En avance de plusieurs siècles sur son temps, Artemisia Gentileschi a été l'une des premières et des seules femmes artistes à connaître le succès au XVIIe siècle. Dans la lignée du Caravage, ses peintures baroques comptent parmi les plus dramatiques et les plus dynamiques de sa génération. Elle s'est fait connaître pour son réalisme, son utilisation accomplie du clair-obscur et pour avoir placé les femmes et leur histoire au centre de toutes ses images. Les œuvres qu'elle a conservées présentent une perspective personnelle unique sur les normes culturelles et sociales de l'époque, normes qu'elle a souvent intentionnellement inversées, utilisant sa position d'artiste pour commenter la nature dominée par les hommes de la société et pour mettre l'accent sur l'action des femmes.
Née en 1593, Artemisia grandit à Rome . Elle perd sa mère très jeune, Artemisia Gentileschi découvre la peinture dans l'atelier de son père, Horacio Gentileschi, peintre et proche de Caravage. Personne ne veut former une fille, c'est donc auprès de son père qu'elle apprend tout de la peinture.
Elle reprend de son père la rigueur du dessin en lui ajoutant une accentuation dramatique héritée de l'œuvre du Caravage et chargée d'effets théâtraux, ce qui contribua à la diffusion du caravagisme à Naples, ville dans laquelle elle s'installe en 1630. Elle devient une peintre de cour à succès, sous le patronage des Médicis et du roi d'Angleterre Charles Ier.
En 1611 elle subit, à 17 ans, un viol par un peintre et ami de son père, Agostino Tassi. "Horatio fait un procès à Tassi qui va être terrible pour Artemisia parce que d'un seul coup ça met sur la place publique sa honte, ça met sur la place publique ce drame et puis elle est torturée, c'est-à-dire qu'on lui broie les doigts pour la faire parler, pour être sûr qu'elle dit la vérité." Détruite socialement, Artemisia va alors se marier avec un peintre, plutôt mauvais, et ira s'installer à Florence pour déployer ses ailes.
Les actes du procès, dont les documents et témoignages ont été intégralement conservés, frappent par la crudité de la relation des faits énoncés par Artemisia Gentileschi et par le caractère inquisitorial des méthodes du tribunal. Leur lecture à la lumière des thèses féministes de la seconde moitié du XXe siècle a eu une grande influence sur l'analyse de la personnalité d'Artemisia Gentileschi soit une jeune femme de caractère très déterminé.
De nombreuses peintures ultérieures d'Artemisia Gentileschi représentent des scènes de femmes attaquées par des hommes ou en position de pouvoir cherchant à se venger.
Un mois après la fin du procès, Orazio prend des dispositions pour qu'Artemisia épouse l'artiste Pierantonio Stiattesi. Le couple s'installe à Florence, la ville natale de Stiattesi. C'est là qu'elle reçut l'une de ses premières grandes commandes, une fresque pour la Casa Buonarotti, la maison de Michel-Ange, qui était en train d'être transformée en monument et en musée du peintre par son petit-neveu.
Avec son mari, elle eut cinq enfants et s'est établie en tant qu'artiste indépendante, devenant l'une des premières femmes membres de l'Académie des arts du dessin en 1616. Artemisia retourne à Rome en 1620, assaillie par les créanciers après avoir accumulé des dettes, et y reste pendant dix ans (à l'exception d'un voyage à Venise en 1628).
Artemisia travaille ensuite à Naples et à Venise avant de quitter l'Italie pour Londres en 1638, probablement pour aider son père âgé à achever les peintures du plafond de la Queen's House à Greenwich (aujourd'hui Marlborough House).
Artemisia travaille ensuite à Naples et à Venise avant de quitter l'Italie pour Londres en 1638, probablement pour aider son père âgé à achever les peintures du plafond de la Queen's House à Greenwich (aujourd'hui Marlborough House).
Un an après l'arrivée d'Artemisia à Londres, son père meurt. Elle continua à travailler à la cour d'Angleterre jusqu'en 1640, date à laquelle elle retourna à Naples où elle resta jusqu'à la fin de sa vie.
En 1642, dès les premiers signes de la guerre civile, Artemisia Gentileschi a déjà quitté l'Angleterre. On ne connaît rien ou presque de ses déplacements suivants. De fait, en 1649, nous la trouvons de nouveau à Naples, d'où elle correspond avec le collectionneur Don Antonio Ruffo de Sicile qui est son mentor et un bon commanditaire dans cette seconde période napolitaine. La dernière lettre à son mécène, que nous connaissons, date de 1650, et témoigne de la pleine activité de l'artiste.
Jusqu'en 2005, on croyait qu'Artemisia Gentileschi était décédée entre 1652 et 1653, mais des preuves récentes montrent qu'elle acceptait toujours les commandes en 1654, bien qu'elle fût alors très dépendante de l'aide de son assistant Onofrio Palumbo. On suppose aujourd'hui qu'elle est morte dans la peste dévastatrice qui a frappé Naples en 1656, anéantissant toute une génération de grands artistes.
On attribue à cette deuxième période napolitaine une Suzanne et les Vieillards, aujourd'hui à Brno et une Madone au rosaire, conservée à l'Escurial.
Sources :
Gentileschi Paintings, bio, the Art Story
Artemisia Gentileschi : peintre féministe, héroïne de la peinture (podcast)