• Il y avait autrefois (il y a bien longtemps, bien longtemps de cela, peut-être du temps où saint Pol vient du pays d'Hibernie dans notre île), il y avait donc à Ouessant une belle jeune fille de seize à dix-sept ans, qui s'appelait Mona Kerbili. Elle était si jolie que tous ceux qui la voyaient en étaient frappés d'admiration et disaient à sa mère : 

    - Vous avez là une bien belle fille, Jeanne ! Elle est jolie comme une Morganès, et jamais on n'a vu sa pareille, dans l'île ; c'est à faire croire qu'elle a pour père un Morgan. 

    -Ne dites pas cela, répondait la bonne femme, car Dieu sait que son père est bien Fanch Kerbili, mon marin, tout comme je suis sa mère. 

    Le père de Mona était pêcheur et passait presque tout son temps en mer ; sa mère cultivait un petit coin de terre qu'elle possédait contre son habitation, ou filait du lin, quand le temps était mauvais. Mona allait avec les jeunes filles de son âge, à la grève, chercher des brinics (coquilles de patèle), des moules, des palourdes, des bigornos et autres coquillages, qui étaient la nourriture ordinaire de la famille. Il faut croire que les Morgans, qui étaient alors très nombreux dans l'île, l'avaient remarquée et furent, eux aussi, frappés de sa beauté. 

    Un jour qu'elle était, comme d'habitude, à la grève, avec ses compagnes, elles parlaient de leurs amoureux ; chacune vantait l'adresse du sien à prendre le poisson et à gouverner et diriger sa barque, parmi les nombreux écueils  dont l'île est entourée.

    - Tu as tort, Mona, dit Marc'harit ar Fur à la fille de Fanch Kerbili, de rebuter, comme tu le fais, Ervoan Kerdudal ; c'est un beau gars, il ne boit pas, ne se querelle jamais avec ses camarades, et nul mieux que lui ne sait diriger sa barque dans les passes difficiles de la Vieille-Jument et de la pointe du Stiff. 

    - Moi, répondit Mona avec dédain - car à force de s'entendre dire qu'elle était jolie, elle était devenue vaniteuse et fière -, je ne prendrai jamais un pêcheur pour mari. Je suis aussi jolie qu'une Morganès, et je ne me marierai qu'avec un prince, ou pour le moins le fils d'un grand seigneur, riche et puissant, ou encore avec un Morgan. 

    Il paraît qu'un vieux Morgan, qui se cachait par là, derrière un rocher ou sous les goémons, l'entendit, et, se jetant sur elle, il l'emporta au fond de l'eau.  Ses compagnes coururent raconter l'aventure à sa mère. Jeanne Kerbili était à filer, sur le pas de sa porte ; elle jeta sa quenouille et son fuseau et courut au rivage.

    Elle appela sa fille à haute voix et entra même dans l'eau, aussi loin qu'elle put aller, à l'endroit où Mona avait disparu. Mais ce fut en vain, et aucune voix ne répondit à ses larmes et à ses cris de désespoir.

    Le bruit de la disparition de Mona se répandit promptement dans l'île, et nul n'en fut bien surpris. "Mona, disait-on, était la fille d'un Morgan, et c'est son père qui l'aura enlevée." Son ravisseur était le roi des Morgans de ces parages, et il avait emmené la jeune Ouessantine dans son palais, qui était une merveille dont n'approchait rien de ce qu'il y a de plus beau sur la terre, en fait d'habitations royales. 

    Le vieux Morgan avait un fils, le plus beau des enfants des Morgans, et il devient amoureux de Mona et demanda à son père de la lui laisser épouser. Mais le roi, qui, lui aussi, avait les mêmes intentions à l'égard de la jeune fille, répondit qu'il ne consentirait jamais à lui laisser prendre pour femme une fille des hommes de la terre.  Il ne manquait pas de belles Morganezed dans son royaume, qui seraient heureuses de l'avoir pour époux, et il ne lui refuserait pas son consentement, quand il aurait fait son choix. 

    Voilà le jeune Morgan au désespoir. Il répondit à son père qu'il ne se marierait jamais, s'il ne lui était pas permis d'épouser celle qu'il aimait, Mona, la fille de la terre. 

