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L'immortelle Bien-aimée de Ludwig Van Beethoven

« Vous devez votre rang à votre naissance.
Je dois le mien à mon travail.
Il y a toujours eu et il y a encore des milliers de princes.
Mais il n'y a qu'un Beethoven. »

Beethoven s'adressant à un prince !

 

Après la mort de Beethoven le 26 mars 1827 à Vienne, on retrouve son testament dit testament de Heiligenstadt écrit en 1802 qui est un véritable témoignage de son histoire à cette époque. Mais on retrouve par la même occasion trois magnifiques lettres d’amour destinées à L’Immortelle Bien-Aimée (Brief an die unsterbliche Geliebte) écrites en 1812. Depuis la question continue de se poser, à savoir qui était cette mystérieuse amante. Bien des pistes ont été explorées mais sans véritable certitude à propos de l’identité de cette femme. Beethoven aimait et lisait énormément la poésie. Il montre sa nature passionné dans ses lettres autant que dans sa musique. Etre torturé, ombrageux, emporté, il était l’homme de tous les excès. Amoureux flamboyant mais malheureux, il n’a aimé que des femmes inaccessibles, épouses de ses mécènes. A chaque histoire il retombait dans un état dépressif dont il avait bien du mal à émerger. Sa surdité l’a entraîné au bord du suicide comme il le raconte dans son testament. Mais à chaque fois, il surmonte ses crises personnelles. Il vivait dans un perpétuel conflit intérieur. Pas étonnant donc qu’il vivait chaque histoire d’amour aussi intensément.

Il a de même écrit une chanson : A la lointaine Bien-aimée (An die ferne Geliebte). S’agissait-il de la même bien-aimée ?

 

Je suis assis sur la colline, les yeux fixés

sur le paysage bleu de brouillard,

regardant les pâturages lointains

où je t'ai trouvée, toi, ma bien-aimée.

 

Je suis parti loin de toi,

les monts et les vallées nous coupent

de notre quiétude,

de notre bonheur et de nos peines.

 

Ah! tu ne peux voir ce regard,

qui ardemment se hâte vers toi

et les soupirs se perdent

dans l'espace qui nous sépare!

 

Plus rien ne veut donc plus t'atteindre?

Plus rien ne veut donc être messager de l' amour?

Je veux chanter, chanter des chants

qui te parlent de ma peine!

 

Car au son d'une chanson

s'efface la distance et le temps

et un coeur amoureux reçoit

ce qu'un coeur amoureux lui a voué.

 

Lettre à l’Immortelle Bien-Aimée

 

Le 6 juillet au matin

Mon ange, mon tout, mon moi. Quelques mots seulement aujourd’hui, et au crayon (le tien). Ce n’est pas avant demain que je saurai définitivement où j’habiterai. Quelle misérable perte de temps pour de telles choses. Pourquoi ce profond chagrin alors que la nécessité parle? Notre amour peut-il exister autrement que par des sacrifices, par l’obligation de ne pas tout demander ? Peux-tu faire autrement que tu ne sois pas toute à moi et moi à toi? Ah! Dieu, contemple la belle nature et accepte d’un cœur paisible ce qui doit être. L’amour exige tout, et de pleins droits, ainsi en est-il de moi avec toi, de toi avec moi. Mais tu oublies si facilement que je dois vivre pour moi et pour toi : si nous étions complètement réunis, tu éprouverais aussi peu que moi cette souffrance. Mon voyage a été terrible, je ne suis arrivé qu’hier à quatre heures du matin; comme on manquait de chevaux, la poste a pris un autre itinéraire, mais quelle route épouvantable ! A l’avant-dernier relais, on m’a conseillé de ne pas voyager de nuit. On m’a parlé d’une forêt épouvantable, mais cela n’a fait que m’exciter, et j’ai eu tort, la voiture aurait dû se briser dans ce terrible chemin, simple chemin de terre défoncé. Avec d’autres postillons que ceux que j’avais, je serais resté en route. Esterhazy, par l’autre chemin, le chemin habituel, a subi le même sort, avec huit chevaux, que moi avec quatre. Pourtant, j’ai éprouvé un certain plaisir, comme toujours quand j’ai heureusement surmonté un obstacle. A présent passons vite de choses extérieures à des choses intérieures ! Nous nous reverrons sans doute bientôt ; de plus, aujourd’hui, je ne peux te faire part des considérations que j’ai faites sur ma vie pendant ces quelques jours. Si nos cœurs étaient toujours serrés l’un contre l’autre, je n’en ferais pas de semblables. Le cœur est plein de tant de choses à te dire. Ah! il y a des moments où je trouve que la parole n’est encore rien du tout. Courage ! Reste mon fidèle. mon unique trésor, mon tout, comme moi pour toi. Quant au reste, les dieux décideront de ce qui doit être et de ce qu’il adviendra de nous.

