• Le barbier astucieux et le lutin peureux

     

    Il était une fois, dans un certain village, un pauvre barbier qui ne gagnait pas assez d’argent pour donner à sa femme tout ce qui lui était nécessaire.

    Les scènes étaient fréquentes dans la maison de ce pauvre barbier ! Sa femme n’avait pas une langue de miel et ses paroles amères résonnaient longtemps dans le cœur de son pauvre mari.

    Un jour, excédé, celui-ci la quitta pour aller s’établir ailleurs. Il n’emporta rien, sauf ses instruments de barbier, qu’il mit dans un sac.

    Tout le long du jour, il traversa des villages et arriva vers le soir dans une plaine déserte. Alentour, aucune maison !

    Le barbier décida de passer la nuit couché sous un manguier et de continuer son voyage dès l’aube.

    Or, ce manguier était habité par un lutin et, quand ce lutin vit un homme installé tranquillement sous son arbre, il fut si exaspéré qu’il eut envie de l’empoigner et de le lancer, telle une balle, à travers les champs. Il descendit don de son arbre, se posta devant lui et dit :

    « Hé ! barbier, comment oses-tu t’asseoir sous mon manguier ? Va-t’en tout de suite, sinon je te tuerai. »

    Le barbier conserva toute sa présence d’esprit.

    « Tais-toi, lutin malfaisant, lui dit-il ; si tu savais combien de lutins j’ai déjà attrapés et mis dans mon sac ! Je suis bien content d’être venu ici et de t’avoir rencontré, il me manquait justement un lutin pour compléter la centaine ! »

    Tout en parlant, il avait sorti de son sac un petit miroir qu’il plaça soudain devant le lutin. Celui-ci, apercevant tout d’un coup devant lui le reflet de son visage, crut que c’était la tête d’un autre lutin et que le barbier disait la vérité.

    Il fut très effrayé.

    « Seigneur barbier, dit-il, je t’en prie, ne me mets pas dans ton sac ; je ferai tout ce que tu voudras.

    - On ne peut pas se fier à vous autres lutins, répliqua l’homme ; vous êtes une bande de créatures sans foi ni loi.

    - Aie pitié de moi ; et si je ne tiens pas ma promesse, alors seulement tu m’enfermeras dans ce terrible sac : mets-moi à l’épreuve, supplia le lutin.

    - Très bien, dit le barbier ; va-t’en et rapporte-moi le plus vite possible un sac plein d’or ; puis, avant le lever du soleil, tu construiras un grenier auprès de ma maison. Si tu n’exécutes pas mes ordres, floup, je te fourre dans mon sac.

    - Bien, seigneur », dit le lutin, et il disparut.

    Quelques minutes plus tard, il était de retour, portant sur son dos un gros sac qu’il déposa aussitôt aux pieds du barbier.

    Les yeux de l’homme brillèrent de plaisir quand il ouvrit le sac et aperçut toutes les pièces d’or.

    Il rentra chez lui, après avoir bien recommandé au lutin de ne pas oublier son autre promesse.

    A peine le barbier avait-il quitté sa femme que celle-ci, désolée, se reprocha sa dureté à son égard.

    Regrettant amèrement tous ses torts, elle passa la nuit à la porte de sa cabane, se demandant s’il reviendrait et se lamentant à haute voix :

    «  Ah ! ah ! que je suis malheureuse ! gémissait-elle ; il était si bon, il était si doux ; jamais une parole amère, jamais un reproche ; hélas ! je suis peut-être déjà veuve et, tandis que les bêtes féroces dévorent son cadavre, je suis seule ici, n’ayant même pas la consolation de pouvoir me jeter dans son bûcher funéraire Et tout est ma faute. Ah ! ah ! je renaîtrai dans le corps d’une chienne, et ce sera une punition bien méritée. « 

    Tout à coup elle aperçut, éclairée par la lune, la silhouette de son mari, portant un gros sac : elle se précipita vers lui et l’aida à porter son fardeau. puis, dans le silence de leur petite cabane, le barbier raconta à sa femme heureuse tout ce qui lui était arrivé.

    La nuit suivante, le lutin fut très affairé : il construisit hâtivement un beau grenier et l’emplit de riz et d’autres grains. Jusqu’au petit jour, on l’entendit battre et cogner.

    Et le matin les voisins émerveillés virent, adossé à la pauvre maison du barbier, un superbe grenier, plein de grains.

    Le lutin, fatigué, passa la journée à dormir sur son arbre. Il y reçut la visite de son oncle, qui lui demanda la cause de sa grande lassitude.

    Et le lutin lui raconta comment il avait failli être enfermé dans le sac du barbier.

    « Mon cher neveu, tu es un sot, tu as été dupé. Jamais un homme n’a capturé un lutin, mon pauvre neveu simple d’esprit.

    - Tu mets vraiment en doute la puissance de ce barbier ? Demanda le neveu.

    - Oui, petit, et ton oncle peut se vanter de posséder quelque intelligence, dit le vieux lutin en souriant d’un air satisfait

    - Eh bien, viens avec moi et tu verras », dit le neveu.

    Et il l’emmena chez le barbier.

    Par la fenêtre, les deux lutins regardèrent à l’intérieur de la maison.

    Le barbier ne tarda pas à les apercevoir ; devinant de quoi il s’agissait, il braqua subitement son miroir sous le nez de l’oncle, en lui disant :

    - Allons, viens, je vais mettre ta précieuse personne à l’abri dans ce sac. »

    L’oncle apercevant le reflet de son visage, eut tellement peur qu’il prît les jambes à son cou et se sauva.

    « Attends-moi, mon oncle, arrête, attends-moi ! » criait le neveu en essayant de le suivre.

    Mais l’oncle est un lutin qui ne se laisse jamais duper : il n’écoute pas son neveu. Il court de plus en pus vite pour se mettre à l’abri Il court encore !...

    Le barbier et sa femme vécurent heureux jusqu’à un âge très avancé.

     

    Tapanmohan Chatterji

    extrait de « Les contes du Petit Peuple »

    de Pierre DUBOIS

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 28 Janvier à 06:41

    Une belle histoire !

    Très bonne journée et gros bisous.

    2
    Vendredi 28 Janvier à 06:46

    Joli conte très original.

    Bonne journée Brigitte.

    Christian

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    3
    Vendredi 28 Janvier à 13:33

    Bonjour Brigitte ! il s'en passe des choses chez toi !  Moi, à la place du barbier, je ne serais pas revenu auprès de cette mégère ; si elle voulait avoir pluss d'argent, elle n'avait qu'à bosser, au lieu de lui gueuler dessus. Il aurait pu être peinard, avec tout l'or du lutin un peu concon..... Mais bon, ce n'est qu'une histoire, puisque les lutins n'existent pas.

    Merci pour cette charmante histoire, Brigitte, grosses bises et bonne journée !

    4
    Vendredi 28 Janvier à 16:02
    Renée

    J'ai bien cru que le barbier allait tout perdre. Bisous doux weekend

    5
    Vendredi 28 Janvier à 17:12

    bonsoir Brigitte

    quelle charmante petite histoire j'ai bien aimé même très bien merci à toi et des gros bisous  et une douce soirée monette

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