    Le vieux Morgan, le voyant dépérir de tristesse et de chagrin, le força à se marier à une Morganès, fille d'un des grands de sa cour et qui était renommée pour sa beauté. Le jour des noces fut fixé, et l'on invita beaucoup de monde.  Les fiancés se mirent en route pour l'église, suivis d'un magnifique et nombreux cortège ; car il paraît que ces hommes de la mer ont aussi leur religion et leurs églises, sous l'eau, tout comme nous autres, sur la terre, bien qu'ils ne soient pas chrétiens. Ils  ont même des évêques, assure-t-on, et Goulven Penduff, un vieux marin de notre île, qui a navigué sur toutes les mers du monde, m'a affirmé en avoir vu plus d'un. La pauvre Mona reçut ordre du vieux Morgan de rester à la maison, pour préparer le repas de noces Mais on ne lui donna pas ce qu'il fallait pour cela, rien absolument que des pots et des marmites vides, qui étaient de grandes coquilles marines, et on lui dit encore que si tout n’était pas prêt et si elle ne servait pas un excellent repas, quand la noce reviendrait de l’église, elle serait mise à mort aussitôt. Jugez de son embarras et de sa douleur, la pauvre fille ! Le fiancé lui-même n’était ni moins embarrassé ni moins désolé.

    Comme le cortège était en marche vers l’église, il s’écria soudain :

    - J’ai oublié l’anneau de ma fiancée !

    - Dites où il est, et je le ferai prendre, lui dit son père.

    - Non, non, j’y vais moi-même, car nul autre que moi ne saurait le retrouver, là où je l’ai mis. J’y cours et je reviens dans un instant.

    Et il partit, sans permettre à personne de l’accompagner. Il se rendit tout droit à la cuisine, où la pauvre Mona pleurait et se désespérait.

    - Consolez-vous, lui dit-il, votre repas sera prêt et cuit à point ; ayez seulement confiance en moi.

    Et s’approchant du foyer, il dit : « Bon feu au foyer ! » Et le feu s’alluma et flamba aussitôt.

    Puis, touchant successivement de la main les marmites, les casseroles, les broches et les plats, il disait : « De la chair de saumon dans cette marmite, de la sole aux huîtres dans cette autre, du canard à la broche, par ici, des maquereaux frits, par là, et des vins et liqueurs choisis et des meilleurs, dans ces pots... » Et les marmites, les casseroles, les plats et les pots s’emplissaient par enchantement de mets et de liqueurs, dès qu’il les touchait seulement de la main. Mona n’en revenait pas de son étonnement de voir le repas prêt, en un clin-d’œil, et sans qu’elle y eût mis la main.

    Le jeune Morgan rejoignit alors, en toute hâte, le cortège, et l’on se rendit à l’église. La cérémonie fut célébrée par un évêque de mer. Puis on revint au palais. Le vieux Morgan se rendit directement à la cuisine, et s’adressant à Mona :

    - Nous voici de retour ; tout est-il prêt ?

    - Tout est prêt, répondit Mona, tranquillement.

    Etonné de cette réponse, il découvrit les marmites et les casseroles, examina les plats et les pots et dit, d’un air mécontent :

    - Vous avez été aidée ; mais, je ne vous tiens pas pour quitte.

    On se mit à table ; on mangea et on but abondamment, puis les chants et les danses continuèrent, toute la nuit.

    Vers minuit, les nouveaux mariés se retirèrent dans leur chambre nuptiale, magnifiquement ornée, et le vieux Morgan dit à Mona de les y accompagner et d’y rester, tenant à la main un cierge allumé. Quand le cierge serait consumé jusqu’à sa main, elle devait être mise à mort.

    La pauvre Mona dut obéir. Le vieux Morgan se tenait dans une chambre contiguë, et, de temps en temps, il demandait :

    - Le cierge est-il consumé jusqu’à votre main ?

    - Pas encore, répondait Mona.

    Il répéta la question plusieurs fois. Enfin, lorsque le cierge fut presque entièrement consumé, le nouveau marié dit à sa jeune épouse :

    - Prenez, pour un moment, le cierge des mains de Mona, et tenez-le, pendant qu’elle nous allumera du feu.

    La jeune Morganès, qui ignorait les intentions de son beau-père, prit le cierge.

