Par Pestoune
Alexandre Romanès, tzigane hongrois issu du monde du cirque, met ses mots sur la vie des siens, ce peuple de promeneurs ne connaissant aucune frontière, aucune attache, tachant de préserver sa liberté dans une société où tout est fait pour les engloutir et les faire disparaître dans l’anonymat de Mr et Mme Tout le monde. Et pourtant, il n’en veut pas de cet anonymat, il veut garder le droit de vivre comme bon lui semble et arpenter les routes où et quand il veut.
« Souvent coincés
entre l’autoroute et la décharge municipale,
les Gitans occupent la dernière place
dans la société.
Mais cette place me plaît,
je n’en voudrais pas d’autre.
Dans les tribus gitane et tzigane,
le nomadisme est très fort.
Il y a sûrement plusieurs explications,
mais moi j’en vois surtout une :
dans l’univers tout bouge. » (extrait)
Il y a dans ce recueil, des vérités, des poésies, des historiettes, des pistes de réflexion mais surtout une porte grande ouverte pour découvrir ce peuple et pour avoir le désir de le connaître.
Voici quelques extraits qui m’ont interpelée.
« Un gars dans un restaurant est intrigué par ma présence.
Il engage la conversation.
Il est sympathique et nous parlons très librement.
Il me demande ce que je fais dans la vie.
Je lui dis que je suis avec le petit cirque qui est à côté.
« Le cirque tzigane ? Mais alors vous êtes gitan.
Le gars : « Comment ça ?
Un vieux Gitan : « Dans un pays, rien n’est plus visible qu’une minorité »
« Une de mes cousines fait les lignes de la main dans Paris. Je suis avec mon oncle, on frappe à la porte.
« Cousine, qu’est-ce qui t’est arrivé !
Ça fait des années qu’on ne te voit plus !
Qu’est-ce que tu deviens ?
J’ai fait des études. Maintenant je suis psychiatre, moi aussi.
Ma cousine lui explique.
Mon oncle :
« Alors, si j’ai bien compris, tu as fait dix ans d’école pour faire ce que tu faisais avant d’avoir été à l’école ? » »
« Je suis dans le train, on traverse les Vosges.
De l'homme assis en face de moi
se dégage un parfum extraordinaire.
Je n'ai jamais rien senti d'aussi bon.
J'engage la conversation
et je lui demande ce qu'il fait.
"Je suis bûcheron"
Ce parfum, c'était les arbres. »
« Avec ma fille Alexandra, cinq ans,
j’entre dans un restaurant self-service.
On passe devant une dizaine d’hommes et de femmes.
Soudain, elle lâche ma main,
et court en direction d’un clochard
qui est dans le fond de la salle,
elle se jette sur lui et l’embrasse.
Quand c’est beau, il n’y a rien à dire »
Une vieille Gitane : « Si cette société c’était une machine
il y a longtemps qu’on l’aurait mise à la casse. »
« La première fois que le poète Christian Bobin est venu nous voir,
il a mangé avec nous et je l’ai fait dormir
Dans une caravane sans porte.
Le matin, assis près de ma caravane,
nous avons parlé longuement.
J’avais l’impression de le connaitre depuis toujours.
Quand on s’est quittés, il m’a dit :
« J’avais un ami et je ne le savais pas. »
Un vieux Gitan :
« Pour la plupart des hommes,
tant qu’il n’y a pas la mort bien visible
au bout du chemin,
ils restent dans l’inessentiel. »
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