• La fougère et le bambou

     

    « Un jour, je me suis avoué vaincu… J’ai renoncé à mon travail, à mes relations, à ma vie. Je suis alors allé dans la forêt pour parler avec un ancien que l’on disait très sage. »

    « Pourrais-tu me donner une bonne raison de ne pas m’avouer vaincu ? » Lui ai-je demandé.

    « Regarde autour de toi, me répondit-il, vois-tu la fougère et le bambou ? »

    « Oui », répondis-je.

    « Lorsque j’ai semé les graines de la fougère et du bambou, j’en ai bien pris soin. La fougère grandit rapidement. Son vert brillant recouvrait le sol. Mais rien ne sortit des graines de bambou. Cependant, je n’ai pas renoncé au bambou.

    La deuxième année, la fougère grandit et fut encore plus brillante et abondante, et de nouveau, rien ne poussa des graines de bambou. Mais je n’ai pas renoncé au bambou.

    La troisième année, toujours rien ne sortit des graines de bambou. Mais je n’ai pas renoncé au bambou.

    La quatrième année, de nouveau, rien ne sortit des graines de bambou. Mais je n’ai pas renoncé au bambou.

    Lors de la cinquième année, une petite pousse de bambou sortit de la terre. En comparaison avec la fougère, elle avait l’air très petite et insignifiante.

    La sixième année, le bambou grandit jusqu’à plus de 20 mètres de haut. Il avait passé cinq ans à fortifier ses racines pour le soutenir. Ces racines l’ont rendu plus fort et lui ont donné ce dont il avait besoin pour survivre.

    Savais-tu que tout ce temps que tu as passé à lutter, tu étais en fait en train de faire pousser des racines ? », dit l’ancien, et il continua…

    « Le bambou a une fonction différente de la fougère, cependant, les deux sont nécessaires et font de cette forêt un lieu magnifique.

    Ne regrette jamais un seul jour de ta vie. Les bons jours te rendent heureux. Les mauvais jours te donnent de l’expérience. Les deux sont essentiels à la vie. », lui dit l’ancien, et il continua…

    « Le bonheur te rend doux. Les essais te rendent fort. Les peines te rendent humain. Les chutes te rendent humble. La réussite te rend brillant.

    Si tu n’obtiens pas ce que tu désires, ne désespère pas… Qui sait, peut-être que tu es juste en train de fortifier tes racines. »

                    Conte oriental

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  • Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.

    « Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie », demanda le Prince.

    « Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras trois portes. Lis les préceptes indiqués sur chacune d’entre elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi. »

    Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie.

    Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire :

    « CHANGE LE MONDE ».

    « C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas. » Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du coeur. Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d’autres lui résistèrent. Bien des années passèrent.

    Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande : « Qu’as-tu appris sur le chemin ? » « J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas ».

    « C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise. » Et il disparut.

    Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire :

    « CHANGE LES AUTRES »

    « C’était bien là mon intention, pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. » Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années passèrent.

    Un jour, alors qu’il méditait sur l’utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :

    « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

    « J’ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses. » « Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils réveillent en toi,les autres te révèlent à toi-même. Soit reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir. » Et le Vieil Homme disparut.

    Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots :

    « CHANGE-TOI TOI-MÊME »

    « Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me reste à faire, » se dit-il. Et il entama son troisième combat.

    Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal. Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda :

    « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

    « J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser. »

    « C’est bien » dit le Sage.

    « Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de ma battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise. » « C’est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. » Et il disparut.

    Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait :

    « ACCEPTE-TOI TOI-MÊME »

    Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens. « Quand on combat on devient aveugle, se dit-il. » Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer. Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :

    « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

    « J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi,

    c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai appris à

    m’accepter moi-même, totalement, inconditionnellement. »

    « C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse. Maintenant tu peux

    repasser la troisième porte. »

    A peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de

    la seconde porte et y lut : « ACCEPTE LES AUTRES ».

    Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu’il avait aimées comme celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu.

    Il rencontra à nouveau le Vieux Sage.

    « Qu’as-tu appris sur le chemin ? » demanda ce dernier. J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement. » « C’est bien » dit le Vieux Sage. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.

    Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte

    et y lut : « ACCEPTE LE MONDE ».

    Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé ou son regard ? Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :

    « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

    « J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste.

    Le monde, lui, n’est ni triste ni gai. Il est là ; il existe ; c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement. »

    C’est la troisième Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde. » Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le Silence l’habita. « Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence »

    Et le Vieil Homme disparut.

     

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    « Les 3 Portes »

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  •  

    Quand An Tem avait sept ans, il perdit ses parents. Comme il était intelligent et passionné, il fut accepté comme mousse sur un navire marchand qui négociait des produits indiens - soie, épice, sucre et plantes médicinales - contre bois de santal, anis, cannelle et poivre du Viêt Nam. Un jour, le capitaine du bateau alla présenter ses hommages à Hung Vuong III, laissant An Tiem l’accompagner. Le roi fut immédiatement séduit par le garçon et apprenant qu’il était orphelin, il propose de l’élever comme son propre fils.

    Lorsque An Tiem eut atteint l’âge adulte, le roi lui donna sa fille Oanh en mariage, et puisqu’il parlait couramment plusieurs langues grâce à ses voyages à bord du navire marchand, il fut chargé du commerce extérieur, ce qui lui permit de s’enrichir rapidement. Cependant, il n’était pas intéressé par le profit. Il souhaitait simplement faire de son mieux pour développer les échanges du royaume. Néanmoins, de nombreux courtisans jaloux prétendirent que son succès était dû aux seules faveurs du roi.

    Un jour, Hung Wuong le fit appeler pour lui dire :

    « An Tiem, j’entends dire que tu es un fils ingrat. Il paraît que tu déclares que mon aide n’est pour rien dans ton succès. Est-ce vrai ?

    - Père, répondit An Tiem, je ne suis pas un ingrat. Je sais très bien que je ne serais pas où j’en suis aujourd’hui sans votre appui généreux. Mais je pense cependant que si je récolte de merveilleux fruits dans cette vie, c’est grâce aux bonnes actions de mes vies passées. Quand j’étais enfant, on m’a enseigné ces lignes :

    . Pour connaître les graines semées dans tes vies passées

    . Regarde les fruits que tu récoltes aujourd’hui.

    . Pour savoir quels fruits tu récolteras dans tes vies futures

    . Regarde les graines que tu sèmes aujourd’hui.

    Je n’ai jamais oublié ces mots. Je crois qu’ils disent la vérité.

    - Crois-tu donc que c’est grâce aux bonnes actions de tes vies passées que je t’ai adopté dans cette vie ? demanda le roi.

    - Oui, Père, répondit An Tiem.  C’est ce que je crois. »

    Hung Vuong réfléchit un moment en silence, puis il continua :

    « Bon, imagine alors que je te bannisse sur une île déserte avec ta femme et ton petit garçon. Crois-tu que tu survivrais ? Si je comprends bien ce que tu viens de me dire, tu devrais récolter de bons fruits où que tu te trouves, puisque tu as semé de bonnes graines dans le passé.

    - Oui, Père, affirma An Tiem. Certainement.

    - Bien, fit le roi en colère. Je vous bannis donc, toi, ta femme et ton fils, sur l’île Sa Chau. Nous verrons si ta théorie de graines et de fruits résiste à l’épreuve.

    - Comme vous voudrez, Père » répondit An Tiem, inébranlable.

    Le lendemain, An Tiem, Oanh et Hao, leur petit garçon de six ans, furent emmenés sur l’île à bord d’un petit bateau et abandonnés avec quelques mois de vivres. Quand le marin qui les avait transportés reprit la mer, Oanh éclata en sanglots.

    « Ne désespère pas, lui dit An Tiem, essayant de la consoler. Si n ous avons semé de bonnes graines, nous en récolterons les fruits. Si nos graines étaient mauvaises, pleurer ne changera rien à la situation. Nos moyens de subsistance sont dans nos mains et tiennent à nos savoir-faire. Souviens-toi du proverbe, « La nature n’a pas créé les éléphants sans avoir fait pousser l’herbe. »

    Ayant foi en son mari, Oanh cessa de pleurer. Ils bâtirent ensemble un abri étanche avec du bois flottant et des feuilles de palmier. Comme on ne leur avait pas permis d’emporter des graines, ils explorèrent l’île à la recherche e fruits et de légumes comestibles, mais n’en trouvèrent aucun. Ils fabriquèrent des filets pour attraper du poisson et des crevettes, puis ils ramassèrent du silex pour allumer du feu. Ils commencèrent à sécher les excédents de leur pêche, en regrettant seulement de n’avoir aucun moyen de cultiver des fruits et des légumes.

    Après environ quatre mois d’exil, leurs réserves de nourriture étaient épuisées. Il leur semblait devoir vivre pour toujours avec les seuls produits de la mer. Un jour cependant, ils découvrirent un carré de melons étranges de l’autre côté de l’île. Chaque fruit était au moins trois fois plus gros que ceux qu’ils avaient l’habitude de manger. En ouvrant, l’un d’eux, ils découvrirent une chair rouge rubis et des graines noires. A leur grande joie, le fruit était délicieusement  sucré. Ils dégustèrent un melon entier sous le soleil brûlant. C’était frais et désaltérant, et leur moral remonta bien vite.

