• Le sapin étoilé de Brigitte ROCHELANDET-OTTIGNON

    Le sapin étoilé de Brigitte ROCHELANDET-OTTIGNON

     

    C’était le premier jour d’hiver, la journée avait été bien remplie pour Hans qui avait débité une partie du bois coupé à l’automne. Il avait fendu des troncs de plusieurs chênes et de charmes, à la taille des différentes cheminées de la grosse demeure du maître des forges.  Avec les serviteurs, il avait ensuite rangé les billes de bois dans la remise, à l’abri de la pluie et de la neige. Sa tâche achevée, il passa voir le contremaître qui lui régla le salaire de ce dur labeur. Puis il rentra chez lui où l’attendaient sa femme et sa fille Anne. Le jeune bûcheron fut heureux de les retrouver et de poser les quelques pièces gagnées sur le buffet. Ce n’était pas une grosse somme, mais elle permettrait de manger pendant quelques jours et même de réveillonner gentiment.  Puis il s’attabla pour se remplir le ventre car il était affamé. Une potée bien lardée servie devant le feu flambant raviva ses forces. Et c’était bien utile, car sa journée n’était pas terminée, loin de là.  Cette nuit, il avait décidé de couper un sapin pour l’installer dans sa petite maison et faire plaisir à sa petite fille. Dans ce petit village alsacien, tous les habitants ornaient leur intérieur avec un arbre de Noël. Ils reprenaient une tradition bien ancienne, inventée peu de temps après que la Réforme n’ait provoqué la guerre entre catholiques et protestants. Cela faisait au moins trois siècles donc ! Et depuis, chaque famille rivalisait avec sa voisine pour avoir le plus beau des arbres décorés. On attachait des pommes rouges, des hosties non consacrées, des nœuds en tissu ou des petits gâteaux secs en forme d’étoile. Sous le regard de sa petite fille, la femme de Hans avait confectionné de jolies roses rouges en papier, en souvenir de la virginité de Marie.

    Le bûcheron empoigna sa lourde hache et entoura son cou d’une grosse corde déjà bien usée. Il avait attendu la nuit pour commettre ce forfait car il était interdit de voler un arbre dans la forêt des forges. Les villageois devaient payer une redevance mais certains ne pouvaient verser cette somme malgré sa faible teneur et ils coupaient un arbre illégalement. Le propriétaire de la forêt n’était pas dupe, mais jamais il ne portait plainte pour un tel acte. Au contremaître qui le mettait en garde contre sa trop grande bonté, le propriétaire répondait :

    - C’est Noël ! Que dirait le Christ si je punissais ces pauvres hommes qui veulent faire plaisir à leurs enfants ? Non, je me refuse à les poursuivre et à les mettre à l’amende. Bien sûr, si les voleurs abîmaient la forêt, je serais plus sévère, mais ces braves gens savent combien il faut la préserver pour que la forge fonctionne à plein rendement. Soyons donc un peu charitable ! Ne m’en parlez plus.

    Hans savait qu’il ne risquait pas grand-chose, et il s’enfonça le cœur léger dans la forêt enneigée. La nuit était très claire et les étoiles brillaient dans le ciel. Hans savait exactement quel sapin il couperait, il l’avait repéré depuis quelques jours. Un arbre pas trop grand, mais bien fourni, un arbre qu’il fallait couper afin de laisser grandir ceux qui l’entouraient.  Quand il arriva sur place, il poussa un « Oh ! » d’émerveillement, comme du temps de son enfance. Il contempla le spectacle qui s’offrait à lui, ébahi. Les étoiles scintillaient à travers les branches de son sapin recouvert de neige.  Des glaçons étaient accrochés aux branches et la lumière de la lune les éclairait.  C’était magique, féérique. Dame Nature décorait les sapins comme jamais aucun villageois ne l’avait fait. Hans reprit ses esprits car il devait abattre son arbre.  Il hésita devant la beauté du spectacle offert !  Il pensa à sa famille qui l’attendait avec grande impatience. Il ne fallait pas trop tarder, il avait hâte à présent de rentrer et de décrire ce qu’il avait vu. Il posa sa corde à terre et commença à frapper le tronc du sapin avec énergie, en lâchant un cri, comme il en avait l’habitude pour libérer sa force. Il entendit alors d’autres coups de haches donnés par un ou deux voleurs de sapins, comme lui. On ne coupe pas un arbre en silence ! Quand le sapin fut prêt à basculer, il se recula pour éviter toute mauvaise surprise. Puis, il prit la corde, l’attacha rapidement au tronc, tourna le dos, tira sur la corde qui se tendit en entraînant son précieux butin. Ses compères firent sans doute de même, car la forêt retrouva soudainement la paix.

    Arrivé chez lui, Hans secoua l’arbre afin de le soulager de la neige pour le dresser dans la pièce. Sa femme et sa fille regardaient le sapin, lui caressaient les branches qui piquaient un peu les doigtes et se réjouissaient, tant elles le trouvaient beau.

    - Il est encore plus grand que l’an passé. Je vais le décorer avec mes roses rouges, ce sera merveilleux. Dit son épouse en commençant à les accrocher.

