Par Pestoune
Il était une fois sept petites chèvres qui broutaient au bois. Le renard les a vues, il s'est approché d'elles
"J'ai faim, mes mignonnes, laissez-moi boire à vos tétons !"
Les gentilles ont laissé téter l'efflanqué. Du lait plein les moustaches, le ventre rebondi, l'air ravi, il a voulu les remercier. Il leur a dit qu'un loup rôdait dans la forêt (Les renards savent ces choses-là), et qu'il allait les aider à se défendre.
Le goupil a ramassé de la terre. Entre ses pattes, il a modelé de petites boules qu'il a fichées à la pointe des cornes des demoiselles. L'une d'elles, qui n'avait pas encore ramure, s'est mise à pleurer :
"Et moi, tu ne peux pas me protéger, le loup va me manger !"
Le goupil a juré, foi de Renard, que le brigand des bois ne toucherait pas un poil de son joli museau.
Pourtant, quand le loup a pointé son long nez, la demoiselle sans cornes a eu grand peine à retenir un cri. La bête, devant ce rassemblement de fraîches chevrettes, s'est crue arrivée au paradis. Elle a regardé trembler ces demoiselles sur leurs sabots trop hauts, avec leurs yeux humides agrandis par la peur et cette sueur d'effroi qui leur perlait au ventre.
Le loup a adoré cela :
"Mais c'est jour de fête aujourd'hui, Renard ! Tu m'invites ?
- Bien sûr, mon Oncle ! Venez jouer avec nous !"
Le loup s'est approché. Il a découvert que les gracieuses étaient drôlement coiffées.
"Mais d'où viennent ces jolies perle qu'ells ont au bout des cornes ? "
Le goupil a répondu en souriant que ça, oh ! c'étaient les yeux des loups qu'elles avaient tués au cours de la dernière années !
"Ah !" fit le loup. Un silence. D'un coup de museau, il a désigné la petite sans cornes et sans perles qui le regardait d'un drôle d'air.
"Et elle, là-bas, pourquoi elle n'en a pas ?
- Ah, celle-là ! Tu tombes bien ! Elle cherchait un loup et je crois que tes yeux lui plaisent beaucoup !"
Le fauve a disparu, on ne l'a plus revu.
Sylvie Folmer
Extrait de "Les loups"
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