• Pépée et Léo

    Pépée et Léo

    Pépée et Léo

    C’est une histoire d’amour qui durera en tout et pour tout sept petites années.

    Sept ans de bonheur sans failles qui commencent un beau matin de 1961. A l’Alhambra, cabaret de music-hall parisien, un brave homme passe en première partie de Léo Ferré. Un numéro de saltimbanque où la vedette est une femelle chimpanzé de 5 ans et de 5 kg, prénommée Pépée.

    Coup de foudre immédiat ! Léo est touché au cœur. Il décide d’acheter le singe puis de le faire vivre chez lui. C’est une époque où l’on commence à se soucier davantage de la condition animale et le chanteur comprend vite que sa guenon a besoin d’espace.

    En effet, habitué aux voltiges, l’animal se met à grimper aux rideaux et sauter par la fenêtre… pour semer la zizanie chez les voisins. Léo Ferré décide donc de choisir un lieu de vie plus conforme aux activités e sa trapéziste. En compagnie de son épouse, Madeleine, il se met en quête d’un grand domaine et finit par dénicher la perle rare. C’est dans le Lot que le château de Pech Rigal étend ses vastes murailles et ses tours majestueuses.

    En 1963, il l’achète pour le rebaptiser Perdrigal.

    Vivant reclus et isolée du monde, Ferré n’accepte guère que quelques rares récitals « alimentaires ». La séparation d’avec Pépée lui est de plus en plus difficile, et bien vite, il retrouve les siens en Midi-Pyrénées.

    Il faut dire que l’entourage du compositeur s’est agrandi et les bouches à nourrir ne manquent pas. Golaud, le chien fétiche, part tous les soirs faire la tournée des fermes alentours pour ramener les toutous du voisinage, comme Canaille, Egmont, et Alma. La gamelle y est meilleure et Léo, amoureux des animaux, ne peut qu’accepter de les nourrir.

    Il y     aussi Arthur le veau, accompagné de sa mère Charlotte, ses tantes Titine et Fifine et leur descendance… Léo et Jésus ! C’est finalement une véritable ménagerie qui s’installe au domaine : 19 brebis, un bélier, Baba le cochon, chèvres, vaches et poney vivent en communauté.

    Mais Pépée dépasse les plus élémentaires règles en matière de respect. Vivant à la maison, elle accompagne Léo et sa femme partout ; allume la télévision, s’installe devant avec Baba, fume des cigarettes, se fait promener den Landau… La guenon occasionne quelques morsures par-ci, quelques « embrassades » un peu virulentes par-là avec les rares visiteurs du château et provoque quelques accidents avec les chiens ou les chats. on dénombre aussi des tuiles du toit qui volent et le facteur qui n’ose plus rentrer…

    Léo Ferré lui trouve plus tard non pas un, mais des comparses comme Zaza, qu’il chantera quelques années plus tard, ou Bambino. Le poète fait alors construire de gigantesques cages pour loger tous ces chimpanzés.

    Mais un véritable lien indéfectible le lie à Pépée qu’il considère comme sa fille. C’est elle la véritable patronne du château et de la famille, humains compris. Dotée d’une intelligence affûtée et d’un véritable esprit d’analyse, elle est capable de comprendre beaucoup de choses face à une situation nouvelle. Témoin, cette anecdote que le chanteur a raconté maintes fois.

    Paul Castanier, le pianiste des tournées de l’artiste, vient répéter à son domicile. Trait particulier, « Popol » est aveugle. Pépée sait qu’il n’est pas comme tous les autres et le chahute moins. Léo parle de prescience à son sujet. La femelle chimpanzé a la singulière manie de servir à boire à tout le monde. Ce jour-là elle remplit le verre du pianiste et attend. Evidemment, Popol ne le voit pas. Et le miracle arrive. Pépée passe alors ses mains devant les yeux de Popol. Constatant que le musicien ne bronche pas, elle prend le verre et le met dans sa main !

    Cependant, la vie au château est de plus en plus difficile au sein de cette ménagerie et le couple Madeleine-Léo se délite. Quand ils se séparent Pépée se trouve au centre de tous les enjeux de ce divorce.

    Et le 7 avril 1968, c’est le drame. Pépée est tuée par un voisin, « le meilleur tireur du lot », d’une balle dans la tête. Elle n’est pas la seule à payer les pots cassés. Il y aura aussi Zaza et Baba, le cochon.  Léo Ferré se remettra difficilement de cet épisode qui le meurtrit. Il repart à Paris, malade et déprimé.

    Le chanteur refusera toujours de revendre la propriété où il avait tant de bons souvenirs. Elle tombera à l’abandon et restera inoccupée pendant trente ans.

    Après la mort de l’artiste, ses héritiers revendront le château à un Américain qui le rénovera entièrement. Outre les murs, il reste aujourd’hui de Perdrigal l’imprimerie qu’avait installée Léo Ferré, remise à neuf, et le souvenir d’une sympathique guenon qui y jouait les acrobates.

                                           Pascal Assemat – Ces animaux qui ont marqué la France

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 24 Juin à 22:50
    Belle histoire, mais la fin est triste.
      • Lundi 25 Juin à 09:48

        Oui hélas. Et j'espère que ce type aura été condamné sévèrement. On ne s'en prend pas à des animaux innocents.

        Bonne journée Renal

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