    Le vieux Morgan répéta au même moment sa question :

    - Le cierge est-il consumé jusqu’à votre main ?

    - Répondez oui, dit le jeune Morgan.

    - Oui, dit la Morganès.

    Et aussitôt le vieux Morgan entra dans la chambre, se jeta sur celle qui tenait le cierge, sans la regarder, et lui abattit la tête, d’un coup de sabre ; puis il s’en alla.

    Aussitôt le lever du soleil, le nouveau marié se rendit auprès de son père et lui dit :

    - Je viens vous demander la permission de me marier, mon père.

    - La permission de te marier ? Ne t’es-tu donc pas marié, hier ?

    - Oui, mais ma femme est morte, mon père.

    - Ta femme est morte !… Tu l’as donc tuée, malheureux ?

    - Non, mon père, c’est vous-même qui l’avez tuée.

    - Moi, j’ai tué ta femme ?…

    - Oui, mon père : hier soir, n’avez-vous pas abattu d’un coup de sabre la tête de celle qui tenait un cierge allumé, près de mon lit ?

    - Oui, la fille de la Terre ?…

    - Non, mon père, c’était la jeune Morganès que je venais d’épouser pour vous obéir, et je suis déjà veuf. Si vous ne me croyez pas, il vous est facile de vous en assurer par vous-même, son corps est encore dans ma chambre.

    Le vieux Morgan courut à la chambre nuptiale, et connut son erreur. Sa colère en fut grande.

    - Qui veux-tu donc avoir pour femme ? demanda-t-il à son fils, quand il fut un peu apaisé.

    - La fille de la Terre, mon père.

    Il ne répondit pas et s’en alla. Cependant, quelques jours après, comprenant sans doute combien il était déraisonnable de se poser en rival de son fils auprès de la jeune fille, il lui accorda son consentement, et le mariage fut célébré avec pompe et solennité.

    Le jeune Morgan était rempli d’attentions et de prévenances pour sa femme. Il la nourrissait de petits poissons délicats, qu’il prenait lui-même, lui confectionnait des ornements de perles fines et recherchait pour elle de jolis coquillages nacrés, dorés, et les plantes et les fleurs marines les plus belles et les plus rares. Malgré tout cela, Mona voulait revenir sur la terre, auprès de son père et de sa mère, dans leur petite chaumière au bord de la mer.

    Son mari ne voulait pas la laisser partir, car il craignait qu’elle ne revînt pas. Elle tomba alors dans une grande tristesse, et ne faisait que pleurer, nuit et jour. Le jeune Morgan lui dit un jour :

    - Souris-moi un peu, ma douce, et je te conduirai jusqu’à la maison de ton père.

    Mona sourit, et le Morgan, qui était aussi magicien, dit :

    - Pontrail, élève-toi.

    Et aussitôt un beau pont de cristal parut, pour aller du fond de la mer jusqu’à la terre.

    Quand le vieux Morgan vit cela, sentant que son fils en savait aussi long que lui, en fait de magie, il dit :

    - Je veux aller aussi avec vous.

    Ils s’engagèrent tous les trois sur le pont, Mona devant, son mari après elle et le vieux Morgan à quelques pas derrière eux.

    Dès que les deux premiers eurent mis pied à terre, le jeune Morgan dit :

    - Pontrail, abaisse-toi.

    Et le pont redescendit au fond de la mer entraînant avec lui le vieux Morgan.

    Le mari de Mona, ne pouvant l’accompagner jusqu’à la maison de ses parents, la laissa aller seule en lui faisant ces recommandations :

    - Reviens, au coucher du soleil ; tu me retrouveras ici, t’attendant ; mais, ne te laisse embrasser, ni même prendre la main par aucun homme.

    Mona promit, et courut vers la maison de son père. C’était l’heure du dîner, et toute la petite famille se trouvait réunie.

    - Bonjour, père et mère ; bonjour, frères et sœurs ! dit-elle, en entrant précipitamment dans la chaumière.

    Les bonnes gens la regardaient, ébahis, et personne ne la reconnaissait. Elle était si belle, si grande et si parée !… Cela lui fit de la peine, et les larmes lui vinrent aux yeux. Puis, elle se mit à faire le tour de la maison, touchant chaque objet de la main, en disant :

    - Voici le galet de mer sur lequel je m’assoyais, au foyer ; voici le petit lit où je couchais ; voici l’écuelle de bois où je mangeais ma soupe ; là, derrière la porte, je vois le balai de genêt avec lequel je balayais la maison, et ici, le pichet avec lequel j’allais puiser de l’eau, à la fontaine.

