Par Pestoune

La logique du pourrissement
C’est le fruit mur tombé foutu
parce que l’Homme n’avait pas prévu
voulu ou pu connu ou su
parce que l’Homme a trop attendu
ou peut être tout simplement parce qu’il l’a
parfaitement voulu et eu
si tant est que c’est l’homme qui veut.
La logique du pourrissement
C’est la blessure qui s’infecte
et le microbe qui se délecte
quand se rengorge la gangrène.
C’est la fissure qui rigole
et la rigole qui s’fend la gueule.
C’est la chaussure qui prend l’eau
la peinture qui s’écaille
la moisissure prend ses aises.
C’est la chemise qui s’fait la malle
la redingote qui est en crise
d’avoir été beaucoup portée
souillée lavée et retournée.
Et la couture n’en peut plus.
La crise abuse de la reprise.
Un petit point de croix à droite
un petit point de chaîne à gauche
un petit point arrière devant
un petit point de vent derrière.
La logique du pourrissement
C’est la centrale qui pisse la mort
et la rivière a mal au foie.
C’est l’écrevisse qui rend l’âme
et l’arbre à pain qui a le blues.
C’est l’eau de coco en berlingot
c’est pour bientôt je vous le dis.
C’est la corde de la mère igname
qui étrangle la mère igname même.
C’est une cité qui s’emmure
dans une névrose de béton.
Les oiseaux glissent à la dérive.
Les P.V. jouent les feuilles mortes.
Les flics engraissent leur papillons.
La ville a mal aux entournures.
La logique du pourrissement
C’est quand s’encombre le sinus
et qu’ la conserve a ras-le-bol
la boîte gonfle et puis se mouche
et les décombres
ont des dégaines d’apocalypse
tel un grand rire au bord d’un gouffre
un Matouba* d’éclats de gorge.
Et comme un goëland blessé
le rire s’élance en vol plané
et cherche une gueule de volcan
pour assouvir sa démesure.
La logique du pourrissement
C’est un destin qui se marchande.
Une terre du sud qui perd son or.
Un chant d’amour qu’on hypothèque.
L’espoir trimbale un goût de poisse.
Et la psy se fait son beurre
quand les neurones se font d’la bile.
On vend d’la foi à tour de bras
et les gourous ont le bras long.
On paie des gangs pour tuer la peur
dans les agences du Nirvana.
Le père Noël s’internétise
et la culture se génétise.
Les jeunes chevauchent dans leurs
ghettos les paradis de la défonce.
Le diable solde ses miroirs.
Le roi du Carnaval refuse de mourir
et la folie pétrit ses jours
en sifflotant un air de cendres.
C’est dans le swing de cette logique
qu’un soir de mercredi des Cendres
Sans roi de Carnaval
un chien sans poil travaillant du chapeau
au milieu d’un macadam crade
près d’un amas de débris d’âmes
et de dépouilles de sacs à main volés
me confia qu’il avait conçu
entre deux ulcères d’estomac
Une prodigieuse dialectique
pour consacrer le pourrissement
supra logique du pourrissement
métaphysique du pourrissement
et poétique du pourrissement.
Celle d’une fleur inconnue ou presque
sidéralement transparente
éclose
Dans le fumier de l’absurde.
Joby Bernabé
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