    Mais Hans lui demanda d’attendre un peu et il commença à lui décrire la magnifique vision qu’il avait eue dans la forêt et sa grande émotion devant tant de beauté. Mais sa femme avait du mal à imaginer la scène, malgré la ferveur de Hans. Il était triste de ne pouvoir partager la beauté qu’il avait vu dans les bois.

    - Je voudrais tant que tu comprennes comme c’était beau ! disait-il. Mais comment faire ?

    Après avoir bien réfléchi, il eut une idée. Il demanda qu’on lui apporte quelques petites bougies. Il les accrocha dans le sapin. Il prit également des coquilles de noix, les remplit d’huile et disposa une mèche au centre et les installa au milieu de l’arbre. Il exigea du ruban argenté, mais sa femme n’en avait que du blanc. Il soupira mais s’en contenta. Il coupa des morceaux et les suspendit aux extrémités des branches. Puis, il alluma bougies et coques de noix.

    - Comme c’est beau ! cria sa petite fille, applaudissant et riant.

    - C’est le plus bel arbre qui soit, dit sa femme. Il est magnifique.

    Hans était très fier, mais il avoua qu’il n’avait fait qu’imiter Dame Nature, à moins que ce ne soit le ciel qui soit l’instigateur de tant de beauté en l’honneur du Messie.

    Le lendemain les voisins vinrent admirer le sapin illuminé. Tous furent saisis devant la beauté des décorations. Ayant entendu tant de compliments, sur le sapin de son bûcheron, le maître de forges se déplaça en famille afin de vérifier la réalité des commentaires. Il ne fut pas déçu. Il pensa avec satisfaction qu’il n’avait pas tort de laisser aux gens modestes le droit de voler un sapin pour Noël. Car les gens heureux peuvent faire de grandes et de belles choses.

     

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    Le sapin est devenu le symbole de la fête de Noël. Cette tradition serait née en Alsace au début du XVIe siècle.  Elle se développa d’abord en Allemagne,  sous le nom d’arbre du paradis. Les sapins étaient ornés de pommes, fruits du péché, et d’hosties, éléments de la rédemption.  En Franche, l’idée fut introduite en 1837, par la Princesse Hélène de Mecklembourg, l’épouse du duc d’Orléans. Elle installa aux Tuileries un immense sapin décoré et lança véritablement la mode du sapin de Noël. Peu à peu, les familles ajoutèrent aux pommes et aux hosties, des noix, des petites friandises dans du papier brillant, des bouges et une étoile sur le sommet en souvenir de l’étoile de Bethléem. En 1857, suite à une sécheresse, il y eut une pénurie de pommes. Pour pallier le manque de pommes, un artisan souffleur de Goetzenbruck créa des boules en verre dont le succès fut immédiat et durable. Puis, en 1930, on inventa des guirlandes électriques.

    Les décorations du sapin illuminent les yeux des enfants et témoignent de l’importance de la lumière, qu’elle émane de Jésus ou de la victoire du soleil sur les ténèbres.

    Brigitte ROCHELANDET-OTTIGNON (Histoires et romances des Noëls d’autrefois)

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  • Commentaires

    1
    monica breiz
    Samedi 17 Décembre 2016 à 14:16
    Hello pestoune

    je commente chez toi de ma tablette
    j esszaie depuis des
    jours d ouvrir la case commentaures et meme j zi essayee de t ecrire par contact pour te dire que je peut te lire j ai donc lu le conte
    qye j ai bien aime ainsi que d autres plus loin

    je ne comprend pas pourquoi je ne peut pas acceder a cette case et vous etres deux blogs amis dans ce cas
    je te souhzite une bonne journee
    kenavo pestoune
    je reviendrai donc par la tablette mais c est moins agreable
    2
    monica breiz
    Samedi 17 Décembre 2016 à 14:17
    Et des fautes a la pelle le clavier
    n est pas top
      • Samedi 17 Décembre 2016 à 16:12

        Pas grave pour les fautes Monica. As-tu essayé de contacter l'aide sur le forum ? Comme je ne suis pas la seule, ce serait peut être bien de le leur signaler.

        Merci de t'être donné du mal pour me commenter. Bonne fin de journée, Monica

    3
    Dimanche 18 Décembre 2016 à 16:43
    Séverine

    Je parcours rapidement, et ne te laisse pas un com à chaque fois. Absente hier, un ordi qui chauffe ce matin... J'ai repris le vieux coucou, ça rame, mais ça marche. je file continuer mes mails.

      • Dimanche 18 Décembre 2016 à 17:46

        Mais c'st normal, Sev. Moi non plus je ne te laisse pas un com à chaque fois.

        Et en plus tu n'as aucune obligation de lecture. La vie réelle est plus importante que la vie virtuelle.

    4
    Vendredi 23 Décembre 2016 à 20:41

    J'adore ce conte et le petit bout d'histoire qui suit! Très poétique pour le premier et instructif pour le second...Une belle introduction aux festivités : humble et créative...  Joyeux Noël à tous et grosses bises!

      • Vendredi 23 Décembre 2016 à 21:23

        Bisous Marialis

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