Par Pestoune
Stance quatrième Chant 1
nous étions des millions
l'histoire relate que nous fûmes importés
du grand continent
aux vastes savanes dorées de soleil
comme on vend du bétail
que l'on nous fit traverser
les mers lentes de l'ignominie
pour édifier à coups de machettes
de triques et de rhum
l'empire dévastateur du grand capital
nous étions des millions
qui périrent écartelés ou crucifiés
selon le caprice du colon
nous étions des millions
et nous fûmes des dizaines de milliers
qui un matin de novembre 1803
se réveillèrent l'humanité reconquise
inscrivant le respect et l'effroi
dans les yeux pâles du maître
qui avait pour nom si j'ai bonne mémoire
caradeux leclerc ou bonaparte
ô longue et pénible marche du pays nôtre
à travers les coulisses de l'histoire
Chant 2
nous étions des dizaines de milliers
des dizaines de milliers de malditos haitianos
dont les machettes trimaient et suaient
dans l'enfer des bateyes
des dizaines de milliers arrachés à l'histoire
à leur terre et à ses sources sacrées
car les étoiles du yankee avaient soif de sucre
fabriqué à la mode ancienne de l'esclavage
combien fûmes-nous qui ne revirent pas le soleil
se lever et faire un tour de chant
du côté montagneux de notre île
combien allèrent bouffer le persil par la racine
combien mâchonnèrent le perejil de la honte
et laissèrent le rêve de toute une vie
sur les rives sanguinolentes du massacre
combien apprirent à ne plus prononcer le mot canne
pour conjurer l'histoire et ses chapitres amarescents
nous étions des dizaines de milliers
il s'appelait rafael leonidas trujillo y molina
et avait juré l'extermination de ces malditos haitianos
souviens-toi de son nom ô mon pays
car la mémoire est la moisson des peuples.
(...)
Ce poème est extrait du recueil "Ces îles plein de sel et autres poèmes" de DALEMBERT Louis-Philippe

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