Par Pestoune
Heinrich Uffen a 108 ans, il est le doyen des Allemands. S’il a été bibliothécaire pendant la plus grande partie de sa vie professionnelle, il a aussi été cuisinier. Mais pas n’importe quel cuisinier, il était le cuisinier personnel de Hitler. Et pourtant il était un homme simple, ordinaire, qui n’a jamais fait de politique, qui n’avait aucune ambition et qui a fini par se retrouver dans le Saint des Saints, de façon imprévue alors que comme beaucoup de ses concitoyens, il se contentait de survivre et de dire amen de façon apathique.
A son âge, la santé se délite et les fantômes du passé apparaissent. C’est à travers eux que nous découvrons l’histoire du côté allemand, particulièrement dans la sphère privée du Führer, de cette sombre période qu’était la seconde guerre mondiale et la période qui la précédait. C’est une forme de confession, celle d’un homme à la fin de sa vie qui se trouve confronté à son histoire, ses choix mais aussi à la grande histoire, avec ses regrets, ses remises en question, ses interrogations, ses hésitations….
1932, 5 000 000 de chômeurs, un peuple humilié, affamé, désespéré et une partie de la population se scinde en deux. D’un côté les communistes, de l’autre les nazis, l'extrême gauche contre l'extrême droite. Les heurts, les combats entre les groupuscules se font de plus en plus fréquents, de plus en plus sanglants. Hitler devient l’espoir d’un peuple lassé par la sempiternelle guerre droite-gauche, qui ne souhaite qu’une chose : retrouver une vie digne. La population donne le pouvoir à Hitler tout en sachant que les nazis étaient loin de la tolérance et étaient coutumiers d’abus de toutes sortes. Cela devrait éveiller un écho en nous, n'est-ce pas ?
N'oublions jamais que c’est la population désespérée qui met ses dictateurs au pouvoir. C’est par elle que la barbarie s’installe dans un pays.
La question qui se pose aussi en lisant ce roman c’est : pourquoi des hommes ordinaires deviennent soudain des monstres cruels ? Qu’est-ce qui les fait basculer dans l’inhumanité ?
On découvre aussi que même le plus cruel des hommes, le pire salop peut aussi être un être charmant et sympathique pour son entourage. Une dualité difficile à comprendre et à accepter.
Bref, vous l’aurez compris, j’ai aimé cette histoire. Heinrich Uffen est un personnage fictif mais il a sans doute existé sous une identité ou une autre parmi les gens qui ont côtoyé Hitler.
Un roman magnifiquement écrit, de façon fluide, une recherche historique importante et un sujet parfaitement maîtrisé.
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