Ton fidèle Ludwig.

 

Lundi soir, 6 juillet

Tu souffres. Toi, mon être le plus cher. A l’instant j’apprends que les lettres doivent être postées très tôt le matin. Lundi, jeudi, les seuls jours où la poste part d’ici pour K.(Karlsbad). Tu souffres. Ah ! Là où je suis, tu es aussi avec moi, je parle avec moi et toi. Je ferai en sorte que je puisse vivre avec toi, quelle vie ! ! ! Ainsi ! ! ! Sans toi. Poursuivi ici et là par la bonté des hommes que je ne désire pas plus mériter que je ne la mérite, humilité de l’homme devant l’homme, elle me peine, et quand je me considère en relation avec l’univers, que suis-je et qu’est-il, lui qu’on appelle le plus Grand? Et pourtant, là encore est la divinité de l’homme. Je pleure, quand je pense que tu ne recevras vraisemblablement que samedi la première nouvelle de moi. Quel que soit ton amour pour moi, je t’aime encore plus fort, mais ne te cache jamais de moi. Bonne nuit. En bon curiste, il faut que j’aille dormir. Ah ! Dieu. si près! si loin! Notre amour n’est-il pas un véritable édifice céleste et aussi solide que la voûte du ciel ?

 

Bon matin, le 7 juillet

Encore au lit mes pensées se pressent vers toi, mon Immortelle bien-aimée, parfois joyeuses, puis de nouveau tristes. Le Destin nous exaucera-t-il ? Vivre, je ne le peux entièrement qu’avec toi ou pas du tout, j’ai même décidé d’errer au loin jusqu’au jour ou je pourrai voler dans tes bras, ou je pourrai me dire pleinement dans ma patrie auprès de toi. Puisque, tout entouré par toi, je pourrai plonger mon âme dans le royaume des esprits. Oui, hélas ! il le faut. Tu te maîtriseras d’autant mieux que tu connais ma fidélité envers toi, jamais aucune autre ne peut posséder mon cœur, jamais, jamais. O Dieu, pourquoi faut-il s’éloigner de ce qu’on aime ainsi, et pourtant ma vie à Vienne telle qu’elle est maintenant est une vie misérable. Ton amour a fait de moi à la fois le plus heureux et le plus malheureux des hommes. A mon âge j’aurais besoin d’une existence en quelque sorte uniforme, égale. Peut-il en être ainsi étant donné nos relations ? Mon ange, je viens d’apprendre que la poste part tous les jours, et il faut donc que je m’arrête afin que tu reçoives cette lettre tout de suite. Sois calme, ce n’est que par une contemplation détendue de notre existence que nous pouvons atteindre notre but, qui est de vivre ensemble. Sois calme. Aime-moi. Aujourd’hui, hier, quelle aspiration baignée de larmes vers toi, toi, toi, ma vie, mon tout! Adieu. Oh ! Continue à m’aimer. Ne méconnais jamais le cœur très fidèle de ton aimé L.

 

Éternellement à toi,

éternellement à moi.

éternellement à nous.

 

 

Mon amour pour Beethoven

J’aime l’homme, j’aime son œuvre, viscéralement, profondément, intensément. Il est sans conteste mon compositeur préféré. Sa musique me parle, me ressemble aussi bien dans ses ténèbres que dans sa sonorité douce parfois. La musique de Beethoven est à l'image du personnage : intense, passionnée, sensuelle, audacieuse.

Un homme hors pair, fougueux qui vivait à l'excès, jusqu'à sa mort d'une pneumonie le 26 mars 1827. À la fin de l'après-midi, cet après-midi là,  Ludwig, malade, est au plus mal. À l'extérieur, un orage se prépare, le ciel s'assombrit de plus en plus. Soudain, un éclair illumine sa chambre et un énorme coup de tonnerre claque violemment. Beethoven ouvre les yeux, lève le bras et rend l'âme. C'est ainsi que s'éteignit le grand Beethoven laissant à la postérité sa merveilleuse musique.

 

Pour le plaisir de partager, voici le second mouvement – Allegretto de la 7ème symphonie

 

http://www.youtube.com/watch?v=haseluAw20M

 

 

Le concerto pour violon et orchestre en D majeur avec Isaac Stern et le grand orchestre de France, sous la direction de Claudio Abbado

http://www.youtube.com/watch?v=7ywVLKJ8DJU

 

 

« La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie. »

Ludwig van Beethoven, Lettre à Bettina

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