    An Tiem se souvient alors que plusieurs semaines auparavant, les cris d’une volée de grues traversant l’île avaient attiré son attention. Il avait vu quelques graines noires tomber de leurs becs, puis il avait oublié l’incident. Qui aurait pu imaginer qu’il s’agissait  d’une nouvelle variété de melons ? Le soir même, ils préparèrent un potager se semèrent plusieurs de leurs précieuses graines.

    Le jour où An Tiem commençait sa première récolte, un navire étranger fit une escale imprévue sur l’île, car ses voiles avaient été déchirées par une tempête. An Tiem aida les marins à réparer les dommages et leur montra où ils pouvaient se ravitaillera en eau fraîche. Il ramassa également un melon et le coupa en tranches pour l’offrir aux marins. Le trouvant délicieux, ceux-ci demandèrent à en acheter plusieurs. An Tiem en échangea trente contre des provisions – haricots, seigle, sucre, sel et tissu. De plus, il leur proposa de refaire escale quatre mois plus tard s’ils voulaient en acheter plusieurs centaines, demandant en échange qu’ils lui fournissent des graines et autres denrées. Le marché fut accepté.

    Quatre mois passèrent. Les nouveaux melons étaient prêts pour la récolte. An Tiem et Oanh avaient semé le seigle et les haricots rouges, ils avaient largement les moyens de subsister même si le navire re revenait pas. Grâce au tissu fourni par les marins, Oanh avait cousu de nouveaux vêtements pour toute la famille.

    An Tiem eut l’idée de donner au melon le nom de leur fils.

    « Ces fruits nous ont donné un avenir, expliqua-t-il à Oanh. Notre enfant est l’avenir lui aussi. Ils seront donc nommés melons Hao. » L’idée plut à Oanh. Bien que la vie sur le continent lui manquât, elle restait auprès de son mari en qui elle plaçait toute sa confiance.

    Un jour qu’An Tiem et Hao se promenaient sur la plage, ils entendirent soudain Oanh crier depuis la cabane :

    « Le navire est là ! Le navire ! »

    Hao sauta sur place pour voir le plus loin possible. C’était vrai, le navire arrivait, minuscule tache à l’horizon. Grossissant minute après minute, il finit par atteindre le rivage. An Tiem accueillit les marins et les mena au potager. Des vignes chargées de grappes vertes s’étiraient sur la fine terre sablonneuse. Ils ramassèrent plus de six cents pastèques qu’ils chargèrent ensemble à bord du navire. En échange, de nombreuses variétés de graines, des outils et des provisions de toutes sortes furent déchargés et déposés au sec, dans une grotte de l’île.

    La famille d’An Tiem continua la culture des pastèques. Le sol sablonneux de l’île s’y prêtait parfaitement et leur récolte était florissante. Le navire marchand se mit à faire escale chaque mois pour en acheter et les revendre dans les autres ports. Le délicieux melon rouge fut bientôt très demandé. Il ne fallut pas très longtemps pour qu’An Tiem puisse bâtir pour sa famille une maison plus grande entourée de rizières et de champs de haricots. Il commença à élever des animaux de ferme et engagea des métayers du continent.

    Quatre années étaient passées depuis le début de leur exil sur l’île Sa Chau. Un jour, An Tiem envoya vingt de ses meilleures pastèques au roi Hung Vuong III, accompagnées d’un message disant qu’elles étaient un cadeau de son fils adoptif. Surchargé par la tâche de gouverner son royaume, le roi l’avait oublié. Le cadeau raviva sa mémoire et il demanda qu’un bateau le conduise sur l’île. Il voulait voir par lui-même comment son fils s’en était sorti.

    Lorsque Hung Vuong constata la réussite d’An Tiem sur son île déserte, il comprit son erreur.

    « Mon fils, déclara-t-il, tout ce que tu disais à propos des graines du passé qui déterminent les fruits du futur est prouvé de toute évidence.

    Tes paroles n’étaient pas celles d’un fils ingrat, comme je l’ai cru, mais celles de quelqu’un qui croit en la responsabilité de ses propres actes. » 

    Hung Vong demanda à An Tiem de revenir sur le continent avec sa famille et lui rendit son ancienne fonction. Les melons hao, ou pastèques, furent semés dans tout le royaume et depuis ce temps-là, chacun se souvient de l’histoire d’An Tiem en dégustant le fruit sucré à la chair rouge.

