• Le violon brisé

    Aux soupirs de l'archet béni,
    Il s'est brisé, plein de tristesse,
    Le soir que vous jouiez, comtesse,
    Un thème de Paganini.

    Comme tout choit avec prestesse !
    J'avais un amour infini,
    Ce soir que vous jouiez, comtesse,
    Un thème de Paganini.

    L'instrument dort sous l'étroitesse
    De son étui de bois verni,
    Depuis le soir où, blonde hôtesse,
    Vous jouâtes Paganini.

    Mon coeur repose avec tristesse
    Au trou de notre amour fini.
    Il s'est brisé le soir, comtesse,
    Que vous jouiez Paganini.

     

    Emile NELLIGAN (1879-1941)

    http://www.dailymotion.com/video/x1xv5v_le-violon-juif_music

     

     

     

     

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  • Edgar Moskopp 10


    Edgar-Moskopp-

     

    Chanson en Si

     

    Si j'étais noble Faucon,
    Tournoîrais sur ton balcon...
    - Taureau : foncerais ta porte...
    - Vampire : te boirais morte...
    Te boirais !

    - Geôlier : lèverais l'écrou...
    - Rat : ferais un petit trou...
    Si j'étais brise alizée,
    Te mouillerais de rosée...
    Roserais !

    Si j'étais gros Confesseur,
    Te fouaillerais, ô Ma Soeur !
    Pour seconde pénitence,
    Te dirais ce que je pense...
    Te dirais...

    Si j'étais un maigre Apôtre,
    Dirais : " Donnez-vous l'un l'autre,
    Pour votre faim apaiser :
    Le pain-d'amour : Un baiser. "
    Si j'étais !...

    Si j'étais Frère-quêteur,
    Quêterais ton petit coeur
    Pour Dieu le Fils et le Père,
    L'Eglise leur Sainte Mère...
    Quêterais !

    Si j'étais Madone riche,
    Jetterais bien, de ma niche,
    Un regard, un sou béni
    Pour le cantique fini...
    Jetterais!

    Si j'étais un vieux bedeau,
    Mettrais un cierge au rideau...
    D'un goupillon d'eau bénite,
    L'éteindrais, la vespre dite,
    L'éteindrais !

    Si j'étais roide pendu,
    Au ciel serais tout rendu :
    Grimperais après ma corde,
    Ancre de miséricorde,
    Grimperais !

    Si j'étais femme... Eh, la Belle,
    Te ferais ma Colombelle...
    A la porte les galants
    Pourraient se percer des flancs...
    Te ferais...

    Enfant, si j'étais la duègne
    Rossinante qui te peigne,
    Senora, si j'étais Toi...
    J'ouvrirais au pauvre Moi,
    - Ouvrirais !

     

    Tristan CORBIERE (1845-1875)

     

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  •  

    Le pardon

    Pour peu que votre image en mon âme renaisse,
    Je sens bien que c'est vous que j'aime encor le mieux.
    Vous avez désolé l'aube de ma jeunesse,
    Je veux pourtant mourir sans oublier vos yeux,

    Ni votre voix surtout, sonore et caressante,
    Qui pénétrait mon coeur entre toutes les voix,
    Et longtemps ma poitrine en restait frémissante
    Comme un luth solitaire encore ému des doigts.

    Ah ! j'en connais beaucoup dont les lèvres sont belles,
    Dont le front est parfait, dont le langage est doux.
    Mes amis vous diront que j'ai chanté pour elles,
    Ma mère vous dira que j'ai pleuré pour vous.

    J'ai pleuré, mais déjà mes larmes sont plus rares ;
    Je sanglotais alors, je soupire aujourd'hui ;
    Puis bientôt viendra l'âge où les yeux sont avares,
    Et ma tristesse un jour ne sera plus qu'ennui.

    Oui, pour avoir brisé la fleur de ma jeunesse,
    J'ai peur de vous haïr quand je deviendrai vieux.
    Que toujours votre image en mon âme renaisse !
    Que je pardonne à l'âme au souvenir des yeux !

     

    René-François SULLY PRUDHHOMME

    (1839 - 1907)


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  • Les chats - Charles Baudelaire

     

    Les chats

     

    Les amoureux fervents et les savants austères
    Aiment également, dans leur mûre saison,
    Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
    Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

    Amis de la science et de la volupté
    Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ;
    L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
    S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

    Ils prennent en songeant les nobles attitudes
    Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
    Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ;

    Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
    Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
    Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

     

     

    Charles BAUDELAIRE  

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  •   
        

    Il meurt lentement
    celui qui ne voyage pas,
    celui qui ne lit pas,
    celui qui n’écoute pas de musique,
    celui qui ne sait pas trouver
    grâce à ses yeux.

    Il meurt lentement
    celui qui détruit son amour-propre,
    celui qui ne se laisse jamais aider.

    Il meurt lentement
    celui qui devient esclave de l'habitude
    refaisant tous les jours les mêmes chemins,
    celui qui ne change jamais de repère,
    Ne se risque jamais à changer la couleur
    de ses vêtements
    Ou qui ne parle jamais à un inconnu

    Il meurt lentement
    celui qui évite la passion
    et son tourbillon d'émotions
    celles qui redonnent la lumière dans les yeux
    et réparent les coeurs blessés

    Il meurt lentement
    celui qui ne change pas de cap
    lorsqu'il est malheureux
    au travail ou en amour,
    celui qui ne prend pas de risques
    pour réaliser ses rêves,
    celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
    n'a fui les conseils sensés.

    Vis maintenant !

    Risque-toi aujourd'hui !

    Agis tout de suite!

    Ne te laisse pas mourir lentement !


    Ne te prive pas d'être heureux !
     

     

     

    Martha Medeiros
     
     

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