• Le chasseur de la mort parfaite de Homéro Aridjis

     

     

    Le chasseur de la mort parfaite

    chassait dès l’aube avec son grand fusil

    les animaux qui venaient boire

    dans les lagunes bleues de la jungle.

     

    On l’appelait le chasseur de la mort parfaite

    parce qu’il ne ratait pas un coup dans la poitrine de l’éléphant,

    et n’endommageait ni la tête ni le pied de ses trophées.

    A chaque crépuscule il revenait chargé de ses prises mortes.

     

    « Aujourd’hui fut un jour splendide, écrivit-il dans son journal.

    j’ai tué 95 éléphants. Malgré une petite erreur

    au tir 45, j’ai tiré plus bas que j’aurais dû.

    J’ai commis une faute, un éléphant en a réchappé. »

     

    Quoique le chasseur de la mort parfaite

    eût tué un grand nombre d’éléphants, il était insatisfait

    parce qu’il n’avait pas accompli son désir d’être le dernier homme

    qui aurait tué le dernier éléphant.

     

    Il désirait avoir son portrait dans les Annales de la Chasse

    sa main sur la tête de l’éléphant. Et il allait en forêt,

    perfectionnant ses tirs et récoltant ses pièces,

    sans plus de limite que sa fatigue et la tombée de la nuit.

     

    Alors arriva qu’une nuit,

    tandis qu’il était posté derrière sa jeep,

    prêt à tirer, il sentit sur son épaule une main

    comme une griffe. C’était le spectre du Roi des Zoulous.

     

    Il lui dit : « Puisque l’œuvre de ta vie a été de tuer des éléphants,

    ton œuvre après la mort sera de rendre la vie

    à ceux auxquels tu l’as retirée. Et de les créer avec tes mains comme la première

    fois qu’ils furent créés. Pour cela tu utiliseras le pouvoir de ton imagination.

     

    Quand tu l’auras fait, Tu cesseras de hanter la jungle.

    N’importe que ses chemins soient devenus rues ou décharges,

    jusqu’à la fin des temps, tu continueras d’errer.

    Ce sera le châtiment du Chasseur de la Mort Parfaite. »

     

    Alors le Roi des Zoulous disparut.

     

                                                       Parc Krüger, Afrique du Sud 1997

                                                              Homéro Aridjis (Les poèmes solaires).

     

    Le chasseur de la mort parfaite de Homéro Aridjis

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  • Fleuve et L’homme-loup de Homero Aridjis 

     

     

    Je suis le fleuve mort,

    les hommes empoisonnèrent mes eaux

    et avec elles la vie qui était en moi.

     

    Brillant en surface,

    je me meus immobile

    vers la mer polluée.

     

    Mes poissons tuent,

    ma soif tue,

    mon corps pue.

     

    La ville est ma tombe,

    l’air rance, mon ciel,

    mon temps, un squelette qui descend.

     

    ********************

    Je suis l’homme-loup,

    je me dévore moi-même.

     

    Au matin je coupe le frêne

    où la lune s’était posée.

     

    A midi je brûle les pâturages

    où court le cerf.

     

    Au crépuscule je vais sur la grève

    dépecer les tortues.

     

    Je monte dans la montagne

    pour chasser l’aigle.

    Ce que Dieu fit en six jours,

    je le défais en un.

     

    Je suis l’homme-loup,

    je me dévore moi-même.

     

                                                       Homero Aridjis (Les poèmes solaires)

     

    Fleuve et L’homme-loup de Homero Aridjis

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  •  

     

     

    Quand Dieu a créé la femme, il travaillait tard le 6ème jour.

     

    Un ange est venu et a demandé :

    « Pourquoi passer tant de temps sur elle ? »

     

    Le Seigneur a répondu :

    « Avez-vous vu toutes les spécifications que je dois rencontrer pour la façonner,

    Elle doit fonctionner sur toutes sortes de situations,

    Elle doit pouvoir embrasser plusieurs enfants en même temps,

    Avoir un câlin qui peut guérir n'importe quoi, d'un genou meurtri à un cœur brisé,

    Elle doit faire tout ça avec seulement deux mains,

    Elle se soigne quand elle est malade et peut travailler 18 heures par jour »

     

    L'Ange a été impressionné :

    « Juste deux mains. Impossible ! »

     

    « Et voici le modèle standard » dit le Seigneur.

     

    L'Ange s'est rapproché et a touché la femme :

    « Mais tu l’as rendue si douce, Seigneur ».

     

    « Elle est douce », dit le Seigneur.

     

    « Mais je l'ai rendue forte. Tu ne peux pas imaginer ce qu'elle peut endurer et surmonter »

     

    « Peut-elle penser ? » demanda l’ange.