     

    Graines de pastèque  -  Thich Nhat Hanh

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  •  

    Il était une fois près du village de Tolone une fée plus belle que le jour, elle vivait dans une grotte située près des eaux claires du fleuve Rizzanese, on la voyait parfois tôt le matin en train de laver son linge. On prétendait que celui qui arriverait à la saisir par sa chevelure, l’épouserait. Un beau matin, donc, elle ressortit de sa grotte pour aller faire sa lessive. Elle lava toute la matinée puis étendit son linge sur l’herbe fraîche, s’allongea sur une pierre et s’assoupit. Léone, un des fils Poli, était justement allé faire un tour vers le fleuve et avait repéré la fée. Ebloui par sa beauté, il en tomba éperdument amoureux. Il l’épia toute la matinée attendant le moment propice

    « Ah ! si je pouvais la saisir par les cheveux, pensa-t-il, je l’épouserais et je serais le plus heureux des hommes. »

    Voyant que la fée s’était endormie, il sortit de sa cachette, s’approcha tout doucement en faisant attention de ne pas faire craquer de branches mortes pour ne pas la réveiller. Arrivé tout près d’elle, il bondit et saisit sa chevelure blonde comme l’or, tout en s’écriant :

    « Fée, jolie fée ! Tu es prise ! Tu es à moi ! Je t’épouserai ! »

    La fée supplia :

    « Non je t’en prie ! Laisse-moi ! Je peux te couvrir d’or si tu le veux. »

    - Non, ricana le berger, je te veux pour femme.

    - Je ferai de toi un roi si tu renonces à moi.

    - Aucune richesse, aucun titre ne m’intéresse ; ma femme tu seras. »

    Alors la fée se résigna : « Et bien berger puisque tu as su me vaincre je serai ta femme mais souviens toi bien de ceci : jamais tu ne devras voir mon épaule nue auquel cas je disparaîtrais à l’instant. » Leone emmena la fée à Olmiccia. Une grande fête fut organisée à l’occasion de son mariage, mais à partir de ce jour la fée devient triste, elle mangeait très peu, ne souriait plus et sortait rarement de sa maison. Quand elle sortait, elle marchait la tête basse, ne posait son regard sur personne si bien que les villageois en vinrent à plaindre le pauvre leone de vivre avec une femme si triste. Pourtant la fée donna trois fils et trois filles au fils Poli : ses enfants étaient sa seule joie de vivre et elle les éleva avec amour. Leone aimait ses enfants et sa femme plus que tout au monde mais il avait un regret : « Pourquoi ne veux-tu pas ôter ta chemise ? demanda-t-il un soir à sa femme. Pourquoi ne veux-tu pas me montrer ton épaule ?

    - Garde-t’en bien sinon un grand malheur va s’abattre sur toi répondit la fée. Cette nouvelle mise en garde attisa un peu plus encore la curiosité de son mari. « Elle doit faire ça pour se venger de moi parce que je l’ai épousée de force », pensa-t-il pour se convaincre et le lendemain alors qu’elle dormait encore, il découvrir l’épaule de la fée qui se réveilla en poussant un cri déchirant. Les yeux pleins de larmes elle s’adressa à son mari : « Tu as voulu voir mon épaule et bien regarde-la mais ce sera pour ton malheur. Tu verras un trou et dans ce trou il y a des ossements, le squelette de notre amour que tu viens de tuer à l’instant. »

    - Pardonne-moi ! pardonne-moi ! gémit Leone

    - Pourquoi ne m’as-tu pas écoutée ? Hélas pour toi, tu seras malheureux le restant de ta vie. Dans quelques instants je disparaîtrai pour toujours. Nous avons 6 enfants, trois garçons, trois filles. Qui veux-tu conserver ?

    - Je préfère les garçons.

    - Prends les donc, mais sache qu’à partir de ce jour il n’y aura plus jamais plus de trois garçons dans la famille Poli. » Dans un dernier élan d’amour leone sanglota : « Je t’en supplie reste !

    - Trop tard ! Le mal est fait, adieu ! « Et sur ces mots la fée disparut emportant avec elle ses trois filles. Leone était désespéré : il retourna à la grotte de Rizzanese où il avait vu la fée pour la première fois et il y retourna durant des mois et des années mais il ne revit plus jamais sa femme ni ses trois filles. Sans doute ont-elles franchi un bras de mer et se sont-elles installées en Sardaigne.

