• La chaire de Mondon

     

    Ravachol était un paysan de Mondon, un village perché sur les Côtes d’Arvers. Il possédait un bouc qui ne sortait pas de l’étable et dont il louait les services aux gens qui possédaient des chèvres. Attaché à la crèche, l’animal rêvait sans doute de liberté dans les haies ou d’escalades dans les roches du Mont ou sur les toits accessibles des maisons basses, au sommet des cheminées comme le font souvent les chèvres et les cabris pour se distraire.

    Un jour d’avril, alors qu’il était condamné au fourrage sec, à l’obscurité, la brise printanière lui apportant les parfums de la campagne en fête, le bouc, excité par la saison des amours, se mit à tourner la tête autour de la vieille corde qui lui servait de lien ; si bien que celle-ci se rompit et que l’animal, n’ayant plus que son licou de cuir, franchit la porte pour assouvir son besoin de liberté. Le village étant fortement en pente, il se dirigea instinctivement vers le haut. Arrivé devant l’église, il grimpa par plaisir les vingt marches qui conduisent au porche. La nef étant ouverte, il entra, sauta sur les bancs, puis, faisant le tour de l’édifice, il se trouva devant l’escalier de la chaire qu’il gravit par curiosité, poussa la petite porte entrouverte et se mit à tourner dans l’étroite tribune tout en la fermant involontairement, et se trouva prisonnier. Se dressant sur ses pattes de derrière, il ne put se percher sur les bords trop étroits, puis se mit à tourner, à tourner, cherchant vainement l’endroit par lequel il était entré.

    Au même instant, comme il était midi, le père Bati vint, comme chaque jour, sonner l’Angélus. Arrivé dans le porche, il entendit un bruit insolite à l’intérieur de l’église et, pensant que des gamins étaient en train de faire quelque sottise, il entra dans la nef. C’est alors qu’à cet instant, le bouc s’étant dressé, Bati aperçut sur le bord de la chaire une tête noire avec une barbe et des cornes, et crut qu’il s’agissait du diable causant quelque profanation. Son sang ne fit qu’un tour, il courut immédiatement au presbytère alerter le curé de Mondon.

    Celui-ci venait de se mettre à table, sa mère venant de « tremper » une bonne soupe au lard.

    « Monsieur le Curé, hurla le père Bati, le Diable est dans l’église, je l’ai vu dans la chaire.

    - Ah bon ! Répondit simplement le prêtre, comment est-il ?

    - Il n’est pas beau, mais il vous faudrait vite faire quelque chose !

    - Bien sûr, j’irai voir quand j’aurai mangé.

    - Ben nom de gui ! Ça alors, vous ne me croyez pas ! Hé bien si ça ne vous intéresse pas, si nous ne voulez pas bouger, je ne sonnerai plus jamais l’Angélus !

    - Du calme, du calme, j’irai voir tout à l’heure... »

    Et Bati, furieux, rentra chez lui en jurant les cent mille milliards de cent mille vains noms…

    Pendant ce temps, Ravachol revenant de labourer un champ avec ses deux vaches, enleva leur joug, les rentra à l’étable et s’aperçut de l’escapade de son bouc. Il se rendit immédiatement au cimetière qui entoure l’église, pensant que ce pouvait être le premier pâturage trouvé par l’animal. Entendant du bruit à l’intérieur de l’édifice, il découvrit son Biqua tournant dans la chaire comme un fou.  L’homme saisit l’animal par le licou en cuir, et sortit par la porte latérale sans être vu, puis regagna son étable sans rien dire à personne…

    Lorsque le curé de Mondon eut terminé son repas, il se rendit à l’église en pensant à ce pauvre Bati qui buvait parfois un peu trop. A l’intérieur, tout était calme. La lumière du soleil animait la couleur des vitraux. S’ajoutant à la sérénité du lieu, elle auréolait Saint Nicolas, Saint Benoît, Sainte Jeanne d’Arc. Le prêtre monta dans la chaire, et fut surpris d’y voir des crottes de bique. Il se rendit à la sacristie, prit un balai, une pelle à feu, et nettoya l’endroit en se posant des questions sans éclaircir totalement le mystère.

