant de leur existence. Ainsi, l’un d’entre eux s’était installé un jour dans un petit coin de province pour planter leurs graines d’harmonie. Seulement, comme l’homme et la femme vendaient moins bien les paniers tressés qu’ils écoulaient habituellement sur la route, ils savouraient leurs lentilles tout en vivant très chichement.

    Un cousin du mari qui s’était arrêté en visite, en voyant leur dénuement extrême, leur a alors conseillé d’essayer de faire du troc, car c’était selon lui le meilleur des moyens pour s’en sortir sans le sou. L’époux avait beau dire qu’il n’entendait rien aux affaires, le cousin pestait, insistait, ne jurait que par le troc. Tant et si bien qu’à l’aube du lendemain, l’époux s’en est allé au marché pour troquer le cheval qui tirait jusqu’à présent leur roulotte. Hélas, s’il était expert en vannerie, il ne savait vraiment rien de rien à la valeur des bêtes. Aussi, quand sur le chemin, il a rencontré un paysan qui tirait une vache, l’animal lui a paru si sympathique qu’il a voulu le troquer contre son cheval. Le paysan, se réjouissant d’un tel avantage, a aussitôt accepté. Et le jeune homme a poursuivi sa route en menant la vache au marché. Il n’y était pas encore rendu qu’il a aperçu un homme avec une biquette. Une fois encore la biquette lui a paru si plaisant qu’il l’a troquée contre la vache. Bref, en arrivant au bourg, le jeune homme avait déjà troqué la biquette contre une oie grasse, et l’oie grasse contre une poule naine. Au premier étalage du marché, il a aperçu quelques semis de fleurs et, pensant au plaisir qu’elles feraient à sa femme, il est rentré chez lui avec l’aubaine d’une pleine poignée de graines. Le cousin qui l’attendait sous l’auvent de la roulotte, le voyant revenir avec de si pauvres richesses, en était atterré.

    – Oh malheureux, toi et ta femme vous êtes sans doute installés pour déguster vos lentilles d’harmonie, mais lorsqu’elle va apprendre avec quoi tu rentres du marché, je te garantis que tu vas sentir un certain changement d’humeur.

    – Et pourquoi donc ? s’est étonné le jeune homme.

    – Eh benêt ! Tu ne vois donc pas que tu as tout perdu au change ?

    – J’ai pourtant fait de bien bons trocs ! Et je suis sûr que ma femme en sera tout aussi satisfaite.

    – Pari tenu ! a fait le cousin écœuré par tant d’innocence. Je jure de te donner cent pistoles pour finir l’année si ta femme ne se met pas en colère, et j’emporte votre roulotte dans le cas contraire. Le veux-tu ?

    Les deux hommes ont topé et craché pour sceller leur accord et à peine entré dans la roulotte, l’époux a dit :

    – Ma mie, j’ai troqué notre cheval contre une vache !

    – C’est bien a répondu l’épouse, elle nous donnera du lait.

    – Que non, car ensuite j’ai troqué la vache contre une biquette !

    – Encore mieux, je ferai du fromage, et si elle a beau poil, je te ferai un manteau de berger.

    – Mais j’ai également troqué la biquette contre une oie.

    – Ça tombe bien ! Avais-tu remarqué que, le froid venant, il manquait encore quelques plumes à notre couette.

    – Seulement l’oie, je l’ai troquée contre une poule naine.

    – On se fera bientôt un régal d’omelette !

    – Sauf qu’en arrivant au marché, je n’ai pu résister à la troquer contre ces quelques semis de fleurs.

    – Tu sais quoi ? C’est ce qu’il nous fallait pour égayer les fenêtres de la roulotte.

    Le cousin médusé, qui écoutait depuis un moment ce dialogue tendre et fabuleux, est alors intervenu pour essayer de l’envenimer un peu.

    – Justement cousine, il se pourrait fort que bientôt vous n’ayez même plus de roulotte…

    – Alors nous dormirons à la belle étoile comme le faisaient nos grands-parents et sèmerons les fleurs aux quatre vents !

    Cette fois, le cousin épaté s’est tourné vers l’époux et, lui tendant cent pistoles, il a déclaré sentencieusement :

    – Je te les donne de bon cœur, car je n’ai jamais vu femme comme la tienne. Ne va pas la troquer surtout !  Tu n’en trouveras jamais de pareille.

     

    Allez, levons le camp.

    Si l’on devait dire toutes les histoires

    du temps d’avant

    Il y en aurait pour sept heures, sept jours,

    sept semaines, et cent ans.

     

    Contes de sage et fous amoureux par Jean-Jacques Fdida- Ed. Seuil.

    http://lechampdespossibles.org/le-conte-amoureux-les-vases-dharmonie/

     

    Les vases d’harmonie

    Pin It

    votre commentaire
  • Les Contes de l'Afrique

     

    Une œuvre artistique dédiée à la sagesse des peuples africains et à la culture des Afriques. Un long métrage sur les contes de l’Afrique Centrale et de l’Ouest appartenant à la collection des films d’animation intitulée Tales of Africa 1 (Les Contes de l’Afrique). Tales of Africa 1 est une mosaïque de contes de l’Afrique Centrale et de l’Ouest, donnant ainsi un panorama exhaustif des récits traditionnels africains. Chaque culture est représentée à travers une histoire, à travers les péripéties d’un personnage et chaque court-métrage est réalisé par un jeune cinéaste du pays d’origine. Le vieux sage Papa Nzenu, dans son habit blanc, promène sa canne à travers les villes. Il raconte aux passants ses histoires, au son de son instrument de musique, il dévoile des vérités pour éloigner ses auditeurs de leurs préoccupations quotidiennes. Le monde matériel s’efface peu à peu devant les messages du vieux sage. L’oralité prend toute son ampleur dans la voix du narrateur qui nous guide à travers les images du continent. Incontestablement riche en couleurs, en formes et en sons, l’Afrique nous révèle toute sa grandeur à travers son oralité.