    Comme la fée l’avait prédit, à compter de ce jour, il n’y eu jamais plus de trois garçons à la fois dans la famille des Poli.

     

    Extrait de Contes et légendes Corses de Jacques Ricordi. Un merveilleux livre qui nous raconte la Corse  à travers ses légendes et illustrés par les somptueuses photos de Robert Palomba et Bernard Giani.

     

    Le trou de la fée

     

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  • Le village sur la montagne

     

    C’était un village perché, un de ces tout petits villages perchés comme on en voit de nombreux en Corse. Mais pour parvenir à celui-ci, il n’y avait pas de route juste un chemin muletier qui parcourait le maquis avant de grimper jusqu’au village d’où la vue s’étendait au loin vers la mer scintillant sous le soleil. Un vieil homme habitait une maison au bord du chemin juste quand celui-ci commence à escalader la montagne. Assis sur le seuil de sa porte, il accueillait les rares touristes qui passaient et leur parlait de son village qui était aussi le village de son père, de son grand-père, de son arrière-grand-père et tous l’écoutaient avec plaisir. Un été son petit-fils est venu passer quelques jours de vacances chez lui. Il habitait Bastia mais ne connaissait que très peu le Cap et l’intérieur de la Corse, alors le grand-père lui enseignait les secrets du maquis, lui racontait les histoires de bandits corses, les légendes des rivières et des forêts. Un jour, un touriste s’arrêta de bon matin. Le vieil homme lui offrit le café, lui raconta l’histoire de son village. L’homme écouta avec attention et il repartit frais et dispos. Mais une heure plus tard il était de retour, furieux :

    « Mais qu’est-ce que c’est que ce village ? Il ne vaut rien, il est pauvre, que dis-je, il est misérable. Les rues sont en terre, c’est sale, il y a des poules, des canards, des lapins et même des cochons qui s’y promènent en toute liberté. Les maisons, n’en parlons pas, elles sont tristes, en pierres apparentes, sans couleur. Les enfants marchent pieds nus. Et les femmes. Vous pouvez y croire vous, elles lavent encore leur linge au lavoir ! »

    Et le vieux a répondu : « Eh oui ! Hè cussi, hè cussi, (c’est comme ça, c’est comme ça) ! »

    - Je suis vraiment déçu, je n’y remettrai jamais les pieds », et l’homme est reparti en maugréant. Un peu plus tard dans la journée, un autre touriste est passé. Le grand-père lui a offert un rafraîchissement, lui a raconté l’histoire du village. Le touriste est resté au village, trois heures, quatre peut-être, toujours est-il qu’il n’est redescendu que lorsque le soleil allait se coucher sur la mer. Il s’est de nouveau arrêté chez le vieil homme, un grand sourire éclairait son visage.

    - « Grand-père, votre village est extraordinaire, merveilleux ! Qu’elles sont pittoresques ces ruelles en terre où courent les poules, les canards, les lapins et même les cochons. Les maisons sont superbes en belles pierres apparentes. Et les enfants, ils sont pleins de vie, ils courent pieds nus ; quelle santé ! Et je ne parle pas de vos femmes ! Elles sont belles quand elles lavent leur linge au lavoir. Belles et gaies : elles parlent fort, elles chantent, elles rient. »

    Le vieil homme a répondu :

    « Eh oui ! Hè cussi, hè cussi, c’est comme ça, c’est comme ça ! »

    - Ah ! vraiment, il me plaît votre village. L’été prochain, je reviendrai, je louerai une maison et j’y passerai toutes mes vacances », et le touriste est reparti en chantonnant gaiement.

    Le petit-fils a alors regardé son grand-père et lui a demandé, intrigué :

    « Grand père, je ne comprends pas. Aux deux touristes qui sont passés aujourd’hui tu as fait la même réponse Eh oui ! C’est comme ça, c’est comme ça. Pourtant ils n’avaient pas du tout le même avis sur notre village.

    - Eh oui ! Hècussi, hè cussi ! »

    Comme le petit-fils ne comprenait toujours pas, le grand-père a expliqué

    « Vois-tu mon enfant, dans la vie, les gens ne voient pas les choses telles qu’elles sont, ils les voient selon ce qu’ils portent dans leur cœur. »

    - « Ah bon ! Hè cussi, hè cussi. C’est comme ça ? C’est comme ça ? »

     

    Extrait de Contes et légendes Corses de Jacques Ricordi. Un merveilleux livre qui nous raconte la Corse  à travers ses légendes et illustrés par les somptueuses photos de Robert Palomba et Bernard Giani.

     

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