    De son côté, le père Bati, têtu comme un mulet, racontait ce qu’il avait vu à qui voulait l’entendre, et ne se gênait pas pour flétrir l’indifférence du curé. L’histoire revint aux oreilles de Ravachol, qui en connaissait l’explication mieux que personne. Quelque temps plus tard, il la racontait au cours des veillées quand on lui payait une petite goutte. Il disait que c’est depuis cette aventure que l’effigie de Saint Pierre, sculptée sur le parvis de la chaire, sourit sereinement. Les conteurs d’aujourd’hui disent que c’est grâce à cette histoire que la très belle chaire, qui n’est plus utilisée, n’a pas été démontée et vendue aux antiquaires comme tant d’autres.

     

    Emile Raguin extrait de La légende oubliée. Contes et légendes de Franche-Comté.

     

    La chaire de Mondon

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  • Femmes SDF – Vivre dans la rue

     

    En France, 40% des sans-abri sont des femmes soit 2 SDF sur 5. 7000 d’entre elles vivent à Paris. Elles sont de plus en plus nombreuses et pourtant personne ne les remarque.

    Être femme les rend plus vulnérables. Face aux agressions dont elles sont victimes, elles se cachent, se rendent le plus invisible possible. Elles se cachent où elles peuvent, squats, cages d’escalier, parking… Leur situation est précaire et dangereuse.

    Divorce, rupture, accident de la vie chacun a son histoire qui l’a mené dans la précarité.

    Pour beaucoup d’entre elles, pas d’aides, elles ne vivent que de la manche. Le système D permet de survivre. Et parfois l’aide de la drogue, de l’alcool, le tabac ou des médicaments, toutes ces dépendances pour un aléatoire et provisoire oubli.

    A force d’errer dans la rue sans but, dormir peu et mal, elles perdent la notion du temps.

    Pour un minimum d’hygiène, les bains municipaux. Pour des habits, les puces à Paris ou les associations.

    Reste aussi la peur de ne pas se faire dérober le peu qu’elles ont. Le moindre lieu d’accueil de jour permet de se reposer un moment au chaud sans avoir peur de se faire voler. Mais les lieux d’accueil pour les femmes de jour comme de nuit manquent cruellement.

    Puisse ce reportage vous faire regarder ces personnes d’un œil plus bienveillant.

     

    https://www.youtube.com/watch?v=P8plIqJf1Fc

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  • A Joy story : Joy and Heron

    Un petit chien accompagne son maître à la pêche sur une barque. Alors que celui-ci est occupé à surveiller sa ligne, un héron se pose et vole quelques appâts. Joy aboie furieusement et chasse l'intrus jusqu'à ce qu'il comprenne que rien n'est aussi simple qu'il n'y parait.

    Une mignonne petite animation avec une belle leçon de vie à la clé.

     

    https://www.youtube.com/watch?v=ZQGuVKHtrxc

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  • Chant de sa Dame à l’Amant vieillissant d'après John Wilmot

     

    Toi l’homme vieillissant qui partages mon lit

    Sache longtemps encor conserver ton allant

    Pour le plus grand dépit de ce fringant galant

    Qui soupire après moi, de nos amours se rit.

     

    Sur tes lèvres étirées tels deux sillons stériles

    Je poserai ma bouche pour des baisers brûlants

    Ravivant de leur feu ton long désir fervent

    Ta fougue et ta passion, ton entrain juvénile.

     

    Toi l’homme vieillissant mais si cher à mon coeur

    Jamais ne quitterai malgré le cours des âges

    Mais chaque jour nouveau t’aimerai davantage

    Conjuguant à l’envi nos rires et nos ardeurs.

     

    Sous mes doigts caressants tes sens ranimerai

    Pour leur rendre à l’instant leur vigueur chaleureuse

    Et nous unir tous deux dans l’extase amoureuse

    Comme au temps enchanté de ton luth inspiré.

     

    Pour donner mil plaisirs à l’amant de mes nuits

    Vénus me prêtera son art et son talent

    Et tu distilleras la sève du printemps

    Toi l’homme vieillissant qui partages mon lit.

     

            D’après John Wilmot « A song of a young lady to her ancient lover »

     

            Henry Tournier (extrait de Glane de blés d’or)

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  • Springtime

     

    Un petit air de printemps pour sortir de la dépression hivernale. Régalez-vous, c’est pour bientôt.

     

    https://vimeo.com/12316701

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