• Les araignées mélomanes

    Les araignées mélomanes
     

    Qui ne connait pas, dans son entourage, une personne qui éprouve une peur incontrôlable en présence des araignées ? Elles véhiculent des images que notre subconscient réprouve et déteste. Elles paraissent sales, veules et velues, méchantes et toujours prêtes à fondre sur nous pour nous piquer ! Pourtant, l’histoire de France a retenu les aventures de personnages célèbres aimant, adorant voire idolâtrant ces prédateurs de l’ombre.

    La première se passe au début du règne de Louis XIV En 1661, le Roi Soleil décide de faire arrêter pour malversations son surintendant des finances, le grand Nicolas Fouquet. Dans sa chute, l’homme entraîne avec lui son ami et premier commis Paul Pellisson-Fontanier qui est envoyé directement à la Bastille. Là, il va rester durant quatre longues années pour « félonie » et acte d’allégeance à un Fouquet en disgrâce.

    C’est en compagnie d’un détenu basque que ce secrétaire originaire de Béziers, dans l’Hérault, passe sa détention. Pour tromper l’ennui des jours sans fin, Paul Pellisson-Fontanier s’intéresse aux allées et venues d’une autre pensionnaire… une araignée. A force de l’observer, il décide de l’apprivoiser et chasse pour elle. Il dépose ainsi moult mouches et autres insectes près d’un soupirail où elle a élu domicile. Pendant ce temps, l’autre compagnon d’infortune joue de la musette pour rompre lui aussi la monotonie de son incarcération.

    A chaque fois que le Basque entonne une ritournelle, l’araignée sort de sa cachette et court sur sa toile semblant associer la mélodie à la livraison du repas. Petit à petit, elle vient prendre directement la proie que lui présente Pellisson sur ses genoux. Devenue familière, elle se met à suivre son bienfaiteur partout dans sa cellule, reconnait sa voix et vient le rejoindre dès qu’il l’appelle ! Cette histoire extraordinaire et véridique prendra fin un jour de visite du gouverneur de la Bastille. Dès qu’il s’enquiert de savoir quelles sont les occupations quotidiennes de Pellisson, il n’a alors qu’une idée en tête… faire tomber l’araignée pour l’écraser du talon !

    Le poète Jacques Delille lui dédiera même un poème :

    Un geôlier, au cœur dur, au visage sinistre

    Indigné du plaisir que goûte un malheureux,

    Foule aux pieds son amie, et l’écrase à ses yeux.

    L’insecte était sensible et l’homme fu barbare :

    O tigre impitoyable et digne du Tartare,

    Digue de présider au tourment des pervers,

    Va, Mégère l’attend au cachot des enfers !

    Jules Michelet, dans son livre l’Insecte, raconte une autre histoire touchante du même acabit. Berthomé, violoniste brillant et célèbre en 1800, en est l’un des deux protagonistes. Tout jeune enfant, on le cloître littéralement dans ses appartements afin qu’il étudie en toute tranquillité. Dans sa réclusion, Berthomé, âgé d’à peine huit ans, a pour seule compagnie un animal minuscule à … huit pattes.

    Chaque fois que le garçonnet joue de son instrument, l’araignée s’avance à pas feutrés depuis un angle de la pièce. Etendant lentement chacune de ses articulations, le petit arthropode parvient en toute impunité à rejoindre le pupitre. Sans aucune objection de la part de l’enfant, elle va jusqu’à grimper sur le bras du violoniste qui tien l’archet. C’est ainsi qu’agrippée solidement, elle se balance au rythme des mouvements lestes et étudiés du jeune prodige. Seule admise à l’écouter, on la croirait subjuguée par le virtuose, palpitante et fébrile.

    Un matin, la belle-mère de Berthomé vient écouter le musicien répéter ses arpèges. A la vue de ce modeste invertébré posé sur le bras de l’enfant, la réaction soudaine de la marâtre ne lui laisse aucune chance et une pantoufle a raison de sa courte existence ! Berthomé en perd connaissance, sera malade trois mois durant en approchant la mort à plusieurs reprises.

    Le dernier récit relatant les prédispositions de ces arachnides à la musique concerne l’astronome Joseph de Lalande. Ce célèbre scientifique du XVIIIe siècle, découvreur d’étoiles et personnage excentrique, est directeur de l’Observatoire de Paris. Il a pris l’habitude de rendre visite à une connaissance avec laquelle il partage l’amour de la musique. A chaque fois, une araignée a décidé de se joindre au concert. Lorsque la dame en question joue du clavecin, l’animal descend le long de son fil, suspendu au plafond, et s’arrête à quelques centimètres pour mieux en écouter les mélodies.

    Amusée par la bestiole, la musicienne l’a prise en sympathie allant jusqu’à faire apposer un écriteau sur la porte du vestibule. Il y est mentionné l’interdiction formelle d’enlever les toiles d’araignées ! Un soir où la concertiste s’adonne à son passe-temps favori, Lalande aperçoit la fileuse qui descend en rappel. En un éclair, il fond sur elle, l’attrape et la plonge dans sa tabatière. Il y a toujours un peu de sucre au fond de ce récipient. Mais ce n’est pas pour nourrir la pauvre malheureuse. C’est juste pour la rendre… plus succulente ! Car ce farfelu est coutumier du fait. Ne sachant comment attirer l’attention sur lui, il s’était mis un jour à manger des araignées dont la saveur lui rappelait la noisette. S’apercevant que le public en redemandait, et afin de varier les plaisirs, il se délectait aussi de chenilles ! Pour amuser le Tout-Paris, il essayera même de manger des souris mais sans succès…. Elles étaient plus coriaces que les tendres araignées.

                            Pascal Assemat – Ces animaux qui ont marqué la France

     

    Les araignées mélomanes

    Pin It

    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    1
    Mardi 12 Juin à 06:36
    Séverine

    Tu connais ma réaction devant ces petites bêtes, brrrrrrr, même à la télé, elles me donnent la chair de poule !

      • Mardi 12 Juin à 08:46

        Et pourtant, tu vois qu'elles s'apprivoisent et même qu'elles aiment la musique. Ce sont des histoires vraies que nous  racontent Pascal Assemat.

      • Mardi 12 Juin à 12:43
        Jean Claude Divet

        Tu vois Sev tu pourras même les apprivoiser. Elles te suivront de partout. C'est y pas beau ça ? Elle te suivront même en vacances. En plus ça ne tient pas de place. Elle te débarrasseront des moustiques et des mouches. Ce sont vraiment des amies. Un conseil, adoptes en juste deux. C'est plus facile à surveiller.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :