Par Pestoune
Alors je ferai ce qu'il faut pour exister. J'arpenterai le monde, apprendrai ses reliefs et ses profondeurs. Je veux tout connaître de lui. Le dévorer d'une insatiable faim. Et l'aimer pour ce qu'il est. Pour ce qu'il n'est pas. Pour ce qu'il devrait être. Et retrouver dans les montagnes les courbures d'une hanche. Et dans l'océan l'abîme d'une larme. Et dans l'horizon l'infini d'un sourire.
J'apprendrai les règles de l'univers. Je les contournerai sans cesse. Je déploierai la plus terrible des forces à lui désobéir. Je le forcerai à concéder. A faire naître des étoiles nouvelles. Et comme le prisme fait naître de la lumière blanche les couleurs primaires, mon coeur fera surgir du silence le bruit. Le cri terrible et indomptable de l'homme.
Que mon âme brûle. Qu'elle se consume à des brasiers imaginaires. Je résisterai à la résignation. Je frapperai de mes mains la terre qui m'a vu naître comme elle frappe dans ma poitrine. Plus la fatigue me prendra, plus je frapperai vite et fort. Je graverai dans le sable l'infime part de mon existence. Je bâtirai mon château de carte dans la tempête.
Et puisqu'on m'interdit de fixer le soleil, alors je mémoriserai par coeur les ombres qu'il dessine. J'apprivoiserai le ciel et dompterai les astres. Je tendrai un hamac entre le jour et la nuit. Et selon que je me couche, il ne fera pour moi jamais sombre ou jamais clair. Je serai enfant du lever et enfant du coucher.
J'aimerai ceux qui tombent. J'oublierai ceux qui sont tombés. Comme l'enfant piétine l'automne en courant après les feuilles mortes. Je veux être aveuglé par l'espoir du miracle. Croire que jamais la feuille ne cessera de danser. Espérer que cela me sauve. J'ai tant besoin d'être sauvé.
Félix Radu
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