    conte - Shamazulu - Congo, RDC

    conte - Le chasseur et l'antilope - Cameroun

    conte - Les trois vérités - Bénin

    conte - Malika et la sorcière - Burkina Faso

    conte - Le Cadeau - Mali

    conte - Le lutteur – Sénégal

     

    https://www.youtube.com/watch?v=7JQAoYVSlxs

    Pin It

    votre commentaire
  • La chaire de Mondon

     

    Ravachol était un paysan de Mondon, un village perché sur les Côtes d’Arvers. Il possédait un bouc qui ne sortait pas de l’étable et dont il louait les services aux gens qui possédaient des chèvres. Attaché à la crèche, l’animal rêvait sans doute de liberté dans les haies ou d’escalades dans les roches du Mont ou sur les toits accessibles des maisons basses, au sommet des cheminées comme le font souvent les chèvres et les cabris pour se distraire.

    Un jour d’avril, alors qu’il était condamné au fourrage sec, à l’obscurité, la brise printanière lui apportant les parfums de la campagne en fête, le bouc, excité par la saison des amours, se mit à tourner la tête autour de la vieille corde qui lui servait de lien ; si bien que celle-ci se rompit et que l’animal, n’ayant plus que son licou de cuir, franchit la porte pour assouvir son besoin de liberté. Le village étant fortement en pente, il se dirigea instinctivement vers le haut. Arrivé devant l’église, il grimpa par plaisir les vingt marches qui conduisent au porche. La nef étant ouverte, il entra, sauta sur les bancs, puis, faisant le tour de l’édifice, il se trouva devant l’escalier de la chaire qu’il gravit par curiosité, poussa la petite porte entrouverte et se mit à tourner dans l’étroite tribune tout en la fermant involontairement, et se trouva prisonnier. Se dressant sur ses pattes de derrière, il ne put se percher sur les bords trop étroits, puis se mit à tourner, à tourner, cherchant vainement l’endroit par lequel il était entré.

    Au même instant, comme il était midi, le père Bati vint, comme chaque jour, sonner l’Angélus. Arrivé dans le porche, il entendit un bruit insolite à l’intérieur de l’église et, pensant que des gamins étaient en train de faire quelque sottise, il entra dans la nef. C’est alors qu’à cet instant, le bouc s’étant dressé, Bati aperçut sur le bord de la chaire une tête noire avec une barbe et des cornes, et crut qu’il s’agissait du diable causant quelque profanation. Son sang ne fit qu’un tour, il courut immédiatement au presbytère alerter le curé de Mondon.

    Celui-ci venait de se mettre à table, sa mère venant de « tremper » une bonne soupe au lard.

    « Monsieur le Curé, hurla le père Bati, le Diable est dans l’église, je l’ai vu dans la chaire.

    - Ah bon ! Répondit simplement le prêtre, comment est-il ?

    - Il n’est pas beau, mais il vous faudrait vite faire quelque chose !

    - Bien sûr, j’irai voir quand j’aurai mangé.

    - Ben nom de gui ! Ça alors, vous ne me croyez pas ! Hé bien si ça ne vous intéresse pas, si nous ne voulez pas bouger, je ne sonnerai plus jamais l’Angélus !

    - Du calme, du calme, j’irai voir tout à l’heure... »

    Et Bati, furieux, rentra chez lui en jurant les cent mille milliards de cent mille vains noms…

    Pendant ce temps, Ravachol revenant de labourer un champ avec ses deux vaches, enleva leur joug, les rentra à l’étable et s’aperçut de l’escapade de son bouc. Il se rendit immédiatement au cimetière qui entoure l’église, pensant que ce pouvait être le premier pâturage trouvé par l’animal. Entendant du bruit à l’intérieur de l’édifice, il découvrit son Biqua tournant dans la chaire comme un fou.  L’homme saisit l’animal par le licou en cuir, et sortit par la porte latérale sans être vu, puis regagna son étable sans rien dire à personne…

    Lorsque le curé de Mondon eut terminé son repas, il se rendit à l’église en pensant à ce pauvre Bati qui buvait parfois un peu trop. A l’intérieur, tout était calme. La lumière du soleil animait la couleur des vitraux. S’ajoutant à la sérénité du lieu, elle auréolait Saint Nicolas, Saint Benoît, Sainte Jeanne d’Arc. Le prêtre monta dans la chaire, et fut surpris d’y voir des crottes de bique. Il se rendit à la sacristie, prit un balai, une pelle à feu, et nettoya l’endroit en se posant des questions sans éclaircir totalement le mystère.

    De son côté, le père Bati, têtu comme un mulet, racontait ce qu’il avait vu à qui voulait l’entendre, et ne se gênait pas pour flétrir l’indifférence du curé. L’histoire revint aux oreilles de Ravachol, qui en connaissait l’explication mieux que personne. Quelque temps plus tard, il la racontait au cours des veillées quand on lui payait une petite goutte. Il disait que c’est depuis cette aventure que l’effigie de Saint Pierre, sculptée sur le parvis de la chaire, sourit sereinement. Les conteurs d’aujourd’hui disent que c’est grâce à cette histoire que la très belle chaire, qui n’est plus utilisée, n’a pas été démontée et vendue aux antiquaires comme tant d’autres.

     

    Emile Raguin extrait de La légende oubliée. Contes et légendes de Franche-Comté.

     

    La chaire de Mondon

    Pin It

    3 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique