•  Avent : conte danois - la petite fille aux allumettes | La petite fille aux  allumettes, Petite fille, Conte

     

    La petite fille fagotée comme la poupée du diable, portait une pauvre jupe faite dans un sac d'engrais. Les habitants du coin la regardaient passer en parlant à voix basse. Elle habitait au village de Chapendu (Ce nom étrange aurait pour origine une pratique des moines de Saint-Colomban qui, durant leurs travaux de défrichement, accrochaient leurs capes dans les arbres ; d'où "capes-pendus") dans le hameau des Dessus, une maison isolée contre le bois.

    Ce matin-là, de "braves" gens lui avaient accroché une pancarte dans le dos, où ceux qui savaient lire pouvaient voir, grossièrement écrit : "Enfant du diable."

    Derrière sa fenêtre, le voisin aux yeux noirs guettait la gamine. La vue du petit écriteau le fit sourire.

    La foule de badauds s'écarta pour la laisser passer. Dans leurs regards, posés sur elle comme des guêpes sur un fruit trop mûr, elle pouvait deviner un mélange de peur et de fascination. A l'intérieur de la maison, deux femmes tressaient des paniers. Dans cette famille, on était vanniers depuis que le saule existait. La petite fille, sans un mot, jeta la pancarte dans le feu. Ce n'était pas la première fois. Le mot "diable" fut le dernier à brûler. 

    Depuis des mois, la rumeur courait dans toute la vallée du Breuchin. Hommes, femmes, et enfants marchèrent jusqu'à Chapendu, attirés par l'odeur de soufre Il en vint de Corravillers, Saint-Valbert, Mélisey et même des Vosges. Certains jours, on compta jusqu'à cinq cents personnes agglutinées autour de la maison.  On aurait dit des spectateurs attendant avec impatience que la représentation commence. Parfois, ils entendaient ou croyaient entendre des bruits étranges venant de la maison. Ils avaient besoin d'un butin. Rentrés chez eux, ils pourraient au moins se vanter d'avoir vu la gamine diabolique. 

    "Une sauvageonne, noiraude et maigrichonne, presque pas vêtue.

    - Avec un regard méchant ! 

    - Moi, elle me faisait peur."

    Ils en parleraient encore pendant vingt ou trente ans, ils en feraient un des thèmes favoris de leurs veillées d'hiver, glissé entre une légende de vouivre dévoreuse d'enfants et la tragique histoire de l'instituteur de Fresse. 

    Dès l'arrivée de la nuit, les curieux devenaient plus rares. De petits groupes, parmi les plus courageux, veillaient à proximité de la maison. Une plainte ayant été déposée pour tapage nocturne, des gendarmes vinrent de temps à autre, monter la garde. C'était la nuit que les forces étranges s'éveillaient. 

    Toute l'affaire avait débuté à l'hiver 1918. La veuve Grosmaire, sa fille et sa petite-fille entendirent frapper à la porte qui s'ouvrit violemment et se referma toute seule. Ensuite, il y eut des courses de chevaux à l'étage. "On aurait dit comme le bruit d'un escadron de cavalerie qui passe", rapportèrent plusieurs voisins. Les trois femmes furent effrayées, mais pensèrent à un charivari, à une méchante farce qu'on leur faisait. 

    Hélas ! le même manège recommença la nuit suivante. Au bout de la cinquième, d'autres bruits, des murmures, se firent entendre dans le fourneau de la cuisine. On remarqua bien vite que la chose se produisait uniquement quand la gamine se tenait assise là, près du feu. Dès ce moment, tout le pays y vit la marque du diable ! 

    Deux fois, le curé de Raddon fit le chemin jusqu'à la maison ensorcelée de Chapendu. Derrière ses carreaux, le voisin avait serré les poings en voyant l'homme en soutane bénir la maison. 

    Le curé de Raddon n'était pourtant pas homme à accepter volontiers l'intervention du démon. S'il avait écouté ses paroissiens, il aurait pratiqué des exorcismes du matin au soir. Les paysans des Vosges saônoises, à l'esprit des plus superstitieux, accusaient le diable au moindre pet de travers ! Depuis longtemps, il ne comptait plus les vaches et les chèvres qu'il avait dû bénir car elles se refusaient à donner du lait...

    En sortant de la maison, le curé transpirait à grosses gouttes. Visiblement secoué, il raconta : 

    "J'avais fait barricader les portes, mais quand la petite s'est montrée, tout a sauté !"

    La gamine allait souvent jouer dans les bois d'alentour. Là, au moins, il n'y avait que des merles ou des chevreuils pour la guetter. Accroupie au pied d'un chêne presque mort, elle jouait aux osselets pendant des heures. Une expression de tristesse ne quittait plus son petit visage maigre. Parfois, elle levait brusquement la tête, croyant entendre la voix de sa mère l'appelant. 

    Maintenant ça l'amusait presque de leur faire peur.  Dans ses cheveux très longs, elle accrochait de fines plumes trouvées en forêt et des petits rubans déchirés dans de vieux draps. Elle prenait l'allure d'une enfant sauvage. Fallait voir leurs têtes ! Surtout les vieilles, avec leurs lèvres crispées dans un rictus proche du dégoût. Quand elle en regardait une bien droit sans les yeux, une fois sur deux, la femme attrapait le hoquet ! 

     

    Chaque nuit, à 8 heures, le  grand chambardement diabolique recommençait. D'abord, les portes s’ouvraient et se fermaient toutes seules. La petite fille observait, guettant les nouveautés. Ensuite, on entendait des coups sourds contre les murs, des galops au plafond, puis des bruits de chaînes et des murmures.  Le tiroir de l'armoire s'ouvrait et les torchons étaient projetés en l'air. La table se mettait à devenir folle et tournait comme une toupie. Les rondelles du fourneau se soulevaient. Le soir où les lunettes de sa grand-mère s'envolèrent de son nez, la gamine eut envie d'applaudir. 

     

    Dans sa maison noire, un homme, à l'insu de tous, consultait de mauvais livres aux titres qui auraient pu paraître comiques s'ils n'avaient été maléfiques : Les Secrets de la poule noire, Le Véritable dragon rouge ou l'Art de commander les esprits célestes, aériens, terrestres et infernaux, le Grand Albert, Le Petit Albert. Il les tenait de son père. Dans sa famille, ils jetaient des sorts depuis l'époque de Desle La Mansénée (Célèbre sorcière de la région de Luxeuil, brûlée vive le 18 décembre 1529). 

    Entre les pages du plus gros livre, il glissa trois cheveux de la maigre gamine, glanés près d'un vieux chêne à demi crevé. 

     

    Voyant que ni curé ni gendarmes ne réussissaient à mettre fin à cette affaire, un garde forestier conseilla à la jeune tante de la petite de rendre visite à une fameuse devineresse. Habitant au village d'Amage, cette dernière, croyait-on, se métamorphosait régulièrement en lapin pour aller écouter aux portes. On pouvait y voir un gage de haute compétence ! Il faut se souvenir qu'au début du XXe siècle, jeteurs de sorts, devins et autres sorciers avaient quasiment pignon sur rue. Le garde forestier avait dit : 

    "Vous verrez, c'est une brave femme connaissant bien des vieux secrets. Elle saura retourner le sort sur celui qui l'a envoyé. "

    Là-bas, la curieuse sorcière aux facultés de voyante avaient bien vite deviné "l'homme au mauvais oeil": 

    "Un jaloux ! Comme il se sent trop à l'étroit chez lui, il veut s'emparer de votre maison. Depuis la défaite du curé, cet orgueilleux se croit bien tranquille et proche de son but. Je vais vous en délivrer. Je n'aime guère ces sorciers qui volent le sourire des petites filles."

     

    De retour à Chapendu, suivant point par point les recommandations de la devineresse d'Amage, la tante chercha avant le lever du soleil un crapaud. Elle glissa dans sa gueule un morceau de camphre, puis perça les deux mâchoires pour passer un fil, afin de le pendre bien haut dans la cheminée; Pendant neuf jours, elle fit balayer la maison par la fillette avec un balai de genêts. A chaque fois, elle versait tout ce qui était ramassé dans un pot de terre rouge. A la fin, on jette le contenu  de ce pot-au-feu pour le faire cuire. En dernier lieu, la jeune femme fit discrètement bouillir neuf clous dans une marmite puis les jeta dans l'eau froide. 

    Dans la maison, de l'autre côté e la combe, l'homme aux yeux noirs pourra un grand cri.... 

     

                                                            Hervé THIRY-DUVAL 

                                                            (Contes et légendes de Haute-Saône et de Belfort)

     

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  • Cela se passait du temps où l'on n'avait pas marché sur la lune. L'astre blanc appartenait encore aux poètes, aux loups et aux fous.  L'insomnie chronique régnait sur Champlitte. Des hommes à demi fagotés, ou tout simplement en chemise et bonnet de nuit, faisaient les cent pas dans les rues. Des quatre coins de la ville, quantité de chiens bâtards s'envoyaient des injures, en aboyant à tour de rôle. Eux non plus ne dormaient pas.

    Séléné (déesse de la lune dans la mythologie grecque) brillait au-dessus des vignes. Son cercle parfait semblait s'ouvrir dans le ciel de minuit, comme un tunnel vers un monde inversé, où une lune noire rayonnerait sur la nuit blanche. Un monde où les sages seraient fous, et réciproquement. 

    Tandis que les coqs rêvaient, un groupe de Chanitois errait sans but, telle une société de somnambules. On y reconnaissait la fine fleur du conseil municipal : Tâtiot l'Idiot, Fanfan dit "Pimpon", Piphane la Soif, Quéna Tête de Pioche, Rastou le Dégourdi, Iodot le Cheval, Basile la Lune, et Magrou de la rue des Varons. La belle compagnie venait de faire halte devant la maison de Casimir Grande Langue. Ce dernier fumait sa pipe, assus sur un banc ; il tuait le temps en faisant des ronds de fumée. 

    "Saperlotte ! Si j'avais une femme aussi jolie que la tienne, je ne passerais pas mes nuits dehors ! lui lança goguenard Quéna, un vieux garçon qui sentait de la bouche. 

    - Je ne peux pas dormir à cause de ça, fit Casimir, le doigt pointé vers le ciel.

    - Ah bon, tu as chopé un panaris ?  demanda Tâtiot en fixant l'index dressé. 

    - Quel panaris ?  Là ! Regarde plus loin que mon doigt ... la lune ! 

    - Ah, la voilà joliment ronde ! Ce n'est pas une nuit à se faire couper la tignasse ! déclara sans rire Rastou, qui était chauve. 

    - Dis plutôt que c'est à s'arracher les cheveux ! Cette grosse lune, elle m'empêche de dormir ! 

    - Moi aussi, à chaque fois, pas moyen de fermer l'oeil, plaisant ce borgne de Magrou. 

    - Tout pareil ! firent les autres. 

    - Bah ! On n'a qu'à la décrocher !"

    Toute la fine équipe se tourna, ébahie, vers Tâtiot. Le bougre venait de mettre le doigt dessus. 

    Décrocher la lune ! Comment n'y avait-on aps songé plus tôt ? Le défi se montrait à la hauteur de leur génie coutumier. Notez que nous avions à faire aux mêmes énergumènes qui, voulant infliger une peine exemplaire à une taupe ayant ravagé le jardin du curé, avaient condamné, à l'unanimité, la scandaleuse bestiole à être enterrée vivante ! Pour sûr, ils étaient de taille à décrocher la lune...

    "Un petit acte pour un Chanitois, mais une très grande gloire pour la Haute-Saône !" déclara gravement Casimir, le maire, cherchant à motiver ses troupes par une phrase à caractère historique. 

    La décision prise, il restait à découvrir e moyen de réaliser une si formidable entre prise. Il fallait faire vite avant que l'astre blanc ne disparaisse. Par chance, l'instituteur qui noctambulait en solitaire vient à croiser les conspirateurs. Ce moustachu ne se trouvait jamais en peine d'idées inédites. Informé du projet, il se pinça l'arête du nez entre le pouce et l'index. Au bout de treize secondes -très exactement- de concentration intense, il lâcha son euréka : 

    "Des tonneaux ! 

    - Et quoi, "des tonneaux" ? grogna Casimir. 

    - Nous allons les poser les uns au-dessus des autres pour atteindre la lune. 

    - ça ne va pas pouvoir se faire, monsieur le maître d'école, ils roulent ! informa aimablement Piphane. 

    - Pauvre ami ! Nous n’allons pas les mettre sur le ventre, mais les dresser, du plus gros au plus petit."

    Les compères cette fois, applaudirent l'ingénieux instituteur. Chacun en son for intérieur ne doutait pas que cette date serait bientôt instruite dans les écoles et resterait dans la mémoire collective comme "la nuit des tonneaux".

     

    Pardi ! Dans ce vieux pays de vignobles, on n'en manquait pas. Des tonnes de tonneaux ! En moins de deux, l'alerte fut donnée. Au cœur de la nuit, on fit battre tambour. Par délibération exception, le conseil décréta la réquisition de tous les tonneaux et barriques de Champlitte. En un rien de temps, toute le ville gronda d'une multitude de roulements qui tonnaient dans les rues mals pavées. ça sortait des granges et des celliers, ça montait des caves. On roulait de droite, on roulait de gauche. Femmes, enfants et vieillards se mirent de la partie. Toute l'affaire ressemblait, trait pour trait, à un dessin burlesque de Dubout. 

    Au milieu de ce désordre nocturne, le garde champêtre tentait de faire la circulation, les moustaches tirebouchonnées. Quelques accidents ne purent être évités : un groupe de nonnes fut culbuté à la façon du jeu de quilles par un tonneau fou, rue de l'Eglise. Rue des Boicheux, un colonel en retraite vit son barbet aplati comme une crêpe par une barrique déboulant sans escorte. Ma foi, on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs ! 

    Sur la place de la Gargouille, s'entassaient cuves, muids, demi-muids, pièces, feuillettes quarteaux... bref, tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un tonneau. Suivant les conseils de l'instituteur, Rastou et Fanfan se chargeaient de les répartir par taille. Des gros bras, manches retroussées, avaient déjà commencé l’empilement. La lune semblait pâlir. 

    Nos Chanitois n'avaient rien à envier aux constructeurs de pyramides pharaoniques ou de cathédrales gothiques. Suant, geignant, poussant, jurant, ils inventaient une oeuvre phénoménale. Bientôt, la colonne de tonneaux s'éleva, dépassant le clocher de l'église. Le grand Basile gesticulait sur le faîte, tandis qu'une chaîne humaine hissait les fûts. Une telle attraction n'eût pas dépareillé aux grandes heures du cirque Barnum. 

    La pile grandissait comme un pied de haricot magique, elle s'en allait vaillamment à l'assaut du ciel. Depuis longtemps, la foule ne voyait plus Basile qui, de son poste de vigie, réclamait toujours des tonneaux, encore des tonneaux ! A force, il n'en restait plus graillot. 

    "Il n'en manque presque plus, j'y suis presque !" hurlait-il, se sentant à deux doigts de la réussite. 

    On en passa un autre puis trois, douze, enfant tout ce qui restait. Tout à coup, Basile lança vers les autres : 

    "ça va bien, il en manque un dernier et je pourrai la dérocher  ! " Le bonhomme mesurait pas loin de deux mètres mais avait, pour sa taille, les bras légèrement courts. 

    en bas, ce fut aussitôt le branle-bas. Seulement, plus moyen de dénicher le moindre tonnelet, o avait tout raclé jusqu’au dernier seillot. L'heure était grave. 

    Sous l'angoisse, des femmes commencèrent à se griffer les joues. Les enfants, par dizaines, fondirent en larmes. Des vieux s'insultaient, s'accusant mutuellement d'avoir vendu trop de barriques à des Bourguingons ! La joyeuse aventure collective virait à la foire d'empoigne. 

    Encore une fois, ce fut Tâtiot qui eu le fin mot : 

    "Compas, n'y è que prendre c'té du d'seü !" (Compère, y'a qu'à prendre celui du dessous) 

    Pour un peu les autres l'auraient embrassé. Mais oui, même l'instituteur n'y avait pas pensé ! 

    la bande du conseil municipal tira le premier tonneau du dessous, avec l'idée de le reporter plus haut. Alors, d'abord chancelante, la belle tour s’écroula dans u vacarme à réveiller les morts. 

    Juste après, émergeant du formidable nuage de poussière qui asphyxiait la ville, tous les coqs de Champlitte se mirent à chanter. 

     

                                             Hervé THIRY-DUVAL 

                                            "Contes et légendes de Haute-Saône et de Belfort"

     

    Les décrocheurs de lune  de Hervé THIRY-DUVAL

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  •  Le retour des fleurs

    Conte australien

     

    Comme il ne pouvait plus supporter les hommes et leur méchanceté, le plus puissant de tous les sorciers avait décidé de quitter son pays et de se réfugier tout au sommet de la plus haute des hautes montagnes. Aussitôt dit, aussitôt fait... Il s’en alla.

     

    Un grand malheur s’abattit sur la nature ; toutes les fleurs, celles des bois, celles des prairies, celles des collines, celles des bords de mer, celles du long des rivières et celles de lacs moururent instantanément. Il n’y en eu pas une seule qui survécut. Le pays, jadis si beau et si fleuri devint rapidement un désert. Tous les animaux, les oiseaux, les papillons, les insectes s’enfuirent après la mort des fleurs. Pour voir les fleurs, les habitants ne pouvaient user que de leur imagination. Mais les enfants, qui n’avaient jamais connu ces merveilles, ne voulaient pas croire les anciens.

     

    - Vous ne racontez que des histoires, leur disaient-ils et ils s’en allaient tristes dans le décor triste d’un pays sans fleurs.

    Parmi tous ces enfants, il en était un qui ne pouvait imaginer que tout eut disparu pour toujours. Lorsque sa mère, lassée de raconter l’ancien temps, se taisait, il réclamait encore et encore d’autres histoires car il aimait entendre parler de la beauté des fleurs.

    Il pensait que lorsqu'il serait un homme, il partirait à la recherche du grand sorcier et lui demanderait de redonner de la couleur au pays.

     

    Les années passèrent. 

     

    Un jour, il fut grand. Son amour des fleurs avait grandi avec lui. Il s’en alla donc trouver sa mère et lui dit :

    - Mère, je vais m’en aller à la recherche du grand sorcier et lui demander de nous rendre les fleurs.

    Sa mère le regarda avec des yeux remplis d’effroi.

    - Mais fils ! s'écria-t-elle, tout ce que je t'ai raconté n'était que des histoires. Il ne faut jamais croire aux histoires. Je te disais ce que ma mère me racontait parce qu'elle l’avait entendu raconter par sa mère qui le tenait de sa mère. Malheur à toi ! Les fleurs n'ont probablement jamais existé. Tu aurais beau marcher mille ans, jamais tu ne trouverais le sorcier qui vit tout en haut de la plus haute montagne.

    Mais le fils ne l’écouta même pas, il prit son baluchon et s’en alla. Les gens du pays qui le voyaient passer se moquaient de lui :

    - Ce garçon est fou ! disaient-ils. Il n’y a que les fous qui croient aux histoires.

     

    Le jeune homme se dirigea vers le nord. Il marcha longtemps, longtemps, longtemps et arriva au pied d'une montagne, si haute, si haute que son sommet était invisible.

    Il tourna autour de la montagne, mais ne vit aucun sentier, seulement de la roche et des cailloux. Il tourna encore et encore. Las de tourner, il se dit :

    - « Il faudra bien que je découvre un chemin. Le sorcier a dû le prendre pour atteindre le sommet. »

    Il inspecta avec attention les rochers et finit par découvrir une petite marche. En regardant de plus près, il aperçut une autre petite marche et puis encore une autre. Lorsqu’il leva les yeux vers le sommet de la montagne, il aperçut un escalier et il se mit à grimper sans jamais regarder en bas pour ne pas avoir le vertige.

     

    A la fin du premier jour, il s’arrêta sur une terrasse. Le sommet de la montagne n'était pas visible. Il en fit de même le deuxième, puis le troisième, puis le quatrième puis le cinquième puis le sixième jour.  Il commençait à se décourager quand, au soir du septième jour, il aperçut enfin le sommet. A force de courage et malgré la fatigue accumulée depuis 7 jours, il parvient à l’atteindre juste au moment où le soleil avait complètement disparu et que la nuit avait recouvert le monstre de pierre. Arrivé tout en haut, il aperçut une source. Il se pencha pour y boire un peu d'eau. Au premier contact de l’eau sur ses lèvres, toute sa fatigue s’évapora. Il se sentit fort et heureux comme jamais dans sa vie. Tout à coup, derrière lui, il entendit une voix qui lui demanda ce qu'il était venu chercher sur la plus haute des hautes montagnes.

    - Je suis venu, dit-il, pour rencontrer le grand sorcier et lui demander de nous rendre des fleurs et des insectes. Un pays sans fleurs, sans oiseaux et sans abeilles, est triste à mourir. Seule le beauté peut rendre les gens bons et je suis certain que les gens de mon pays cesseraient d'être méchants, si le sorcier leur redonnait les fleurs.

     

    Alors, le jeune homme se sentit soulevé par des mains invisibles. Il fut transporté délicatement vers le pays des fleurs éternelles. Les mains invisibles le déposèrent sur le sol au milieu d'un tapis de fleurs multicolores. Le jeune homme ne pouvait en croire ses yeux. Il y en avait tant et jamais il n'avait imaginé que les fleurs puissent être aussi belles ! Dans l’air, un délicieux parfum flottait et les rayons du soleil dansaient sur le sol multicolore comme des milliers et des milliers d'arcs-­en-ciel. La joie du jeune homme fut si grande, qu'il se mit à pleurer.

