• Me voici devant vous

    Déchiré mais unique 

     

    Rescapé

    De la paix éternelle

     

    Que pourrai-je vous donner 

    De plus grand que mon gouffre 

     

    Il n'y a pas de calme 

    Cuirassé

     

    L'Archange de la Mort 

    M'a comblé de survie

     

    Je traverse

    Mes mortelles évidences 

     

    La Raison

    Cette marraine de folie

     

    La Croix 

    Cette marâtre de l'Esprit

     

    La Loi 

    Cette maîtresse d'infamie

     

    Je commence à comprendre

    Sans saisir

     

    La parole qui me porte

    Est l'intacte parole

     

    Elle ignore la gloire 

    De la décrépitude 

     

    La parole qui me porte

    Est l'abrupte parole 

     

    Elle ignore le faste

    De la Sérénité

     

    La parole qui me porte 

    Est l'obscure parole 

     

    Dans ses eaux profondes

    Ma lumière se noie

     

    La parole qui me porte

    Est la dure parole

     

    Elle exige de moi 

    L'entière insoumission

     

    La parole qui me porte 

    Est une houle de fond 

     

    C'est une haute parole 

    Sans frontière et sans nom 

     

    La parole qui me porte 

    Me soulève avec rage

     

    Voici mes remous

    Voici mes orages

     

    Voici ma raison

    Qui s'affaisse

     

    Voici ma folie 

    Qui chavire 

     

    Voici ma sagesse 

    Qui s'effondre

     

    Voici ma joie

    Qui éclate 

     

    Voici mon déclin

    Qui se brise

     

    Voici ma détresse

    Qui s'écroule

     

    Voici mon naufrage 

    Qui se lève

     

    Mon destin 

    Ce refus de l'Abri

     

    J'envahis mes limites 

    J'enfonce mes repaires 

     

    Je dévaste mes tristesses

    Je ravage mes colères 

     

    Ma puissance et ma gloire 

    S'entre-déchirent

     

    Mes tempêtes 

    Ont franchi l'espérance 

     

    Et j'assaille l'Inconnu

    Qui m'écrase

     

                               Paul Valet 

                               Extrait de "La parole qui me porte et autres poèmes"

     

    La parole qui me porte - Paul Valet

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  •  

    Contre moi

    Il n'y a pas de remède

     

    Il n'y a pas de règle

    Pour sombrer

     

    Chacun porte son vide

    Où il peut

     

    Une grande époque

    Fait ses monstres hors mesure

     

    A la cime des gloires

    Les vautours font leurs nids

     

    Les poètes aboient

    La poésie passe

     

    On ne traverse pas intact

    Une forêt de paroles 

     

    Tout au bout de la nuit

    La même nuit recommence

     

    Ma mémoire est criblée

    De poèmes Hérissons

     

    Tout poème souverain

    Est tributaire de l'enfance

     

    Toutes les petites choses 

    Nous implorent de rester parmi elles 

     

    Ces menus objets qui nous gardent

    Les cuillères les assiettes et les bols

    On tant besoin de nos mains

     

    Je suis dépassé par mon ombre

     

    En moi

    Coulent des fleuves et des torrents puissants

    Tous ils se jettent dans la mer morte

     

    Chaque larme

    Me rapproche de la mer

     

    La nécessité 

    Est une maîtresse de choix

     

    Le poète

    N'a qu'une seule dimension

     

    Prendre sur soi

    L'homme entier

     

    Entre quatre murs de paroles

    Protéger ses oublis

     

    Scier distinctement

    Le vieux tronc qui nous porte

     

    Sombrer consentant 

    Dans l'abîme du futur 

     

         Paul Valet

          extrait de "La parole qui me porte et autres poèmes"

     

    Points de chute de Paul Valet

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  • Après une ondée passagère,

    les graviers rayonnent

    sous le soleil, en des 

    milliers d'autres soleils, 

     

    non loin de là, dans 

    un jardinet, le terreau 

    très noir aborde la

    lumière, avec la délicatesse

     

    d'un merle qui vient

    se percher au sommet

    d'un poteau - espérons

     

    qu'il se mette à chanter

    et que les pensées qui 

    parsèment les graviers

     

    accordent leur éclat,

    avec celui des fiers iris

    du jardinet au terreau noir. 

