Par Pestoune
Alia, fille de Eddy conteur, boxeur et chauffeur de diplomate, a 5 ans à peine lorsqu’elle quitte son Congo natal pour la Belgique. Elle porte le prénom féminisé du héros de son père, le grand boxeur Mohammed Ali. Vient au monde peu après un petit frère Joe, en l’hommage de Joe Frazier. Gravitent autour d’elle, Fourmi sa mère, un peu paresseuse qui passe son temps devant les séries télévisées et a exigé d’être servie, et Mama Issa, la sœur de son père, la référente, celle qui a les épaules larges et les pieds sur terre, aide-soignante à l’hôpital. Alia va apprendre très rapidement que la couleur de sa peau la catalogue et l’exclue souvent. Elle va apprendre aussi que la féminité peut être un poids. Elle va devoir aussi apprendre à vivre dans un pays si différent de son pays natal, avec des coutumes différentes. Son père n’y est jamais arrivé, il y a perdu son talent de conteur. Sa mère vit dans des rêves de richesse, de vie facile, au point d’y perdre sa propre identité.
Alia va apprendre qu’elle doit se battre, que la vie est un gigantesque ring. Et c’est dans la boxe qu’elle va trouver la force d’affronter un quotidien dur et parfois même glaçant. C’est dans la boxe aussi qu’elle expurge la colère qui la rende furieuse, elle devient à ce moment-là, la furie que rien ni personne ne peut contrôler
Lorsque jeune femme elle entre dans la police, il lui faudra encore se battre contre la misogynie, le racisme et elle devra apprendre à dompter la furie. Et peu à peu Alia va se perdre, perdre son humanité dans une violence implacable qui l’emmène sur un chemin de perdition
Un roman puissant qui parle de déracinement, de racisme, du rôle et du sort des femmes, de la famille éclatée, de la lutte pour survivre mais aussi de la violence des cités, dans les grandes villes, de la délinquance. Un roman étrange, bouleversant qui laisse un goût amer devant le gâchis de tant de vies. Mais qui nous incite aussi à nous poser des questions : Pourquoi l’homme ne peut-il accepter l’autre pour ce qu’il est ? Pourquoi a-t-il tant besoin de dominer, de montrer sa force, d’écraser les autres ?
J’ai aimé beaucoup cette histoire, elle me touche, me bouleverse profondément. La vie d’Alia, c’est la vie de millions de déracinés partout dans le monde. Combien de laissés pour compte sont restés en rade sur la route ?
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