• La mise en place du monde – Légende amérindienne

     

    La mise en place du monde – Légende amérindienne

     

    Kaïla était le dieu du ciel, au-dessus des forêts immenses et des plaines glacées du Nord. Comme tous les dieux qui se respectent, il avait créé un homme et une femme puis il les avait lassés se débrouiller, sans leur faire croire qu’ils étaient au paradis. Ils étaient complètement seuls, complètement libre. L’homme et la femme observèrent le monde autour d’eux : pas un cri d’oiseau, pas une trace sur le sol, pas même un moustique pour leur taquiner les oreilles. Bientôt la femme en eut assez de n’avoir que son homme à regarder ; elle commença à s’ennuyer.  Alors elle fit un trou dans la glace et se mit à pêcher… Une pêche miraculeuse ! Un à un, elle tira du trou les animaux de la terre, depuis les gobies, ces petits poissons qui remontent les rivières du Grand Nord, jusqu’aux perdrix des neiges, blanches l’hiver et brunes l’été. Le dernier qu’elle extirpa vers le monde dut le caribou ; elle eut du mal à le hisser hors du trou tant son dos était puissant, tant sa ramure était lourde !

    A ce moment-là, Kaïla, qui observait tout du haut du ciel, jugea qu’il était temps d’intervenir : ceci est mon plus beau cadeau, dit-il à la femme. Le caribou te fera vivre, toi et ta famille : grâce à lui, vous ne manquerez de rien. La femme s’empressa de lâcher le caribou et lui ordonna de se répandre partout sur sa terre pour former de grands troupeaux à travers les forêts immenses et les plaines glacées.

    Ainsi fut dit, ainsi fut fait.

    Les caribous se multiplièrent, les hommes aussi. Les hommes chassèrent les caribous, mangèrent du caribou, fabriquèrent des tentes et des chaussures avec sa peau. Armés d’arcs et de flèches, les chasseurs tiraient de loin les animaux les plus appétissants dont les cuissots faisaient de magnifiques rôtis pour la tribu tout entière. Mais …. A force de tuer les plus belles bêtes, il ne resta bientôt que les malades, les boiteux, les maigrelets dont personne ne voulait.

    Vouant que ses enfants commençaient à avoir faim, que le cuir de ses chaussures s’usait, la femme se mit à pleurer. Et Kaïla, du haut du ciel, vit ses larmes. Je t’avais donné un beau cadeau que tu as gaspillé, dit-il, mais dans ma grande générosité, je vais encore essayer d’arranger tes affaires.

    Il alla voir Amarok, l’esprit des loups, qui habitait le ciel non loin de lui, et lui demanda d’envoyer des loups sur la terre pour nettoyer les troupeaux de caribous. Surtout, insista-t-il qu’ils usent de leurs griffes et de leurs dents, qu’ils aiguisent  leur faim… qu’ils dévorent tous les malingres, les malades et  les contrefaits ! Les bêtes saines sauront bien leur résister et les hommes auront à nouveau du beau gibier !  Les loups se mirent en chasse.

    Du sommet des collines, les hommes les regardèrent.

    Après s’être rassemblée dans la forêt, la meute s’avança à la queue leu leu et sans un bruit vers le troupeau décimé par la maladie qu’ils se transmettaient. Les caribous qui ruminaient tranquillement se levèrent, frémissants, et se rapprochèrent les  uns des autres, les adultes tournés vers l’extérieur afin de protéger les faibles et les petits. Les loups, intelligents grâce aux dieux, savaient ce qu'ils avaient à faire : ils s’élancèrent pour écarter les rangs, éloigner les mâles vigoureux. A plusieurs, ils réussirent à isoler une jeune bête malade. Elle perdit vite ses forces et se laissa encercler par la meute ! Les loups se rapprochèrent, les crocs en avant, puis ils bondirent. Le caribou tomba. Du haut de la colline les hommes avaient compris : de haut du ciel Kaïla cligna de l’œil et, en bas, la femme sourit.

    Depuis ce jour très ancien, l’esprit d’Amarok plane sur le Grand Nord et les Inuits, ainsi que tous les Indiens avec les espèces semblables, laissent les loups chasser en paix, car ils savent que la bonne santé des caribous dépend de leurs coups de dents.

         Extrait de  Le Roman du Loup de Claude-Marie VADROT

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  • Commentaires

    1
    Lundi 9 Janvier à 07:38
    Séverine

    Amarok, c'est le nom d'un livre que j'ai beaucoup aimé dans ma jeunesse !

      • Lundi 9 Janvier à 08:43

        de la série "les royaumes du Nord" de Bernard Clavel. J'ai toute la série à la maison. Ce sera pour mes petites filles lorsqu'elles seront plus grandes. J'ai adoré.

    2
    Lundi 9 Janvier à 09:20

    Une belle histoire. Et puis une belle leçon, l'homme abuse de ce que la nature lui donne, et un jour il se retrouvera sans rien.

    Bonne journée Pestoune.

      • Lundi 9 Janvier à 09:32

        Oui, Renal et ça risque d'arriver bien plus vite qu'il ne le pense

        Bonne journée à toi aussi

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