• Ibn Khafâja - La montagne

     

    C’était une montagne à cime haute et fière

    Défiant le plus haut ciel de son garrot

     

    Elle barrait sans peine les rafales du vent

    Et repoussait des épaules les étoiles filantes

     

    Les nuages la coiffaient de turbans noirs

    Que les éclairs paraient de rouges mèches

     

    Je tendis l’oreille, bien qu’elle fût muette

    Et j’appris d’elle de merveilleux secrets :

     

    « Souvent, dit-elle, je fus repaire de brigands

    Refuge aussi des ermites repentants

     

    « Des voyageurs vinrent à moi, nuit et jour,

    Et dormirent à mon ombre montures et cavaliers

     

    « Souvent mes flancs furent heurtés par le vent

    Et je subis tout autant les assauts de l’océan

     

    « La mort finit pourtant par tout engloutir

    Rien ni personne n’est épargné par le temps

     

    « Ce n’est point l’oubli qui sécha mes larmes

    Je les avais déjà taries en faisant mes adieux

     

    « Dois-je encore rester si mes amis s’en vont

    Dire au revoir à ceux qui ne reviendront pas ? »

     

    J’entendis d’elle, ainsi, des propos très sages

    Qu’elle exprimait dans une langue éprouvée

     

    Elle me consola tout en me faisant pleurer

    Et fut pour moi la meilleure des compagnes

     

    Salut ! lui dis-je en reprenant mon chemin

    Certains doivent rester, et certains partir

     

                                             Une anthologie des poésies arabes – Rachid Koraïchi

     

    Ibn Khafâja  -  La montagne

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 15 Avril à 09:42

    Très beau poème. Merci Pestoune, bon dimanche.

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