    En entendant tout cela, ses parents finirent par la reconnaître et l’embrassèrent, en pleurant de joie, et les voilà tous heureux de se retrouver ensemble.

    Son mari avait bien recommandé à Mona de ne se laisser embrasser par aucun homme et, à partir de ce moment, elle perdit complètement le souvenir de son mariage et de son séjour chez les Morgans. Elle resta chez ses parents, et bientôt les amoureux ne lui manquèrent point. Mais, elle ne les écoutait guère et ne désirait pas se marier.

    La famille avait, comme tous les habitants de l’île, un petit coin de terre, où l’on mettait des pommes de terre, quelques légumes, un, peu d’orge, et cela suffisait pour les faire vivre, avec la contribution journalière prélevée sur la mer, poissons et coquillages. Il y avait devant la maison une aire à battre le grain, avec une meule de paille d’orge. Souvent, quand Mona était dans son lit, la nuit, à travers le mugissement du vent et le bruit sourd des vagues battant les rochers du rivage, il lui avait semblé entendre des gémissements et des plaintes, à la porte de l’habitation ; mais, persuadée que c’étaient les pauvres âmes des naufragés, qui demandaient des prières aux vivants oublieux, elle récitait quelques De Profundis à leur intention, plaignait les matelots qui étaient en mer, puis elle s’endormait tranquillement.

    Mais, une nuit, elle entendit distinctement ces paroles prononcées par une voix plaintive à fendre l’âme :

    - O Mona, avez-vous donc oublié si vite votre époux le Morgan, qui vous aime tant et qui vous a sauvée de la mort ? Vous m’aviez pourtant promis de revenir, sans tarder ; et vous me faites attendre si longtemps, et vous me rendez si malheureux !… Ah ! Mona, Mona, ayez pitié de moi, et revenez, bien vite !…

    Alors, Mona se rappela tout. Elle se leva, sortit et trouva son mari le Morgan, qui se plaignait et se lamentait de la sorte, près de sa porte. Elle se jeta dans ses bras… et depuis, on ne l’a pas revue.

                                (Conté par Marie Tual, dans l’ile d’Ouessant, en mars 1873.)

     

    J’ai encore recueilli, dans l’ile d’Ouessant, en mars 1873, les traditions et renseignements suivants sur les Morganed et Morganezed ; c’est du reste la seule localité où j’en aie trouvé trace, dans la tradition populaire :

    « Les Morganed et Morganezed, me dit Marie Tual, de qui je tiens le conte du Morgan et de la Fille de la terre, étaient autrefois très communs, dans notre île ; aujourd’hui, on les voit encore quelquefois, mais rarement ; on les a trop souvent trompés. On les remarquait, surtout au clair de la lune, jouant et folâtrant sur le sable fin et les goémons du rivage et peignant leurs cheveux blonds avec des peignes d’or et d’ivoire. Le jour, ils faisaient sécher au soleil, sur de beaux linceuls blancs, des trésors de toute sorte : or, perles fines, pierres précieuses et de riches tissus de soie. On jouissait de leur vue, tout le temps qu’on restait sans battre les paupières, mais, au premier battement, tout disparaissait, comme par enchantement, Morganed et trésors. Les Morganed et Morganezed sont de petits hommes et de petites femmes, aux joues roses, aux cheveux blonds et bouclés, aux grands yeux bleus et brillants ; ils sont gentils comme des anges. Malheureusement, ils n’ont pas reçu le baptême, et, pour cette raison, ils ne peuvent aller au ciel, ce qui est bien dommage, tant ils sont gentils et ont l’air bons !

    « J’ai entendu dire que la Sainte-Vierge étant un jour seule à la maison et ayant besoin de s’absenter un moment, pour aller puiser de l’eau, se trouvait fort embarrassée, car elle ne voulait pas laisser seul son enfant nouveau-né, qui dormait dans son berceau.

    — Comment faire ?… La fontaine est un peu loin et je ne puis laisser mon enfant seul… se disait-elle, assez haut.

