• Le Riche et le pauvre de Jocelyne Laabi

     

    Deux frères avaient connu des fortunes très différentes. L’un possédait argent, maison et boutique, l’autre bataillait chaque jour pour un quignon de pain. Le riche était insouciant et égoïste. Jamais il ne s’enquérait de son frère. Le pauvre était si orgueilleux que pour rien au monde il ne lui aurait demandé son aide. Mais sa vie était si difficile, il se tourmentait tant pur sa malheureuse famille, qu’il fut atteint par une étrange maladie de langueur.

    Le vieux médecin qu’il consulta comprit vite les raisons de cette maladie. Le remède était entre les mains du riche. Il le fit venir, lui apprit l’état de son frère. Lui seul, expliqua-t-il, pouvait lui apporter la guérison : il devait lui procurer une plume du plus mauvais oiseau, une feuille de la plus mauvaise plante et une branche du plus mauvais arbre.

    Le riche partit donc en quête des étranges remèdes à cette étrange maladie. Mais d’abord il fallait réfléchir. Le plus mauvais oiseau ? Certainement pas le rossignol, qui chantait si bien. Alors l’aigle et ses serres redoutables ?  Ou bien le vautour ? Après mûre réflexion, il décida que le plus mauvais des oiseaux ne pouvait être que le hibou, avec ses gros yeux ronds et ses habitudes nocturnes. Il alla le trouver et lui exposa sa requête : une simple plume pour guérir son frère.

    - Moi, Mauvais ? répondit dédaigneusement le hibou. Pas du tout ! Je vis la nuit, et alors ? C’est parce que je suis myope ! Je suis utile, moi. Je vous débarrasse, toi et tes semblables, des rats et des souris qui envahissent vos maisons. Et toi, es-tu utile ? Qui aides-tu ?

    Le riche battit en retraite et partit à la recherche de la plus mauvaise plante. Il n’hésita pas longtemps : c’était forcément le cactus, le traître inaccessible qui se barricade derrière ses épines.

    - Moi mauvais ? s’exclama le cactus. Et depuis quand ? Où l’assoiffé égaré dans le désert peut-il espérer trouver de l’eau sinon dans mes tiges ? Je suis utile, moi. Et toi, es-tu utile à quelqu’un ? Tu ne sers à rien, ni à personne !

    Le riche désespérait de pouvoir guérir son frère. Pour se reposer un peu, il s’arrêta sous un chêne plusieurs fois centenaire, si haut qu’il touchait presque le ciel.

    - Hélas ! se plaignit-il. Je n’ai trouvé ni le plus mauvais oiseau ni la plus mauvaise plante. Alors, comment trouverais-je le plus mauvais arbre pour lui demander une de ses branches ?

    Le chêne pencha vers lui sa ramure.

    - Sers-toi, lui dit-il. J’ai aussi peu de cœur que toi. J’ai placé mes glands si haut que personne ne peut les atteindre, et ainsi ils ne servent à personne.

    Alors seulement le riche comprit la leçon.

    Extrait de « Avec la rivière mon conte s’en est allé » de Jocelyne LAABI –.

     

    Le Riche et le pauvre de Jocelyne Laabi

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 29 Juin à 07:02
    Séverine

    Belle leçon, la retiendra-t-il assez longtemps ?

    2
    Jeudi 29 Juin à 07:38

    Le naturel reprendra vite le dessus

    JP

    Je ne sais pas le nom de cet insecte je pencherais pour une larve...

      • Jeudi 29 Juin à 09:30

        Je ne me rends pas compte de la couleur mais je pensais à la dernière métamorphose de la coccinelle

    3
    Jeudi 29 Juin à 09:17

    Un beau conte, merci. Bonne journée.

      • Jeudi 29 Juin à 09:31

        Merci Renal. Comme tu le disais sur l'autre commentaire, les contes sont pleins de belles leçons de vie.

         Bonne journée à toi aussi.

    4
    Jeudi 29 Juin à 16:44
    lapinbleu2

    Très belle morale. J'adore !! Merci Brigitte pour ce partage.

      • Vendredi 30 Juin à 17:36

        C'est un plaisir de partager. Merci de me lire JC.

    5
    Michèle Caplet
    Vendredi 30 Juin à 13:07
    jolie fable
      • Vendredi 30 Juin à 17:35

        Merci de ton passage Michèle

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