Par Pestoune
Le fuseau de la reine du ciel (Ottrott)
Peut-être ignorez-vous ce qu’est le fuseau d’une fileuse ? C’est la bobine galbée, qui couronne le rouet quand on filait la quenouille. Jadis, chaque famille avait son rouet et les femmes y travaillaient de longues heures.
Ainsi en était-il d’un brave couple d’agriculteurs du pays d’Ottrott qui cultivait son lopin de terre et n’avait qu’un seul trésor : sa fille unique. Elle était tout aussi travailleuse que ses parents et se montrait particulièrement adroite à filer la quenouille. Un jour, alors qu’elle allait tisser une nappe d’autel en l’honneur de la Vierge, nappe faite du fil de lin le plus pur, elle fit un vœu.
Le lendemain, elle fut toute surprise. Son fuseau était enveloppé de lin qu’il suffisait de filer ! Personne ne savait d’où venait ce fil si pur. Liese, puisque tel était le nom de la jeune fille, se mit à l’ouvrage. Mais, oh étonnement ! le fil de lin semblait inépuisable. La bobine terminée, elle se rechargeait automatiquement et Liese se mit même à travailler la nuit, au clair de lune. Elle s’était mis en tête de remercier l’astre de la nuit qui l’éclairait tant et, d’un ton amusé, elle lui parlait en ces termes : « Alors, vieille amie, ne suis-je pas assidue au travail ? »
Chaque soir, la même scène se jouait. Mais une nuit, alors que la belle interpellait à nouveau la lune, celle-ci, soudainement, quitta le firmament et descendit sur terre sous la forme d’un élégant jeune homme, celui que l’on aperçoit parfois sur la lune quand on fixe longtemps l’astre ! Le jouvenceau prit place sur le petit banc, devant la maison, parla d’amour, de bonheur et donna même un baiser à Liese avant de repartir dans le firmament.
Dès lors, Liese retrouva régulièrement son étrange amoureux devant la porte de sa demeure. Mais au lieu de filer la quenouille, ils échangeaient des mots d’amour et son ouvrage n’avançait plus. Elle qui avait promis la nappe pour le mois de mai -le mois de Marie- n’y pensait plus. Le jeune homme de la lune avait beau lui rappeler son vœu, lui montrer l’étonnant fuseau toujours plein, Lise rêvait ! Et quand arriva le premier jour du mois de mai, la première adoration de la Vierge, Lise mit ses beaux atours. Tout le monde pensait qu’elle irait à l’église pour y déposer sa nappe. Il n’en fut rien ! Liese se glissa hors de sa maison et s’installa au milieu du pré. Là, elle fixa le ciel et se mit à parler à son amoureux, la lune !
Le lendemain, Liese avait disparu, mais au milieu de la prairie, derrière la maison de ses parents, on pouvait voir une immense et belle fleur, aux couleurs éclatantes et ayant la forme d’une quenouille ! Personne ne connaissait cette fleur, aussi lui a-t-on donné un nom original : la quenouille de la Vierge ! Chaque année, elle refleurit et si quelqu’un se donnait la peine de bien la regarder, il verrait que par certaines nuits de pleine lune du mois de mai, de grosses larmes coulent de sa corolle. Ce sont les pleurs de la belle Liese qui attend toujours d’être délivrée de son sort !
Peut-être un jour, un jeune homme courageux trouvera-t-il la solution de l’énigme ?
Extrait de
Histoires extraordinaires et lieux mystérieux d’Alsace. de Guy Trendel
Semés comme pour un jeu de piste, certains sites alsaciens entre Vosges et Rhin réservent bien des surprises aux curieux.
Voici qu’on découvre des murailles, des roches, des grottes qui tous évoquent des histoires peuplées de fantômes, de chevaliers ou nobles dames. (…). On découvre aussi des animaux fantastiques, épouvantables, des trésors à emporter (…). Ces lieux sont tout autant des buts de promenades où, parfois on éprouve quelques frissons (…)

Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog