• Edith WEIBEL – Une ombre de passage

     

    Fabienne et Antoine sont un couple qui s’aiment depuis 40 ans. Ils entretiennent cet amour pour ne pas laisser la rouille s’installer et garder ce brin de folie qui change tout. Et malgré tout, Fabienne se sent vieillir, elle s’use. Et voilà qu’une lettre lui arrive, une lettre ouvrant une fenêtre vers son passé. L’homme, qu’elle avait follement aimé avant de rencontrer son mari, cet homme qui l’a trahie et abandonnée, cet homme qui ressemble à Antoine qui ne sait rien de l’histoire, cet homme lui a écrit.  Elle ne peut se résoudre à ouvrir cette lettre. Que veut-il ? Pourquoi maintenant ? Fabienne ne veut pas savoir pour le moment et range la lettre dans sa poche. Mais le destin ou plutôt une tempête va la mettre face à cet homme. Peu à peu elle se rend compte qu’il n’a pas changé. Et lorsque Antoine se referme, parait distant, elle comprend qu’il sait ou croit savoir. Mais rien n’est aussi simple qu’on ne le croit surtout lorsque l’inattendu s’invite.

    Lorsque le passé s’invite, on peut en ressortir grandi, on peut même en guérir. C’est peut-être sur la voie de la guérison qu’Antoine et Fabienne s’engagent, une guérison qui va leur permettre de redémarrer leur vie libérés d’un poids.

    Une belle histoire, agréable à lire.

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  • Dot HUTCHISON – Le jardin des papillons

     

    Dans une salle d’interrogatoire du FBI, Maya est interrogée Elle a été retrouvée dans la maison d’un homme d’affaires avec d’autres jeunes femmes, toutes séquestrées depuis des années.

    Les enquêteurs sont déroutés par cette jeune femme qui semble s’être forgée une carapace de froideur, qui semble tenir un rapport de distance avec ce qu’elle a vécu. Est-elle une victime ? Est-elle la complice du criminel ?

    Mais Maya se confie, se raconte par bribe. Enfant rejetée par ses parents, abandonnée à une grand-mère qui n’avait dans sa vie qu’une passion, celle des animaux empaillés, elle a du se construire seule. Et à la mort de la grand-mère, elle s’enfuit pour ne pas se retrouver dans des foyers sociaux ou des familles d’accueil. Puis elle trouve enfin un endroit où se poser en colocataire d’une bande de filles avec lesquelles elle travaille. Ce sera pour elle le seul semblant de famille qu’elle aura connu.

    Avant d’être enlevée par le jardinier, un collectionneur de belles jeunes femmes qu’il enferme dans un jardin clos et sur le dos desquelles il tatoue des ailes de papillon. Jusqu’à l’âge de 21 ans, où il les tue pour les enchâsser dans de la résine.

    Et Maya va raconter la peur, les viols, la folie d’un des fils du jardinier, les larmes après chaque mort, mais aussi la solidarité, l’entraide entre les filles, l’espoir et le désespoir qui se succèdent.

    Un roman fou, une histoire folle et hallucinante, un thriller psychologique superbement mené avec tact sans détails glauques. Tout est plutôt dans la suggestion. Une écriture incisive, directe, sans fioriture. J’ai lu ce roman en une journée parce qu’il est difficile de le poser avant de l’avoir terminé.

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  • Elena FERRANTE – La vie mensongère des adultes

     

    Giovanna, fille d’enseignant, vit heureuse. Bonne élève, lectrice assidue, elle s’amuse avec ses deux amies de toujours. Et puis 12 ans, l’adolescence,  les hormones perturbent quelque peu la jeune fille et son travail scolaire s’en ressent.  Mais lorsqu’elle surprend une phrase assassine dans la bouche de son père : « elle est en train de prendre les traits de Vittoria », le monde de Giovanna bascule. Vittoria, la mauvaise sœur de son père, laide, méchante, médisante, est tout sauf un exemple auquel on veut ressembler. Blessée, la jeune fille, déjà fortement complexée par son physique qu’elle juge ingrat, se referme sur elle. Peu à peu une obsession : rencontrer cette tante dont on lui a dit tant de mal et voir à quoi elle ressemble véritablement.