     

     

    Le Seigneur répondit :

    « Non seulement elle peut penser, elle peut raisonner et négocier »

     

    L'Ange a touché ses joues :

    « Seigneur, il semble que cette création fuit !

    Tu as mis trop de fardeaux sur elle »

     

    Le Seigneur a corrigé l'ange :

    « Elle ne fuit pas. C’est une larme »

     

    « À quoi ça sert ? » demanda l'ange.

     

    Le Seigneur dit :

    « Les larmes sont sa façon d'exprimer son chagrin, ses doutes, son amour, sa solitude, sa souffrance et sa fierté. »

     
    >

    Ça a fait une grosse impression sur l'ange,

    « Seigneur, tu es un génie.

    Tu as pensé à tout.

    Une femme est en effet merveilleuse »

     

    Le Seigneur répondit :

    « En effet elle l'est.

    Elle a de la force qui surprend un homme.

    Elle peut gérer les problèmes et porter de lourdes charges.

    Elle tient le bonheur, l'amour et les opinions.

    Elle sourit quand elle a envie de crier.

    Elle chante quand elle a envie de pleurer,

    Pleure quand elle est heureuse

    Et rit quand elle a peur.

    Elle se bat pour ce en quoi elle croit.

    Son amour est inconditionnel.

    Son cœur est brisé quand un parent proche ou un ami meurt mais elle trouve la force de s'en sortir avec la vie »

     

    L'Ange conclu :

    « Donc c'est un être parfait ? »

     

    Le Seigneur répondit :

    « Non. Elle n'a qu'un inconvénient, elle oublie souvent ce qu’elle vaut ».

     

                              Auteur inconnu

     

     

    Une femme.

     

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  •  

    Quand je parlerai avec le silence

     

    quand je n’aurai qu’une suite

    de dimanches gris à te donner

     

    quand je n’aurai qu’un lit vide

    pour partager avec toi un désir

    qui ne se satisfera plus des corps de ce monde

     

    quand les paroles en castillant ne m’aideront plus

    pour te dire ce que je serai en train de voir

     

    quand je serai privé de voix de regard et de mouvement

     

    quand loin de moi j’aurai jeté

    la peur de mourir de n’importe quelle mort

     

    quand je n’aura plus le temps d’être moi-même

    ni envie d’être quelqu’un que jamais je n’aurai été

     

    quand je n’aurai plus que l’éternité à t’offrir

    une éternité de riens et d’oublis

     

    une éternité dans laquelle je ne pourrai plus ni te voir

    ni te toucher te rendre jalouse ni te tuer

     

    quand à moi-même je ne me répondrai plus

    et que je n’aurai plus ni jour ni corps

     

    alors je serai à toi

    alors je t’aimerai pour toujours

     

    Homero Aridjis (Les poèmes solaires)

     

    Un poème d’amour – Homéro ARIDJIS

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  • Prend bien soin de toi

    Le ruisseau qui bouillonne me rappelle au moment présent
    La vérité du jour nouveau qui se déploie
    Le soleil qui se lève
    La rosee matinale qui étincelle en arc en ciels
    Les champs bruns qui se reposent après la moisson
    Les feuilles qui tapissent le sol de la forêt se préparent de nouveaux vêtements pour le printemps
    Dans la paix, je m’assoie pour calmer ma souffrance.

    Y a-t-il une seule fleur qui s’épanouisse sans que le bourgeon n’éclate avec douleur ?
    Y a-t-il un seul enfant qui grandisse joyeusement sans que sa mère n’endure quelques difficultés ?
    Y a-t-il une seule goutte de compassion qui ne soit pas construite sur le fondement de la souffrance?

    Avec beaucoup de soin
    Avec beaucoup de douceur
    Je fais le voeu de prendre soin de moi
    De revenir sans cesse à moi-même pour embrasser ma douleur.

    Ne prononce aucun mot quand ton coeur porte encore l’empreinte de la souffrance, cela ne ferait que blesser les autres
    Ne laisse aucune penser s’élever quand la souffrance est présente, son énergie s’emparerait de ta joie
    Souviens-toi, prends bien soin de toi,
    Avec beaucoup de soin
    Avec beaucoup de douceur.

    Reviens à toi pour embrasser les blessures anciennes
    Afin que l’amour et la compassion continuent à s’épanouir
    Et demain, fleurs et fruits jailliront, verts et frais. 

     

                                                                             soeur Hoi Nghiêm    

     

    Prend bien soin de toi

     

    Source : 

    https://villagedespruniers.net/blog/monastic/prend-bien-soin-de-toi-poeme-de-sr-hoi-nghiem/

                  

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