     

    Richard Rognet - Un peu d'ombre sera la réponse (extrait)

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  • Qu'il était attendu

    le retour des hirondelles ! 

    tout commençait avec 

    quelques-unes, les plus 

     

    hardies, les pionnières,

    celles qui avaient bravé

    l'espace et soulevé de 

    leurs ailes courageuses

     

    le poids des nuits et 

    des jours - le retour 

    des hirondelles n'est 

    plus que ce vieil air

     

    d'accordéon musette que

    je rejoue, de temps

    à autre, en hiver, 

    quand peinent les oiseaux. 

     

                                                     Richard Rognet

     

    Hirondelle Banque d'images et photos libres de droit - iStock

     

     

                            

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  • Joby Bernabé - La Logique Du Pourrissement - Lyrics video - YouTube

     

    La logique du pourrissement

     

    C’est le fruit mur tombé foutu

    parce que l’Homme n’avait pas prévu

    voulu ou pu connu ou su

    parce que l’Homme a trop attendu

    ou peut être tout simplement parce qu’il l’a

    parfaitement voulu et eu

    si tant est que c’est l’homme qui veut.

     

    La logique du pourrissement

     

    C’est la blessure qui s’infecte

    et le microbe qui se délecte

    quand se rengorge la gangrène.

    C’est la fissure qui rigole

    et la rigole qui s’fend la gueule.

    C’est la chaussure qui prend l’eau

    la peinture qui s’écaille

    la moisissure prend ses aises.

    C’est la chemise qui s’fait la malle

    la redingote qui est en crise

    d’avoir été beaucoup portée

    souillée lavée et retournée.

    Et la couture n’en peut plus.

    La crise abuse de la reprise.

    Un petit point de croix à droite

    un petit point de chaîne à gauche

    un petit point arrière devant

    un petit point de vent derrière.

     

    La logique du pourrissement

     

    C’est la centrale qui pisse la mort

    et la rivière a mal au foie.

    C’est l’écrevisse qui rend l’âme

    et l’arbre à pain qui a le blues.

    C’est l’eau de coco en berlingot

    c’est pour bientôt je vous le dis.

    C’est la corde de la mère igname

    qui étrangle la mère igname même.

    C’est une cité qui s’emmure

    dans une névrose de béton.

    Les oiseaux glissent à la dérive.

    Les P.V. jouent les feuilles mortes.

    Les flics engraissent leur papillons.

    La ville a mal aux entournures.

     

    La logique du pourrissement

     

    C’est quand s’encombre le sinus

    et qu’ la conserve a ras-le-bol

    la boîte gonfle et puis se mouche

    et les décombres

    ont des dégaines d’apocalypse

    tel un grand rire au bord d’un gouffre

    un Matouba* d’éclats de gorge.

    Et comme un goëland blessé

    le rire s’élance en vol plané

    et cherche une gueule de volcan

    pour assouvir sa démesure.

     

    La logique du pourrissement

     

    C’est un destin qui se marchande.

    Une terre du sud qui perd son or.

    Un chant d’amour qu’on hypothèque.

    L’espoir trimbale un goût de poisse.

    Et la psy se fait son beurre

    quand les neurones se font d’la bile.

    On vend d’la foi à tour de bras

    et les gourous ont le bras long.

    On paie des gangs pour tuer la peur

    dans les agences du Nirvana.

     

    Le père Noël s’internétise

    et la culture se génétise.

    Les jeunes chevauchent dans leurs

    ghettos les paradis de la défonce.

    Le diable solde ses miroirs.

    Le roi du Carnaval refuse de mourir

    et la folie pétrit ses jours

    en sifflotant un air de cendres.

     

    C’est dans le swing de cette logique

    qu’un soir de mercredi des Cendres

    Sans roi de Carnaval

    un chien sans poil travaillant du chapeau

    au milieu d’un macadam crade

    près d’un amas de débris d’âmes

    et de dépouilles de sacs à main volés

    me confia qu’il avait conçu

    entre deux ulcères d’estomac

     

    Une prodigieuse dialectique

    pour consacrer le pourrissement

    supra logique du pourrissement

    métaphysique du pourrissement

    et poétique du pourrissement.

     

    Celle d’une fleur inconnue ou presque

    sidéralement transparente

    éclose

    Dans le fumier de l’absurde.

     

    Joby Bernabé

     

    https://www.youtube.com/watch?v=zzqCLVLuK0E

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