    La rencontre va petit à petit changer le regard de Giovanna sur la vie, les autres et surtout ses parents. Vittoria est bel et bien une harpie pas très jolie à voir et pourtant elle fait preuve d’une lucidité cinglante. La jeune fille découvre que ses parents sont loin d’être parfait et qu’au contraire ils ont des travers qu’elle n’avait pas perçus.  Et se révèlent à elle, des facettes qu’elle n’avait pas soupçonnées, mais aussi des secrets qu’elle n’aurait pas imaginés.

    Son monde s’effondre et elle va se bâtir le sien sur les ruines de celui de son enfance.

    Des portraits de femmes, des traits de caractère intéressants et décortiqués, le roman est fort et se lit agréablement

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  •  Jacques BERNARD  -  Vers d’autres rivages

     

    Jana, jeune serbe orthodoxe, mal aimée dans sa famille, est heureuse de pouvoir quitter ses parents pour habiter chez son oncle. Mais il faut taire ses origines, passer le plus inaperçue possible, rester neutre même avec sa nouvelle amie.

    Marko, croate, enfant délaissé, violenté, trouve refuge dans un monastère abritant des révolutionnaires voulant épurer le pays des autres : serbes, orthodoxes, juifs. Les oustachis sont des combattants xénophobes, cruels, sans pitié, semant la mort autour d’eux.  Et c’est parmi eux que Marko trouve une famille et c’est parmi eux qu’il devient un être vil et sans cœur.

    Rien ne destinait ces deux-là à se rencontrer : ni les origines, ni la religion, ni les idéaux politiques et pourtant le fait est là : ils se trouvent, ils s’aiment.

    Patiemment Jana sonde Marko, l’amène à la réflexion, à faire le bilan de ces actes, à chercher la voie de la rédemption.  Il ne leur reste qu’une solution : s’expatrier pour pouvoir vivre dans un pays où les habitants peuvent vivre en paix.

    Mais le destin va en décider autrement et ce sera pour Jana un chemin de vengeance.

    Un roman sans indulgence pour le fascisme, la xénophobie, l’intelligentsia qui dirige les pays et asservit la population.  A travers Jana et Marko, c’est l’histoire de la Yougoslavie qui se dessine, celle où des peuples sont les pions dans un jeu d’échec qui les dépasse mais qui les amène à s’entretuer Les frères ennemis continuent de se haïr mais une précaire frontière les sépare pour le moment.  Un roman prenant.

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  • Colson WHITEHEAD - Nickel Boys

     

    En Floride dans les années 1960, Elwood gentil garçon noir est bon élève, bien guidé dans son éducation par sa grand-mère. Peu à peu, il s’ouvre à la condition des noirs dans ce pays en écoutant un disque de Martin Luther King. Mais son objectif premier est d’aller à l’université. Et ce jour-là arrive. Elwood, fier de son parcours, plein d’espoir, se met en route pour rejoindre son université. Il est pris en stop par un homme. Lorsqu’ils se font arrêter, Elwood découvre que celui-ci était un voleur de voiture. Un jeune noir dans une voiture volée, l’affaire est entendue, il est coupable et échoue dans une maison de correction : Nickel.

    Ce sont des années terribles dans un climat ségrégationniste exigeant la soumission docile des noirs, appliquant des punitions corporelles qui tiennent plus de la torture. Certains élèves disparaissent du jour au lendemain après avoir été emmené vers un lieu connu de tous pour être les portes de l’enfer. Et lorsque bien des années plus tard, en 2012, on découvre un cimetière clandestin, on retrouve tous ces disparus dont les squelettes gardent les traces d’exactions terribles.

    A travers le jeune héros, c’est l’histoire de tous ces jeunes qu’on raconte. L’auteur a fait le choix de ne pas entrer dans le détail des atrocités. Il les aborde à demi-mots mais c’est suffisant pour comprendre la monstruosité des dirigeants de cette école, qui était réelle.

    Une lecture bouleversante, qui raconte l’héritage ségrégationniste des USA, le drame de jeunes enfants, adolescents dont le principal crime était de ne pas avoir la bonne couleur.  L’écho des larmes, cris, monstruosités n’en finit pas de résonner dans ce pays où rien n’est gagné et où la ségrégation a encore et toujours des fervents défenseurs.

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