Pour ceux qui préfèrent lire le texte plutôt que de l'écouter :
Dans la nuit de Gethsémani, il veille
il veille au milieu des endormis
au destin scellé du ciel et de la terre.
Eternellement lié au père, il veille,
il veille au milieu de la nuit.
A la promesse déjà tenue
depuis le commencement jusqu'à la fin
des temps, il veille.
il veillera toujours.
Dans la nuit de Gethsémani
au milieu des endormis,
trois fois renié, il veille,
il veille encore quand le coq chante
au matin du Calvaire sous l'oeil du père,
il veille, il ne peut que veiller.
Veiller comme une mère penchée
sur les paupières closes d'un innocent endormi
dans la nuit de Gethsémani.
Il veille.
Il veille à jamais
et sur la croix et sous le baiser de la
mort vaincu, il veille.
Il veille encore sur toutes les nuits
depuis le commencement jusqu'à la fin des temps,
il veille, au nom du père il veille,
au nom de l'esprit il veille,
éternellement éveillé
éternellement au milieu des endormis,
dans la nuit de Gethsémani
à la face du monde à la face du ciel
à la face des hommes, à la face du père, à la face de l'esprit, à la face du Credo,
à la face de son cœur, à la face de son corps,
à la face de son sang
monta un grand cri depuis la croix.
Un cri qui résonne encore,
un cri arraché à ses entrailles,
un cri humain,
profondément humain,
mystérieusement humain.
Ce cri, le cri d'une douleur,
une douleur humaine,
profondément humaine,
mystérieusement humaine.
Cette douleur, le cri d'un doute,
l'insupportable doute, depuis le
commencement jusqu'à la fin des temps,
le doute du Fils de l'homme,
le doute humain,
profondément humain,
mystérieusement humain,
ce doute,
un doute qu'il ignorait jusqu'alors,
un doute dont il aurait eu honte au soir
des noces, à la table des noces.
Un doute commun,
terriblement commun,
infiniment partagé,
infiniment vécu,
infiniment répété.
[Musique]
Et puis le commencement jusqu'à la fin des temps,
ce doute des frontières au bord de
l'abîme, au bord de la mort, au bord du grand
mystère,
le cri d'effroi avant l'ultime. Pas le
pas décisif, le pas du sacrifice, le pas
de toutes les prophéties,
depuis la croix monta un grand cri,
un cri qui résonne encore,
un cri arraché à ses entrailles,
un cri de supplicié, son cœur supplicié,
son cœur débordé d'amour, son Saint Cœur,
dans un cri humain,
un cri commun, un cri partagé,
un cri qui secoue encore l'humanité,
depuis le commencement jusqu'à la fin
des temps.
"Mon dieu
pourquoi m'as-tu abandonné"
A ce cri se mêla le souffle du Père.
A ce cri tout fut accompli.
A ce cri l'humanité pardonnée,
délivrée de son cri ,délivrée de sa
douleur, délivrée de son doute,
l'insupportable doute, le doute du Fils
de l'homme, le doute humain,
il remit alors entre les mains de son
père l'esprit,
son esprit,
et emporta avec lui le péché du monde.
Depuis le commencement jusqu'à la fin des temps
[Musique]
A la face du monde, à la face du ciel,
à la face des hommes, à la face du père,
à la face de l'esprit, à la face du Credo,
à la face de son cœur, à la face de son
corps, à la face de son sang
monta depuis la croix le grand cri,
le cri éternel,
le grand cri de son amour.
Le sépulcre est vide depuis plus de 2000 ans.
Le sépulcre, le Saint Sépulcre vide de son plein,
vide de lui,
lui le plein,
lui le tout ,le vide au sépulcre,
le vide sauvé, le vide humain, le vide,
nous,
le sépulcre du genre humain,
le corps humain,
son corps humain, son corps condamné, son
corps crucifié.
Où est le corps, son corps,
notre corps, tous les corps.
[Musique]
Depuis plus de 2000 ans, à l'intérieur du
sépulcre,
notre attente confuse à
en oublier le corps, son corps, son corps
disparu, son corps mort, son corps revenu des morts.
Il y a plus de 2000 ans
nuit de nos corps, de tous les corps,
hagard, perdu face au linceul, son linceul,
notre linceul où repose le corps,
son corps, notre corps, tous les corps,
dans l'obscurité d'un sépulcre,
le Saint Sépulcre,
vide,
vide de lui,
vide de son plein,
sans même comprendre,
sans même chercher,
sans même voir le corps, son corps,
son corps ressuscité, son corps de gloire
sauvé de son sépulcre derrière la pierre,
hors du sépulcre, le Saint Sépulcre,
qui abrita le corps, son corps, notre corps
tous les corps,
trois jours,
trois nuits après sa passion.
Il y a plus de 2000 ans.
Un rayon pourtant, une lumière,
sa lumière,
entre les pierres du sépulcre,
éternelle lumière sur nos visages jaunis,
éternel amour pour nos âmes sèches.
Etoile brillante du matin,
corps vivant, son corps, notre corps,
tous les corps, à l'aube du troisième jour,
notre jour,
jour glorieux, jour sauvé,
jour nouveau,
éternelle journée pour tous les corps,
toutes les âmes restées dans la nuit du
Saint Sépulcre
[Musique]
Madeleine, ce matin-là, chercha le corps
disparu et ne trouva qu'un humble
jardinier.
Elle ne se doutait pas que c'était lui.
Elle ne pouvait pas même imaginer qu'il
put être autre chose qu'un corps,
qu'un mort, un corps mort.
Elle ne cherchait que le corps,
ne désirait que retrouver le corps, son corps.
Et elle ne trouva, à travers ses larmes
qu'un humble jardinier, le jardinier, le
jardinier patient, le jardinier des 1000
roses.
Madeleine cherchait un corps mort et ne
vit pas le jardin du jardinier.
Le jardin aux nuées violines, le jardin des
rayons de miel,
le jardin
où rit la musique et l'eau.
Madeleine cherchait un corps mort et ne
reconnut pas le jardinier.
Le jardinier aux mille mains poète,
le jardinier au souffle d'Aquilon et
d'autan,
le jardinier qui fait toute chose
nouvelle,
éternellement nouvelle, éternellement
printemps.
Elle implora le jardinier de lui rendre
le corps, son corps, son corps mort ,la vie
de misère.
Elle ne voyait que de ses yeux de
douleur.
Et le jardin et le jardinier lui restait
inconnu.
Alors le jardinier d'amour pencha sa
voix vers l'humble servante du jardin :
Marie
Le ciel s'ouvrit et Madeleine enfin
compris.
Elle tomba à genoux devant son jardinier
d'amour et voulut l'embrasser
mais il la retint dans son élan car il
savait que si elle le touchait, elle en
aurait été brûlée vive
[Musique]
Ne me touche pas , Marie, ne me retiens
pas. Que ton cœur soit en paix car je ne
suis pas encore retourné vers mon père
Le jardinier d'amour a ouvert le jardin,
le jardin du Père,
le jardin éternel,
le jardin des 1000 roses,
un jardin pour tous,
un jardin gardé par tous,
un jardin qui nous appelle, nous aussi,
nous tous,
à en être les humbles jardiniers.