    « En ce moment, elle entendit une voix claire et fraîche comme une voix d’enfant, qui dit :

    — Je vous le garderai bien, moi, si vous voulez me le confier.

    « Elle se détourna et vit, au seuil de la porte, un petit homme souriant et si gentil, qu’elle resta quelque temps à le considérer, saisie d’étonnement et d’admiration. Elle n’hésita pas à lui confier la garde de son enfant, et alla puiser de l’eau à la fontaine.

    « A son retour, pour récompenser le fidèle gardien, elle lui dit de faire une demande, et elle la lui accorderait.

    — Génet ha Morgéned, c’est-à-dire : de la beauté et des petits Morgans, répondit le petit homme.

    « Ce qui lui fut accordé, et c’est pourquoi les Morgans sont si jolis et étaient si nombreux, au temps jadis. Mais, il aurait mieux fait de demander le baptême, car alors, lui et les siens seraient allés au ciel avec les anges, auxquels ils ressemblent si bien. »

    Ce contact de la Sainte-Vierge avec les Morgans me parut curieux.

    Marie Tual me dit encore, au sujet des Morgans :

    « Deux jeunes filles de notre île, cherchant un jour des coquillages, au bord de la mer, aperçurent une Morganès qui séchait ses trésors au soleil, étalés sur deux belles nappes blanches. Les deux curieuses, se baissant et se glissant tout doucement derrière les rochers, arrivèrent jusqu’à elle, sans en être aperçues. La Morganès, surprise et voyant que les jeunes filles étaient gentilles et paraissaient être douces et sages, au lieu de se jeter à l’eau, en emportant ses trésors, replia ses deux nappes sur toutes les belles choses qui étaient dessus et leur en donna à chacune une, en leur recommandant de ne regarder ce qu’il y avait dedans que lorsqu’elles seraient rendues à la maison, devant leurs parents.

    « Voilà nos deux jeunes Ouessantines de courir vers leurs demeures, portant leur précieux fardeau sur l’épaule. Mais, l’une d’elles, impatiente de contempler et de toucher de ses mains les diamants et les belles parures qu’elle croyait tenir pour tout de bon, ne put résister à la tentation. Elle déposa sa nappe sur le gazon, quand elle fut à quelque distance de sa compagne, qui allait dans une autre direction, la déplia avec émotion, le cœur tout palpitant, et... n’y trouva que du crottin de cheval. Elle en pleura de chagrin et de dépit !

    « L’autre alla jusqu’à la maison, tout d’une traite, et ce ne fut que sous les yeux de son père et de sa mère, dans leur pauvre chaumière, qu’elle ouvrit sa nappe. Leurs yeux furent éblouis à la vue des trésors qu’elle contenait : pierres précieuses, perles fuies et de l’or, et de riches tissus !... La famille devint riche, tout d’un coup ; elle bâtit une belle maison, acheta des terres et on prétend qu’il existe encore, parmi les descendants, qui habitent toujours l’île, des restes du trésor de la Morganès, quoiqu’il y ait bien longtemps de cela. »

    Ma conteuse, Marie Tual, paraissait croire, en effet, qu’il existait réellement, dans une famille d’Ouessant, des bijoux et des tissus provenant des Morgans. « Dans cette maison, ajoutait-elle, rien ne manque ; ils sont riches ; quand ils vont a la pêche, leur bateau revient toujours chargé de poisson, et ils n’ont jamais perdu un des leurs à la mer, ce qu’on ne peut dire d’aucune autre famille de l’ile. »

                                            Contes Celtiques aux Editions Jean-Paul Gisserot 

     

    Les Morgans de l'ïle d'Ouessant

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  • Épinglé par YESHUA sur AYK Heaven | Carte bonne fete, Cartes fete des  peres, Image pour enfant

     

    Le Père Camboly, qui n'avait pas pour deux sous de malice, n'avait jamais pu de sa vie s'accorder avec sa femme. 

    Pour la punir, il fit en sorte de ne rien lui laisser après sa mort du peu de biens qu'il avait. N'ayant guère qu'un assez bon cheval, il s'arrangea dans son testament pour que sa femme ne puisse pas le vendre sans que le prix ne lui échappe 

    Voici son testament : Je donne à ma femme tout ce que je possède en propre. Mon bon cheval, il faut qu'elle le vende pour faire dire des messes pour le repos de mon âme. Le chien elle peut en faire ce que bon lui semble. 

     

    Quand Camboly fut mort, sa femme s'en alla accompagnée de son chien à la foire de Villersexel pour vendre son cheval. Tout en arrivant, elle trouva des marchands. 

    - Combien le cheval ? que fit l'un d'eux. Je vous en donne cent écus et je paye le café parce que vous avez dû être une belle fille dans votre temps. 

    - Cent écus, que répondit la femme, je veux bien mais il faut acheter mon chien avec. 

    - De votre chien, je n'ai que faire et n'en veut à aucun prix 

    - Arrêtez-voir, que fit la femme, nous voulons bien nous arranger ; vous me donnerez cent écus pour le chien et un écu pour le cheval.

    - Mais pourquoi ce drôle de marché ? 

    - Qu'est-ce que ça peut vous faire puisque cela me va et que cela ne vous gène pas. 

     

    Et le marché fut fait. 

    Entrant dans sa maison, la veuve Camboly porta un écu au curé pour dire une messe à l'intention de son pauvre homme et elle empocha les cents écus prix de son chien ! 

                                                                                            Pierre MATHIOT 

     

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  • SOUS LES ETOILES DE NOEL - Conte de Noël

     

    D'après une idée et sur un texte de Christian ROCHER, un conte de NOEL émouvant présenté à l'église de LA CHAPELLE LA REINE (77) pour la veillée de NOEL en 2018.

    Résumé : Le soir de Noël 1918, il y a donc exactement 100 ans, deux petites filles, dont l'une s'était réfugiée seule et désespérée sous le porche de l'église de leur village, vont avoir l'immense bonheur, de plus inattendu, de retrouver leurs papas qui reviennent de la guerre ce soir là.

    De l'émotion, mais aussi mise en valeur de l'entraide, de la famille, des joies de Noël, de l'optimisme dans la vie.

    Réalisation vidéo, musiques (hors thèmes des chants connus) de Christian ROCHER.

     

    https://www.youtube.com/watch?v=C8LlbTK-6Zk

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  • CONTE de NOEL AUDIO et IMAGES / La lettre du Père Noël - YouTube (With  images) | French activities, Electronic books, Holidays and events

     

    En attendant Noël, découvrez cette histoire du facteur souris... Pour lire cette histoire : "La lettre du Père Noël" (Lutin poche de l'école des loisirs)

     

    https://www.youtube.com/watch?v=sUdVK5LNW0E

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  • La légende de la tante Arie... Bonne semaine... | Legende, Semaine, Contes  et légendes

     

     

    La coutume familiale voulait que chaque Noël, à la nuit tombante, les enfants installent religieusement sur le rebord de la fenêtre une bougie allumée et une poignée de foin, en l’honneur de Tante Arie et son âne volant. La belle-mère de Marc Laville y tenait impérativement.

    Depuis quinze ans, Marc assistait à ce rituel désuet avec le même accablement. Aller à l’encontre des volontés de Thérèse Raguin n’était pas dans le pouvoir de Marc. Autant tenter de convaincre Pinocchio que mentir n’allonge pas le nez ! Chez les Raguin, on ne badinait pas avec les traditions. Quinze Noël, donc, à subir à la fois la dinde au vin jaune, la bûche « maison » à la crème au beurre avec les petits lutins, les blagues calamiteuses de Bruno son beau-frère et… Tante Arie !

    Ce 24 décembre 2001 ne fit pas exception à la règle, la « Tante Machin et son bourricot » eurent droit à la bougie et au foin. Thérèse Raguin rayonnait. Marc Laville n’avait jamais compris pourquoi sa belle-mère ne fêtait pas, tant qu’à faire, ce bon gros père Noël comme tout le monde. Non, elle s’entêtait avec sa Tante Arie, à croire que c’était une fée de sa famille !

    Curieusement, les enfants semblaient prendre un vrai plaisir à écouter Thérèse leur raconter, pour la millième fois, les histoires de cette vieille Carabosse franc-comtoise à pattes d’oie. Marc devait bien le reconnaître : « On n’a pas toujours les enfants qu’on mérite ! » pensa-t-il un instant dans les tréfonds de sa mauvaise humeur.

    Le rituel, une fois encore, fut respecté à la lettre. Vers minuit, avant de se goinfrer de bûche crémeuse, cousins et cousines montèrent à l’étage pour dormir – ou plutôt faire semblant --, en attendant le passage de la fée de Noël. Pendant ce temps-là, après avoir méticuleusement débarrassé la table, Thérèse Raguin et ses deux filles installèrent les cadeaux multicolores à l’extérieur de la maison, juste devant la fenêtre illuminée. Il commençait à neiger à gros flocons et en regardant le ciel, Thérèse murmura : « Tante Arie déchire sa chemise, fil à fil », ce qui fit glousser ses filles. Marc hocha la tête, l’air accablé.

    Une fois tout parfaitement en place, il ne restait plus qu’à libérer les fauves. Thérèse Raguin ouvrit le tiroir du buffet pour en sortir l’objet sacré, la clochette ! Dun geste large, elle la fit résonner quelques longues secondes dans toute la maison. C’était le signal attendu, la marque de Tante Arie ! Cela provoqua aussitôt une explosion de joie à l’étage, et sept sauvages, de trois à quatorze ans, se ruèrent dans l’escalier, au risque de se briser le cou. Pour courir en chaussons dans la neige ramasser leur trésor, et bien vite l’étaler devant la cheminée.

    Depuis longtemps, il avait été décidé, d’un commun accord entre adultes, que Tante Arie n’apporterait des cadeaux que pour les enfants. Aussi, toute la famille eut l’air passablement déconcerté – voire scandalisé ! – Lorsque Nina s’écria joyeusement : « Papa, y a quelque chose pour toi ! » Un cadeau ? Un cadeau pour Marc ? Une mauvaise blague de Bruno sans doute…

    Marc Laville n’en revenait pas. Après avoir nerveusement déchiré le papier doré, il tenant dans sa main l’incroyable : l’Aston-Martin DB5 miniature de James Bond 007, version Corgi, et dans sa boîte d’origine ! Le cadeau qu’il avait si fort espéré au matin du 25 décembre 1971, mais qui s’était diaboliquement changé en dictionnaire Larousse, en couleurs, pour débutants. Un souvenir cuisant.

    Sous le coup de l’émotion, Marc prétexta une irrésistible envie de fumer pour sortir un instant dans le froid de la nuit. Il avait chaud, bien trop chaud, son visage tirait sur le rouge tomate. Des cris et des rires d’enfants résonnaient au loin. A travers les fenêtres, Marc Laville voyait clignoter les sapins multicolores des maisons voisines. Il ne peut s’empêcher d’effleurer un instant la bosse de sa poche où se trouvait son cadeau. Ses yeux brillaient.

    En aspirant la première bouffée de sa cigarette blonde, il vit les traces, comme des pieds palmés, à deux pas de la fenêtre…

    S’il n’avait pas eu vraiment peur, si sa lèvre ne s’était pas mise à trembler, s’il avait osé suivre les étranges traces dans la neige fraîche, Marc Laville aurait bien été obligé de constater qu’elles montaient vers le petit bois et disparaissaient juste devant un gros rocher aux allures de dolmen fourbu.

    Un rocher qu’on nommait à Vyan-le-Val, la « roche de Tante Arie ».

     

                      Hervé THIRY-DUVAL

                                            "Contes et légendes de Haute-Saône et de Belfort"

     

    Qui est donc Tante Arie ? 

    Tante Arie ou Airie une bonne fée protectrice de la région de Franche-Comté et du canton du Jura en Suisse.   On prétend qu'elle vit dans une grotte du Lomont dans le Jura et qu’elle écoute les rêves des enfants portés par le vent en collant l’oreille à la paroi de sa grotte puis c'est vêtue en paysanne, coiffée de son diairi (coiffe féminine spécifique du costume du Pays de Montbéliard), elle arpente la campagne avec son âne Marion chargé de cadeaux de Noël pour les enfants. Et parfois cachée sous des déguisements divers, elle demande souvent l’hospitalité pour connaître les gens et encourager les ménages vertueux, travailleurs, soigneux et charitable.

     

    Chanson traditionnelle sur Tante Arie 

    https://www.youtube.com/watch?v=UD13AmiEcQc

     

    Un diairi 

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