    La voix lui dit de cueillir les fleurs qu'il préférait. Il s’exécuta et en cueillit de toutes les couleurs. Quand il en eut plein les chargés, les mains invisibles le reconduisirent doucement au sommet de la montagne.

    Alors, la voix lui dit :

    - Rapporte ces fleurs dans ton pays. Désor­mais, grâce à ta foi et à ton courage, ton pays ne sera plus jamais sans fleurs. Il y en aura pour toutes les régions. Les vents du nord, de l'est, du sud et de l'ouest leur apporteront la pluie qui sera leur nourriture, et les abeilles vous donneront le miel qu'elles cherchent dans les fleurs.

     

    Le jeune homme remercia et commença aussitôt la descente de la montagne qui, malgré la quantité de fleurs qu'il portait, lui parut bien plus facile que la montée.

     

    Quand il revint dans son pays, les habitants, en apercevant les fleurs et en respirant leur parfum, ne voulurent pas croire à leur bonheur. Puis, quand ils surent qu'ils ne rêvaient pas, ils dirent :

    - Ah ! nous savions bien que les fleurs existaient et que ce n'étaient pas des histoires inventées par nos ancêtres.

     

    Et leur pays redevint un grand jardin. Sur les col­lines, dans les vallées, près des rivières, des lacs et de la mer, dans les bois, dans les champs et dans toutes les prairies, les fleurs crûrent et se multiplièrent. Tantôt c'était le vent du nord qui amenait la pluie, tantôt le vent du sud, de l'est ou de l'ouest. Les oiseaux revinrent, ainsi que les papillons et tous les insectes, et surtout les abeilles. Désormais, les gens purent man­ger du miel, et la joie revint sur la terre.

     

    Quand les hommes virent leur terre transformée grâce au jeune homme qui avait osé ce que personne n'avait cru possible, ils lui demandèrent d'être leur roi. II accepta et il devint un roi bon, courageux et intelligent.

    -Rappelons-nous, disait-il, que c'était la méchan­ceté des hommes qui avait entraîné la disparition des fleurs de notre pays.

     

    Et, comme personne ne voulait recommencer à habiter un désert et à être privé de miel, chacun s'efforça désormais d'être aussi bon que possible pour ne pas fâcher le grand sorcier.

     

     

    Vous trouverez pleins d'autres contes pour les grands et les petits sur le site Contes de différents pays :  http://www.lessignets.com/signetsdiane/signet/contes.htm

     

    Le retour des fleurs

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  •  

    Le conte du moineau à la langue coupée - 4ème partie - Expérience ...

     

    Un conte japonais populaire illustré par Nicola Kotcherguin. (Н.Кочергин)

    Audio: https://www.radioclassique.fr/podcast... 

    Elodie Fondacci raconte sur une musique de  Robert Schumann.

    Un pauvre homme recueille un moineau. Mais sa femme, une épouvantable mégère, prend l’oiseau en grippe.
    Une légende japonaise qui prouve que la bonté est toujours récompensée.

     

    https://www.youtube.com/watch?v=h8H7y-MbjPo&list=PLr-KegCCvlsBX25X-5wYF8hbmJ-7m88A0&index=30

     

     

    Pour vos enfants, vos petits enfants une chaîne où sont racontés et illustrés de jolis contes. Certains connus, d'autres moins. 

     

    Contes illustrés (livres audio en français)

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  • La Vie en Grand : découverte de la contrebasse et son répertoire ...

     

    Dès son plus jeune âge, Anna, une petite fille singulière, rêve sa Vie en Grand ! En grandissant et étant devenue violoniste, elle continue de rêver à de GRANDS voyages, du GRAND AMOUR... Mais voilà, elle grandissait mais son violon ne grandissait pas et elle ne pouvait rien y faire. Lors d'une soirée entre amis, plongée dans une profonde mélancolie, une étrange rencontre va bouleverser sa vie : la contrebasse !

    "La Vie en Grand", un conte musical insolite et ludique pour petits et grands pour découvrir l'instrument et le répertoire du plus grave des cordes : la contrebasse. (Re)découvrez des oeuvres de Camille Saint-Saëns, Piotr Ilyitch Tchaïkovski, Gioachino Rossini, Charlie Parker ou encore Maurice Ravel.

    "La Vie en Grand", un conte écrit et mis en scène par Floriane Bonanni avec les Contrebassistes de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Les Enfantines : La Vie en Grand, enregistrées le 23 juin 2018 à l'Auditorium de la Maison de la Radio.

     

    https://www.youtube.com/watch?v=_aSF3JbZa-E

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